Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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juin 2012
 

De retour du festival de Cannes 2012

De retour de Cannes, la lauréate du Prix des jeunes critiques nous conte ses impressions.

Aller à Cannes permet évidemment de voir de nombreux films et d’élargir son horizon cinématographique avec des œuvres que je ne serais probablement jamais allée voir de ma propre initiative. Ainsi, en l’espace de 5 jours, j’ai monté un groupe avec un père de famille mexicain (Aqui y alla), sauvé des vies dans la dernière ambulance bulgare (Sofia's last ambulance), tourné des films pour adultes en Inde (Miss Lovely) ou encore déambulé à la vitesse d’un escargot à Hong-Kong (Walker – Beautiful 2012).photo du film Aperdre la raison

Mention spéciale pour les deux premiers, primés tout à fait méritoirement à la Semaine de la Critique qui bénéficiait d’un jury – et d’un juré – fantastique. Quant au troisième, j’aurais volontiers quitté la salle si ma trop grande politesse ne m’avait retenue. Elle ne m’a néanmoins pas empêché de m’endormir. Je citerais aussi A perdre la raison, film belge aux résonances particulières qui aurait largement mérité sa place dans la compétition officielle, si ce n’est un début trop mièvre, mais qui ne fait qu’accentuer une fin insupportable qui va nous hanter longtemps.

J’ai pu voir treize films durant mon séjour à Cannes, plus deux remarquables courts métrages. Mon record personnel étant quatre films en une journée (le lendemain de mon arrivée, la motivation était à son comble !) C’est également ce jour-là que j’ai eu l’immense privilège de monter les marches. Clarifions ce concept un peu abstrait : la montée des marches, pour le commun des mortels, se fait dans la précipitation, au milieu d’une marée humaine, en zigzaguant pour ne pas se faire agresser, car on vient de ruiner LA photo de l’année, celle qui trônera sur la cheminée à côté des photos de mariage, ou, plus actuel, sera mise aussitôt rentré en photo de profil d’un site que nous connaissons bien. Pas si glorieux que ça, donc, mais quand même tout un symbole. La montée des marches a lieu lorsqu’on va voir un film de la compétition officielle, qui se déroule dans la grande salle, et à laquelle on a accès uniquement sur invitation, ou avec le St Graal local, le badge rose. Le film auquel j’ai assisté en projection officielle du soir, et donc en présence de l’équipe du film, était Holy Motors de Leos Carax. Si je dois lui reconnaître un mérite, c’est incontestablement celui d’avoir créé la polémique et nourri d’innombrables conversations très animées sur la Croisette. Chef-d’œuvre pour les uns, imposture cinématographique pour les autres.

Mud , film de Jeff NicholsPour en revenir au système d’accès aux salles, qui fonctionne par priorités, une vraie ségrégation raciale (ou plutôt « badgiale ») sévit en toute impunité à Cannes, sans qu’aucun militant des droits de l’homme ne s’en inquiète. Mon badge, de couleur blanche, ne me donnait accès qu’à certaines salles, avec la priorité la plus basse qui soit. J’ai eu malgré tout de la chance lors de mon festival et j’ai pu assister à la plupart des films que je désirais voir, excepté quelques expériences malheureuses. Un exemple très frustrant : l’avant-dernier jour, n’écoutant que mon courage, je décidai de tenter la séance matinale de 8h30 – traduction : 7h30 sur place – de Mud, le nouveau film de Jeff Nichols. Me voilà donc dans la file de dernière minute, aimablement installée pour ceux de mon espèce : peu de priorité, mais beaucoup de courage. Après une heure d’attente, on laisse enfin entrer. Je m’avance, remplie de joie, quand soudain le couperet tombe, faisant du même coup tomber deux têtes appartenant à des dames aussi peu chanceuses que moi : il y a encore de la place, mais nous, les badges blancs, sommes formellement interdits à cette séance : les règles du jeu cannois, dont on apprend, peu à peu, à se jouer pour en tirer le meilleur profit. Ce que font certains en brandissant des affiches – « Une invitation pour ce soir SVP ! » – toute la journée, dans l’hypothétique espoir qu’une bonne âme se décharge d’une invitation dont elle ne saurait que faire. Surprenant, et j’ose espérer efficace, puisque tous les jours ce manège recommence.

Parmi tant d’autres, une dernière image représentative de mon inoubliable séjour à Cannes est évidemment les meutes de fans qui se rassemblaient inlassablement chaque soir aux abords des marches. Ceux-ci, après peut-être de longues années d’expérience festivalière, ont développé une ruse qui leur permettait d’avoir une vue imprenable sur leurs stars favorites : dès le début du festival, ils avaient installé leurs tabourets, escabeaux, voire des échelles, qui les attendaient patiemment chaque jour devant les marches. Une règle tacite stipulait que personne d’autre que leur propriétaire ne pouvait profiter de ces curieuses installations, spectacle d’autant plus curieux lorsque la rue était vide de toute âme, avec seulement ces sièges comme autant de chiens de garde protégeant jalousement la place de leur maître. Tout était donc fin prêt pour recevoir dignement les visiteurs les plus attendus, sous les hurlements, les flashs crépitants, et le regard bienveillant de cette chère Marilyn qui en a vu bien d’autres…

Merci de tout cœur à Louis Héliot, Cinergie, le WBI et Cinépocket.

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