Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/06/1998
Mots-clés : critique de cinéma
 

Fermeture de l'usine Renault à Vilvoorde de Jan Bucquoy

 

Il est minuit Monsieur Schweitzer

Le dernier film de Jan Bucquoy, Fermeture de l'usine Renault à Vilvoorde, présenté comme le troisième volet de la Vie sexuelle des Belges, est aussi pétaradant et vivifiant que la plus gloupitante tarte à la crème de Noël Godin.
Et pourtant le sujet du film n'incite guère à la rigolade puisqu'il nous montre une fois de plus une défaite de la classe ouvrière et l'amer brouillard des lendemains qui déchantent.En février 1997, Louis Schweitzer, P.D.G. bien portant de Renault, décide unilatéralement de fermer l'usine de Renault Vilvoorde, d'une façon irrévocable et dans un délais de trois mois.Aussitôt les ouvriers de Renault Vilvoorde débraient et votent la grève au finish. Et Jan Bucquoy de se lancer dans la bagarre, soutenu par Nathalie Sartiaux qui, caméra à l'épaule, suit au jour le jour les rencontres électriques de Bucquoy avec des groupes d'ouvriers qui, de Belgique en France, appellent à la solidarité et tentent de défendre ce qui pour eux est toute leur vie : leur travail.C'est filmé trash, monté clash et ça fait mouche bien souvent pour notre plus grand plaisir car Bucquoy ne fait pas dans le détail. Il va à l'urgence, à cette rage d'aujourd'hui, à cette question primordiale : que faire ici et maintenant pour qu'advienne la révolution ?
Et ses mots sont autant de pieds de nez aux règles du ciné, et son style autant de coups de gueule contre "l'ordre barbiturique et ses valets aseptisés".Interviews en rafales de mitraillette, réflexions truffées d'humour-fiction où il se met en scène, Bucquoy ne nous épargne rien de ce qui constitue aujourd'hui la mort du monde du travail.

Armons-nous les uns les autres.

Radioscopie effrayante d'une fin de siècle crépusculaire, il nous transbahute de syndicats mous et réformistes en politiciens vendus et démagos, de force de l'ordre serviles et robotisées en ouvriers prêts à tout mais n'allant jamais jusqu'à l'acte radical de dire non.Ce refus, ce non, face à l'échec de la grève de Renault Vilvoorde, à cette désespérante acceptation de la défaite, Bucquoy va lui donner un sens, celui du terrorisme cher à Baeder et autre Action directe. Entendre : trucidons les patrons, flinguons les suppôts du pouvoir et sablons le champagne sur le cadavre du vieux monde.
Appel vibrant au terrorisme radical, Bucquoy conclut son film purement et fictionnellement par l'exécution sans autre forme de procès de Louis Schweitzer, montrant en cela comment la société a les criminels qu'elle mérite comme le disait si bien Bonnot.D'aucuns trouveront sans doute la solution par trop expéditive et s'il est certain que le radicalisme de Bucquoy ne fait pas l'unanimité, son film par contre réussit le tour de force d'être passionnant d'un bout à l'autre, trouvant sa force et sa pertinence dans sa vitalité exemplaire, son ras-le-bol tonique et stimulant et ce goût qu'il nous donne de nous lancer, nous aussi, dans le grand chambardement.

 

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