Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
10/03/2010
 

Eyes Wide Open (Tu n’aimeras point) d’Haim Tabakman

Présenté dans la section Un certain regard au 62ème festival de Cannes

Depuis ces dernières années du 21ème  siècle, le cinéma israëlien ne se limite plus au seul grand réalisateur Amos Gitaï, toute une génération que l’on découvre dans les meilleurs festivals européens (aussi bien la caméra d’or au Festival de Cannes que le Lion d’Or à Venise) à émergé, Ari Folman (Valse avec Bachir), Keren Yedaya (Mon trésor), Avi Mograbi (Un seul de mes deux yeux), Raphaël Nadjari (Avahim), et, enfin, Lebanon de Samuel Maoz.
Aujourd’hui, en DVD vous pouvez découvrir Haim Tabakman avec Eyes Wide open.

 

Dans un monde où aimer qui l’on veut est prohibé et où l’homosexualité s’apparente à de la science-fiction, l’amour interdit va naître. Pour son premier long métrage, Haim Tabakman va délicatement mélanger la puissance d’une religion aux codes stricts à la pureté de l’amour qu’on ne choisit pas. C’est dans une communauté juive ultra orthodoxe de Jérusalem où les hommes, vêtus de noirs, respectent jusqu’à l’obsession les règles draconiennes de vie imposées par le Talmud sous peine d’être bannis que vont se confondre la croyance et les traditions à l’amour et la sexualité.

Eyes Wide OpenAaron (Zohar Strauss) pratique le métier de boucher et est un membre à part entière de la communauté dans laquelle il vit. Droit dans ses bottes, marié à Rivka et père de 4 enfants, il est respecté et vit aveuglément pour ce en quoi il croit : Dieu. Mais son existence sobre et simple à l’apparence tellement solide et impénétrable va subitement être bouleversée par l’arrivée d’Ezri (Ran Danher), jeune étudiant beau et rebelle. En arrivant à Jérusalem, Ezri rencontre Aaron, qui a choisi de vivre une vie ultra conformiste, mystique et religieuse. En s’installant dans la boucherie d’Aaron, Ezri va amener un vent de rébellion dans cet univers stricte.
Aaron va alors découvrir l’intensité de ce qu’il ne connaissait pas, la tentation. Epris d’Ezri, il commence à culpabiliser et tente de faire passer son homosexualité pour une  formule religieuse, contrairement à Ezri qui assume pleinement son attirance et qui ne tient pas compte de ce que pense les autres. Un scandale s’accompagnant forcément de rumeurs et de ragots, Aaron va devoir se décider …  La mise en scène de Haim Tabakman et le jeu de Ran Danher et Zohar Strauss vont nous amener loin des clichés de « Queer as folk » et un amour intime, pure et extrêmement touchant va nous être déployé. Au-delà de l’existence de l’homosexualité et du désir, c’est la religion elle-même qui est remise en question par le choix d’Aaron, si fidèle à ces croyances, de succomber à l’envie. Dans ces sociétés, l’homosexualité n’est pas censurée, elle n’existe carrément pas, c’est impensable, et pourtant …

« Tu n’aimeras point » sonne comme un commandement et nous montre que la tentation et le désir que l’on peut éprouver pour un membre du même sexe que nous existe bel et bien, et ce partout.

Bien que l’homosexualité d’Aaron et d’Ezri en soit le sujet principal, le film parle aussi de l’interdiction de choisir avec la mise en scène du couple d’Israël et de Sarah qui sont dans l’interdiction de s’aimer parce que le père de Sarah lui a déjà choisi un autre homme. Une nouvelle remise en question pour une religion qui prône d’aimer son prochain mais impose tant de censures.
Difficile de ne pas être touché par la simplicité, la sobriété et la beauté du film, de sa mise en scène et du jeu des personnages. Eyes Wide Open met en scène la chaleur des couleurs et des lumières qui nous rappelle sans cesse qu’on est à Jérusalem, enfermé dans un contexte et dans une façon de penser, et, en même temps, la sobriété des personnages et l’intimité de leur amour qui nous font voyager dans un monde où tout reste du domaine du possible. Une belle contradiction.

Issu de la Cinéfondation (section du Festival encourageant les jeunes talents), Haim Tabakman invite ses concitoyens à regarder différemment un autre type d’ennemi prétendu : l’homosexuel. Il traite donc d’un thème que l’on connaît et que l’on a vu et revu. Rien ne nous surprendra, ou peu en tout cas, mais l’intensité des regards, la douceur des caresses et la difficulté du contexte religieux et social ne nous laisseront pas lâcher l’écran des yeux.
« Un homme religieux est constamment  confronté au péché et doit se redéfinir à partir de cela, dit-il. Plus vous vous rapprochez du péché, plus vous vous rapprochez de votre essence. »
      
Une délectation pour ceux qui aiment ce genre d’histoire, une découverte pour les autres, Eyes Wide Open se veut délectable et est à savourer, avec modération ou non. L’Israël nous prouve, une fois de plus et dans toute sa splendeur, ses capacités cinématographiques avec ce film touchant, religieux et absolument pas orthodoxe …

Eyes Wide Open (Tu n’aimeras point) d’Haim Tabakman, édité par Cinéart et distribué par Twin Pics

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