Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/06/2002
Mots-clés : rencontre,
 

Fabrice Luang-Vija

 Nous avons entendu dire que l'animation dessinée européenne n'arrivait pas à la cheville de celle produite par les studios californiens (rappelons que de nombreux animateurs et dessinateurs européens y compris des Belges travaillent pour ces studios).
D'un autre côté, nous avons entendu dire que l'animation, de par sa diversité créative, ses minutages extravagants, ses séries formatées, était une sorte d'enroule (nous traduisons : d'embrouillamini). C'est-à-dire tout et n'importe quoi. La vérité c'est que l'animation ne s'est jamais aussi bien portée en Europe.
La révolution numérique lui permet davantage de possibilités à un moindre coût, ce n'est pas Philippe Moins ni Arnaud Demuynck, le producteur de Fabrice Luang-Vija, qui nous démentira.
Celui-ci vient de terminer avec un graphisme ni made in USA ni bédé, un dessin animé singulier : Square Couine, un film de 12' qui, outre son aspect féerique est, hélas, d'une actualité brûlante. « Bambi est mon premier souvenir de cinéma.
Je l'ai vu à l'âge de trois ans et je me souviens de deux scènes fortes : la mort de la maman de Bambi, bien sur, et l'incendie de forêt. » Depuis qu'il est tout petit Fabrice aime dessiner ; il continue à le faire en grandissant. « Je participais souvent aux journaux du collège en faisant de petites bandes dessinées. J'en lisais beaucoup aussi, j'étais un fan de Gotlib, de Goscinny. »
À dix ans, il découvre Star Wars, la trilogie de Georges Lucas. « J'étais seulement un spectateur, je n'ai réalisé que le cinéma pouvait être un métier qu'en voyant Barry Lyndon de Stanley Kubrick, qui m'a énormément marqué. C'est un film dont ma mère qui était passionnée de cinéma m'avait parlé. En le voyant, je me suis dit que j'aimerais faire un métier qui tourne autour de la caméra, sans comprendre encore qu'il y avait moyen de combiner ma passion du dessin avec celle du cinéma. »
Kubrick est devenu une passion ou une référence. « Ce qui m'impressionne c'est la rigueur de son découpage et son visuel qui lui permet de mettre en scène des plans complexes avec une grande simplicité. Il sait changer d'angle de prise de vues au bon moment. Avec des actes, des choses toute simples, il arrive à évoquer toute la complexité des actes humains. Et puis la précision de ses cadrages, même avec une steadicam, Spartacus aussi bien que l'insurpassable 2001, l'Odyssée de l'espace (je suis stupéfait par la qualité des effets spéciaux). Ça commence avant les hommes et se termine après eux. Nous ne sommes qu'une pauvre ellipse entre la navette interstellaire et un os jeté vers le ciel. »
Après le bac, il entreprend des études de lettres qu'il couronne par une maîtrise en communication audiovisuelle (DESS). « Il y avait pas mal de théorie mais aussi pas mal de pratique (tournage vidéo, montage, prise de son). Il fallait faire un stage en entreprise que j'ai fait à Grenoble. Et en fait, j'y suis resté parce que c'est ce qui me fait vivre : la communication et la réalisation de films d'entreprises. »
Étant dans la région, il arpente le Festival d'Annecy et découvre la forme qui synthétise son amour du dessin et du cinéma : le dessin animé. « D'un coup, j'ai compris qu'on pouvait faire des films d'animation qui ne soient pas seulement destinés aux enfants et qui en même temps font appel à un trait relativement naïf. N'ayant pas fait d'école de dessin, je ne savais pas si ma singularité de dessinateur pouvait être reçue.
Square Couine m'a été inspiré par deux images : la première et la dernière. Je voyais deux petits enfants en train de faire de la balançoire. Et, pour la dernière image, je voyais une scène de nuit, assez légère, une plume qui faisait ployer une dernière fois cette balançoire. Entre les deux j'ai construit une histoire. Je voulais faire un film où il y ait une rupture de ton - comme ces films pour adultes qui ont un graphisme très enfantin. Je voulais qu'on entre dans cet univers un peu enfantin et qu'aux deux tiers du film ça vire au drame social ou familial, la petite fille se fait tuer, sans pour autant vouloir donner un sens social ou de fait divers au film. J'ai essayé de faire éprouver au spectateur différentes émotions, en une dizaine de minutes, sans que cela puisse paraître gratuit. »
L'une des faiblesse du cinéma français est d'être parfois bavard. Rien de tel avec Square Couine : « Je n'ai pas imaginé une scène de ce film avec un dialogue. J'imaginais leurs traits et je ne les voyais pas dire des dialogues. Cela a l'avantage de vous obliger à être immédiatement compréhensible, à ne pas s'éparpiller.
Parallèlement à Square Couine, j'ai créé un site : toondra.com, où j'ai mis en ligne les pilotes de deux séries. L'une de ces séries s'appelle les 24 Saisons (en 24 épisodes) et l'autre, les Fables en délire (un trio d'animaux lance l'épisode, par exemple dans le premier épisode, le loup, la poule et l'éléphant). Arnaud Demuynck, (producteur de La Boîte...production) a accroché, on essaie donc de monter un court métrage avec trois épisodes et de trouver un diffuseur internet ou télé. La priorité ira au diffuseur qui acceptera de diffuser la série entière.
Par ailleurs, on va essayer de leur donner deux rendus différents correspondant au support utilisé. Il y aura un rendu plus broadcast film (textures plus fouillées, bande-son appropriée) et une autre avec flash, plus internet, pour avoir des fichiers plus légers à télécharger (avec davantage d'à-plats, et des sons moins complexes) ».
En plus, chut ! Dumbo a caché ses grandes oreilles ? Ouais. Bon. Fabrice Luang-Vija a le projet de faire un dessin animé de 26' se passant pendant la guerre des Gaules. Un projet ambitieux avec plusieurs personnages et des batailles ! Ave César !

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