Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Octobre 2011
12/10/2011
 

Fancy-fair de Christophe Hermans

Un certain regard

Depuis 2005, Christophe Hermans nous balade d'un court métrage à l'autre, changeant de peau, de genre, de couleurs, d'univers, il semble muer comme un crabe et, grandissant, nous enchante toujours. Fictions ou documentaires, souvent à la limite des deux, couleur ou noir et blanc, le jeune réalisateur regarde les failles de près, très près.

 scène du film Fancy-fair de Christophe Hermans

 Il y a eu cette rencontre entre deux hommes désespérés et seuls dans une station-service (Le Crabe), il y a eu une garde partagée (accaparée ?) sur une aire d'auto-route (La Balançoire), il y a, à présent, Fancy Fair qui rôde, encore un fois, autour de la rupture familiale, tournant autour de liens bien fragiles, de sentiments si difficiles à communiquer. Chronique d'une famille déréglée, les quelques heures volées, le jour de la fancy fair de la jeune Coralie, nous apprennent beaucoup, et peu à la fois, sur les blocages que ces personnages vivent au quotidien. 

Crue, franche, radicale, cette fiction de 20 minutes se nourrit du réel, car l'œil de Christophe Hermans, même à l'intérieur d'un scénario écrit, est avant tout celui d'un véritable documentariste dont le maître-mot semble être  ici : Ne pas dire, montrer.

Nathalie est sortie pour la journée pour se rendre au spectacle de fin d'année de sa fille cadette. Sans que jamais cela ne soit explicité, Nathalie, femme fragile et résignée, a sans doute obtenu une permission de sortie de l'hôpital dans lequel elle passe ses journées, et ce, depuis des lustres. Autour d'elle, au milieu de ce qu'elle aimerait être une fête, un moment de partage, se dessinent les tiraillements des membres de la famille écartelée. Une adolescente en révolte qui hait la faiblesse maternelle, un fils aîné en lutte ouverte contre son (beau?) père.
Ce qui fait la force et la beauté du court métrage de Christophe Hermans, à savoir un cinéma-vérité allant contre et même au-delà du « cinéma-imaginaire »est aussi ce qui en fait un peu sa faiblesse. L'extrême attention aux détails, ce réalisme, ou plutôt ce vérisme, dans le traitement de l'image et de l'écriture empêtre un peu le film qui semble ne pas pouvoir décoller, empêchant par là même l'illusion cinématographique de fonctionner pleinement et d'ouvrir de nouvelles perspectives.

Reste que Fancy-Fair assume, avec audace, une certaine rugosité et propose une écriture frontale et abrupte appuyée par des comédiens d'une rare intensité.

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