Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/2003
 

Eric Lacroix

Cela nous arrive de plus en plus souvent : rencontrer des mutiques. (Est-ce l'effet du zapping ?) Des mecs murés dans des silences, avec des demi phrases demeurant en suspens qui vous plantent dans un discours lacunaire. Rien de tel avec Eric Lacroix que nous rencontrons à la veille des projections de La Paille et la poutre, son dernier court métrage que vous pourrez découvrir au prochain Festival d'Amour qui se tient à Mons du 14 au 21 février. Nous avons voulu connaître davantage le réalisateur d'un film dont le quiproquo est le moteur. Et un moteur qui s'emballe.
Né à Liège dans les années septante, Eric Lacroix adore à la folie et ce, depuis sa tendre enfance, le cinéma. Le premier film vu n'est autre que Robin des Bois de Walt Disney. « Mais, précise-t-il, ce n'est pas mon souvenir le plus marquant. Les films qui m'ont marqués sont venus plus tard, vers mes dix ans, ce sont : The Blues Brothers (John Landis), Escape to Victory (John Huston) et Hair (Milos Forman). 

« Ce n'est qu'à partir du moment où nous avons disposé d'un magnétoscope que j'ai regardé des films à la télé ». Il se souvient, avec un amusement tout rétrospectif qu'il gérait son argent de poche en fonction du nombre de séances auquel il pouvait assister au cinéma. « Et à chaque fois je venais de voir un film je trouvais que c'était le plus beau film que j'avais vu ». Raconter des histoires était son truc. L'envie lui en est venue de façon très nette, dés l'age de sept ans : « on à joué à faire un film avec mon frère (13 ans) et ma soeur (15 ans) qui étaient plus âgés que moi.
Mon frère ayant trouvé une vieille caméra S8 qui ne fonctionnait plus on s'est fait une fiction, sans que la caméra tourne. Mon frère mettant en scène. J'ai trouvé cette expérience extraordinaire. Elle m'a profondément marquée. Ma soeur m'a expliqué qu'il existait des gens dont c'était le métier, que les films qu'on voyait au cinéma étaient fabriqués par des gens dont c'était le métier dans la vie. Et j'ai sorti spontanément : « J'adorerais faire ça ». C'était devenu mon rêve bien que ma soeur ait tempéré mes ardeurs en me disant : « Tout le monde adorerait faire ça ». Donc pendant des années j'ai cru que c'était un rêve inaccessible et que tout le monde participait du même rêve ». 

