Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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juillet-août 2008

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02/07/2008
Mots-clés : sortie en DVD,
 

Exiled, de Johnnie To

Exiled de Johnnie To

Exiled de Johnnie ToTo devenu Maître To du légendaire studio Milkway Images Company est de retour. Le goût pour l’expérimentation de Maître To et de Milkway Images est souvent comparé à celui de Film Workshop de Tsui Hark. Mais contrairement aux studios Film Workshop s’écroulant à cause d’une vision trop américaine du cinéma (Georges Lucas) dans la sphère asiatique, le studio créé par Mister To s’efforce de conjuguer ses finances avec un nombre de films créatifs impressionnants. Un système qui commence à donner des idées aux jeunes réalisateurs européens découvrant que contrairement au système hollywoodien, Johnnie To réinvestit immédiatement l’argent obtenu par ses films dans la réalisation d’un autre long métrage (43 films réalisés depuis ses débuts au cinéma) et, de film en film, qu'il reste un réalisateur créatif d’une impeccable virtuosité. Cela n’est pas sans nous rappeler l’itinéraire du Jean-Luc Godard des années soixante (deux à trois films par an).

Exiled se passe en 1999, quelques jours avant la rétrocession de Macao à la République pop chinoise, un des sujets de prédilection de To. 1999, le crépuscule d’une époque révolue pour les triades qui ont été flamboyantes avant le retour à la Chine Pop et sont devenues incontrôlées à Hong Kong comme à Macao sous le regard tranquille des British et des Portugais permettant aux vendeurs de drogue et aux prostituées d’opérer dans le territoire qui leur était propre et aux boss de s’entretuer comme de fines lames (le revolver remplaçant le sabre). À partir du moment où le gouvernement de la Chine continentale s’installe, il n’est évidemment plus question que les triades agissent en dehors de leur contrôle (ce que nous ont montré de magistrale façon Election 1 et 2 - voir webzine de janvier 2008). Pour survivre, elles vont donc, via la prostitution et la drogue, ne gérer leurs affaires que comme les managers d’une entreprise capitaliste (l’ultralibéralisme de l’école de Chicago et de Milton Friedman s’est imposé mondialement que ce soit chez les tyrans, les démocrates ou dans la mafia). Hallelujah in the hills. L’oncle Mao qui croyait avoir triomphé au siècle passé, avec la révolution culturelle, est échec et mat.

L’intrigue de Exiled : des copains d’enfance, (un quatuor de tueurs à gages), sont chargés d’exécuter Wo, le cinquième mousquetaire qui s’est réfugié avec femme et enfant à Macao. L’ordre vient du boss Fay que Wo a tenté de liquider. Les cinq amis décident de se refaire les poches en éliminant Keung, le boss local au restaurant Ya Chung. Gunfight de haut vol (c’est fou ce que les Chinois sautent en l’air plutôt que de découvrir la rudesse du sol comme les étasuniens). Fay, le boss d’Hong Kong, surgit et brouille les plans en passant, bien que blessé, un accord avec son ennemi Keung, de Macao. Les cinq amis ne savent plus sur quel pied danser, mais maîtrisent toujours la chorégraphie des armes. Wo blessé est opéré par un médecin érotomane et malhabile qui soigne également le boss Fay, gravement blessé mais vachement costaud. Surgit un combat digne de Sam Peckinpah où les quatre survivants, décidés à se remplir la malle avant de s’enfuir, s’emparent d’un convoi d’or escorté par des soldats portugais. On retrouve le style chorégraphique inimitable cher à l’esthétique de Johnnie To. Les scènes-choc sont variées à l’infini (rien à voir avec le style américain). La scène finale  débutant par les amis se faisant photographier dans un photomaton avant d’affronter le canard toujours vivant qu’est le boss Fay est à couper le souffle. C’est le plan, devenu célèbre, d’un affrontement dont To montre en contrepoint une canette de Red Bull projetée au plafond avant de rejoindre le sol. Tout est dit entre ces deux mouvements, de montée et de descente de la canette (gestes lents et rapides, temps arrêté).

Qu’est-ce qui nous fascine tant chez les cinéastes d’Hong Kong, comme Tsui Hark, Wong Kar–wai ou Johnnie To ? De nous montrer que la force et la faiblesse se nourrissent réciproquement. Le Ying et le Yang. Mais surtout, une maîtrise absolue pour nous parler du temps et de sa durée. Ce sont des chats. Que regardent les chats ? Ils dévisagent le temps.

P.S. Le cinéma pour les ados se joue dans des circuits parallèles : le piratage sur Internet, les DVD à bas prix voire les VHS pourries. Bref, tout ce qui rend possible la circulation de leurs films cultes, des Jackie Chan aux films de John Woo (méconnus ou en basse intensité pour les spectateurs gnangnans qui foulent désormais nos salles Art et Essai). La suite de Le syndicat du crime de John Woo circulait en VHS et était vue par tous ses fans. Désormais, on peut les voir en DVD, dans des versions remastérisées ainsi qu’un troisième épisode co-signé par Tsui Hark, producteur d’une série qui a fait connaître le cinéma asiatique dans le monde entier. Grégory Cavinato vous en parle dans ce numéro d’été.

 

Exiled, Johnnie To, édité par Cinéart, diffusion Twin Pics

 

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