Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Fat Cat de Particia Gélise et Nicolas Deschuyteneer

Bruxelles sous influence

Pour leur deuxième long métrage, les réalisateurs de Gerda 85 livrent une plongée étrange et décalée au cœur d’une Bruxelles gangrenée par les projets immobiliers destructeurs et tentent une relecture du film noir.

image du filmEn souhaitant aborder l’urbanisme bruxellois qui dévaste cette ville depuis des décennies dans des logiques répétitives et incohérentes de « Tout raser pour tout remplacer », sans passer par le documentaire ou le film militant, Particia Gélise et Nicolas Deschuyteneer s’embarquent dans les atmosphères du film noir avec un antihéros confronté à la trahison qui devra prendre son destin en mains.
Enzo, voleur aux mains d’or auquel aucun coffre-fort ne résiste, est recruté pour récupérer des documents importants mettant en cause un promoteur immobilier véreux et qui risquent de porter atteinte à sa réputation et à son empire économique. On retrouve les archétypes du film de genre avec femme fatale, voyou de bas-étage et ambiance interlope dans ce Fat Cat, bar-cabaret où le temps semble suspendu, sorte de chambre étrange, dérivé improbable de l'univers lynchien.
Le personnage d'Enzo, tombé de nulle part, banal, prendra peu à peu de l'épaisseur pour enfin se révéler. Le jeu minimal de Christophe Piette est l'un des éléments fondamentaux de la volonté des réalisateurs de s'écarter malgré tout des codes du genre, ce qui surprend et peut parfois fermer le récit. De même, l'ensemble du film est traversé par une voix-off du personnage principal, procédé qui trouve parfois ses limites, mettant une distance grandissante entre le spectateur et la narration alors que la musique, également très présente, contribue aussi, et sans doute mieux, à cet effet d'ambiance atemporelle. Les allers-retours entre les scènes d'intérieurs, rêveries cotonneuses, et les prises de vue de la ville, comme des trouées où le réel s'engouffre, participent également au déroutement généralisé.

Mais au-delà des codes du film noir et de la question de la corruption dans le domaine de l’immobilier, les réalisateurs s'intéressent à l’idée d’une possible solidarité dans une société apparemment déshumanisée. Les personnages crapuleux qui menacent Enzo sont contre-balancés par des rencontres positives qui vont le tirer vers le haut ou le sauver de situations dangereuses.
Tourné en super 16 et en quasi auto-production, Fat Cat révèle toute la cinégénie de Bruxelles, malgré son corps en constant chantier. Sur ce choix de format, les réalisateurs précisent : « Aujourd’hui et paradoxalement, il est parfois plus économique de revenir à un format pellicule, le numérique très haute définition étant assez coûteux. Et alors que la période de tournage semble se raccourcir, la post-production prend une part de plus en plus importante dans la fabrication d’un film. Avec également une conséquence esthétique d’un risque de lissage de l’image, où chaque défaut, chaque scratch peut être éliminé, réduisant du coup la part de spontané et de vie liée aux tournages, aux incidents qui peuvent s’y produire. »
Série B décalée et surprenante,
Fat Cat se situe hors des sentiers battus pour sa distribution qui se fera sous forme d'une tournée à travers le pays, tournée qui débutera en avril par une série de dates au Cinéma Nova à Bruxelles.

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