Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

EXPO/IN de Romain Rihoux

Objets inanimés avez-vous donc une âme ?

On reproche souvent aux courts métrages d'animation d’étudiants d'envoyer un peu trop promener le scénario. Avec Expo/IN de Romain Rihoux le scénario prend une place inhabituelle et se la joue même sujet du film. En 4 minutes, cet étudiant de l'IAD signe un petit film d'horreur… conceptuel.

Le film de Romain Rihoux s'ouvre sur un long couloir froid. Le titre apparaît lentement : EXPO/IN. Alors que le plan avance en caméra subjective, les lettres du titre (inscrites en fait sur les murs) se déforment, prennent une autre dimension. Ce début en anamorphose, (soit une image déformée, visible d'un unique point de vue - en l'occurrence ici du bout du couloir-), nous fait pénétrer de plain-pied dans un univers où les frontières entre illusions et réalité, se retrouvent d'emblée instables. Bienvenu dans la galerie virtuelle de Romain Rihoux.

À l'intérieur de la salle de cette étrange exposition, siègent, sur de grands socles blancs, des objets en fer, en bois, en matériaux non-identifiés, secoués de mouvements. Il ne s'agit aucunement ici d'oscillations à la Calder, de roulements à la Tinguely ou de soubresauts à la Pol Bury, que nenni, les objets de Romain Rihoux palpitent, s'ébrouent, s'agitent, apparaissent et disparaissent comme pourvus d'un cœur, d'une conscience... mieux (ou pire ?) d'une volonté propre. Objets inanimés avez-vous donc une âme ? La question de Lamartine trouve là une réponse franche et définitive.

Au détour de cette bien curieuse visite, la caméra ne s'attarde pas seulement sur ces majestueuses sculptures oniriques, mais sur les cartels où sont inscrits, au lieu des habituels titre-année-dimensions, les points spécifiques du scénario du film que nous sommes en train de regarder : « Contextualisation : exposition virtuelle », « Idée principale : situation initiale », « Intrigue secondaire », « Elément perturbateur »... Par là, le film de Romain Rihoux s'expose, dévoilant chacune des pièces de sa construction qui se transforment alors en objets ou plutôt en commentaires d'objets d'art.

De prime abord assez conceptuel, le film parvient, de façon ingénieuse, à accaparer son spectateur par sa narration calquée sur un film d'épouvante. Le suspens qu'il crée et qui chemine gaiement inclut totalement le spectateur qui, de simple « regardeur », et même double regardeur (diégétiquement, on visite une exposition – extradiégétiquement, on est face à un film) se retrouve acteur à part entière, derrière cette caméra, à la recherche des traces de ce qui a pu se produire. Frissons et rires garantis.

Sans avoir l'air d'y toucher, Romain Rihoux questionne la différence entre « objet conceptuel » et « œuvre d’art », entre « artiste » et « auteur ». C'est toute l'aventure de l'art moderne qui est contée ici de façon légère et insouciante. On y lit le danger de ne plus pouvoir distinguer l'art du non art, (ce qui s'est effectivement passé à partir du mouvement Fluxus dont le slogan affirmait : « La vie c’est l’art, l’art c’est la vie »), l'effacement des limites, la problématique de l'art total, et même la destruction de l'art par l'art. Et le film devient alors cet étrange objet qui parle de lui-même, se questionne et nous questionne, nous regarde regardant. Et l’on assiste, émerveillés, à cette petite aventure artistique et onirique, et suffisamment pragmatique pour nous rappeler qu’au bout du compte, il n’est pas de fuite possible. Le virtuel détruira t-il la réalité ?

Expo/In de Romain Rihoux - Visionner la totalité sur www.vimeo.com/allographe/expo-in

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