Pendant l'adolescence, période de transition, où l'on se demande ce qu'on va devenir ou comment l'on va réaliser ses rêves, il voit Hair, un dizaine de fois et termine ses humanités. « J'ai toujours eu l'impression que le cinéma n'était pas un métier mais une passion et que si je pouvais l'exercer je n'aurais pas l'impression de travailler. J'ai commencé des études de droit parce que je ne savais pas trop quoi faire et parce que mon père était avocat. Mais je ne me sentais pas à ma place au sein de la population consacrant ses efforts aux notions juridiques ». Il a donc passé quelques années assez difficiles. « Ayant eu l'occasion de suivre un stage vidéo, j'ai senti que j'avais certaines facilités à imaginer des scènes et à les gérer sur un plateau. C'est une période où j'imaginais des scénarios débiles et embarquais des potes du droit dans la réalisation de petits films en vidéo. Je dois avoir chez moi une heure et demi de rushes d'un film qui s'appelait Piège de béton inspiré par Piège de cristal ». La dernière année de droit est l'année de trop. Il quitte l'ULlg part en stop pendant quinze jours dans les Alpes françaises pour faire le point.
« En rentrant j'ai écrit une nouvelle d'une vingtaine de pages que j'ai fait lire à mon père et pour la première fois, celui-ci qui était auteur de théâtre, m'a reconnu quelque qualité dans le domaine artistique. » 
Du coup il s'inscrit à l'ELICIT (ULB). « Je ne savais pas du tout en quoi consistait cette licence. J'y ai découvert des cours très théoriques qui m'intéressaient finalement assez peu mais j'y ai surtout rencontré Jean-Marie Buchet. Avec lui, j'ai compris que je n'allais pas perdre mon temps. Il a deux immenses qualités : bien qu'il fasse des films personnels, il enseigne les structures classiques du scénario en faisant comprendre aux étudiants que si on veut pervertir cette structure - ce que tout le monde aspire à faire afin d'être original - il faut commencer par la maîtriser. Et il va très loin dans l'apprentissage de cette structure classique. La seconde qualité est sa lucidité, sa perception des choses extrêmement rapide. Ce qui donne l'impression d'être confronté à quelqu'un de sévère. Mais s'il paraît dur c'est parce qu'il pousse l'étudiant à développer son propos. Lorsqu'on lui donne un synopsis d'une page il ne fait que poser des questions pour pousser l'idée le plus loin possible ». Inutile de dire qu'Eric a fait comme mémoire un scénario de long métrage avec lui.
Ensuite, pour gagner sa vie, il fait de la régie sur une série télé, puis chez K2 sur un téléfilm. Il rencontre alors Françoise Vercheval qui le fait devenir 2ème assistant réalisateur sur Ça ne se refuse pas, un long métrage d'Eric Woreth avec la talentueuse Isabelle Renaud, produit par Saga Film. Puis il devient 1er assistant sur Le Dernier plan de Benoît Peeters, « un homme impressionnant dont j'ai découvert les talents multiples ». Il enchaîne avec Thomas est amoureux de Pierre-Paul Renders avec lequel il entretient des relations d'amitié depuis plusieurs années.
Décidé à devenir réalisateur lui-même, Eric autoproduit, en 1998, L'Assiette du voisin, un film de 6'. Thierry Zamparutti, qui adore le scénario de Nous ne sommes pas les derniers le produit. Le film achevé, il propose à Eric Lacroix de présenter un scénario au Prix Kieslowski. « Sans lui je n'aurais pas participé à ce concours étant donné le nombre de candidatures (1.500 participants pour 3 lauréats). Je n'avais pas envie de perdre du temps à écrire un scénario qui n'aurait aucune chance d'aboutir ! Ma copine de l'époque m'a poussé au point d'écrire une grande partie du scénario et finalement, à ma grande surprise, j'ai été l'un des trois lauréats ! J'ai compris ce jour-là que tout n'est qu'une question de chance et qu'il ne faut jamais hésiter à tenter toutes les opportunités qui s'offrent à nous. »
« Cela a débloqué ma situation, notamment par rapport à la Commission de sélection. Cela m'a également permis d'entrer en contact avec un producteur parisien. La réalisation Des Fleurs pour Irma a été assez difficile mais j'ai vécu une expérience extraordinaire en tournant avec Annie Girardot. Ayant alors plutôt bonne presse auprès de la Commission de sélection, j'ai obtenu une aide à l'écriture d'un long métrage, Les filles vont au paradis, que j'ai écris avec Anne Fournier et une aide à la production pour La Paille et la poutre que j'ai réalisé en juin dernier (voir le tournage dans le webzine n° 63). Le montage m'a fait souffrir car j'ai dû abandonner certaines scènes auxquelles j'étais très attaché, qui étaient chouettes mais qui déséquilibraient complètement le récit. » 
«  Dernièrement, j'ai essayé de trouver un producteur, pour Les filles sages vont au paradis. Ça ne s'est pas très bien passé. C'est un sujet délicat et assez noir, sur le fil du rasoir. J'ai eu le sentiment d'effrayer un peu le monde de la production avec ce projet. J'ai donc concentré mon énergie sur une autre scénario, Maria, plus léger et coloré que j'avais mis en chantier avec Jérôme de Brouwer. Pour ce dernier projet, nous sommes en contact avec un producteur belge qui semble prêt à tenter l'aventure... » 

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