Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/1997
Mots-clés : festival
 

Festival du film de Bruxelles 1997

Les courts-métrages.

Demain dans la salle pense à moi

Toute sélection est le résultat d'une série de compromis. La sélection 1997 des courts métrages belges ne faisait pas exception à la règle, mais ceux-ci doivent avoir été particulièrement laborieux car, depuis longtemps on n'avait vu autant de films assommants et médiocres : de la fausse avant-garde, qui toutes couleurs saturées, images trash, etc., retricote Andy Warhol trente ans après aux ahuris dont on constate que la lucarne de la télévision familiale a été leur seul cadre en passant par les films référentiels, muets et en noir et blanc (hachurés de cordes comme s'ils avaient vieilli dans la baignoire d'Henri Langlois).
Dans ce charabia d'icônes qui se prennent pour des images il y avait - Dieu merci - quelques bons films et même quelques perles rares, qui se retrouvent pour la plupart dans le Palmarès du jury. Nous ne reviendrons pas sur Terre natale dont nous avons déjà rendu compte. Jingle Bells, de Dirk Belïen (13'), raconte l'histoire d'un homme quelconque qui, sitôt sa bonne foi abusée par un escroc, se jette avec une mauvaise foi confondante dans une vengeance aussi absurde qu'inutile. La crédulité des pigeons plumés est infinie. C'est classique, bien fait, bien que la chute, un peu téléphonée, soit symétrique au début du film. Beauville, road movie de quinze minutes, raconte les derniers moments d'un homme qui, se sachant condamné, va jusqu'au bout de son parcours traversant des paysages irisés par la lumière de Californie (le plan final est superbe). On regrette que Rudolf Mestdagh utilise le personnage de Marianne Sagebrecht dans le rôle d'une ogresse castratrice.
Violette et Framboise de Kita Bauchet a le ton akermanien de J'ai faim, j'ai froid. C'est un film pétillant de malice qui montre que les femmes et les hommes dans le jeu de la séduction jouent rarement dans la même pièce. C'est drôle, pertinent et Catherine Libert joue avec naturel une allumeuse que les hommes n'arrêtent pas d'éteindre plutôt que d'étreindre.
La Bague de Samy Brunnet est, sans jeu de mot, un petit joyau de sept minutes finement ciselé. Ça ressemble à un récit de Diderot, serti dans Les Bijoux indiscrets. Une femme séduite par une émeraude au prix élevé en fait payer la moitié par chacun de ses deux amants qui sont persuadés de lui offrir la bague en payant la totalité de la somme. C'est raconté avec l'adresse, la légèreté, le brio et surtout le style qui siéent à un conte moral.
Altijd Zommer, de Johan Sleeuws (34'), conte les errances d'un jeune adolescent en butte à l'hostilité de son milieu familial, de son frère aîné en particulier, et de ses compagnons de classe. Ses réactions sauvages, émotionnelles, imprévisibles ne trouvent grâce qu'auprès d'une adolescente fascinée par ce garçon solitaire et marginal. Ides Meire (Wim) et Jana Kerremans (Véronique) incarnent avec bonheur leur personnage. Le film est émouvant, le réalisateur prend la peine d'installer le décor, les personnages et lorsque le film se termine on est un peu déçu, on s'était installé dans la durée d'un long métrage.

Jean-Michel Vlaeminckx


La vie en court

Le prix du jeune talent néerlandophone offert par la Communauté flamande est revenu à Grijs, de Christophe Van Rompaey. Le réalisateur sait porter son regard pour découvrir les aspects inattendus des choses les plus banales. Il a le souci du détail qui fait d'un décor de bric et de broc un univers, il a la maîtrise de ses éclairages, le sens du plan et son film est mené jusqu'au bout, sans faiblir, avec un sens du rythme presque musical. Mais quel dommage qu'autant de talent et de moyens soient mis au service d'une aussi faible histoire. La virtuosité est ici au service d'une narration light alors qu'il y avait sûrement moyen sur le même sujet de raconter une histoire autrement signifiante et forte. Néanmoins, Grijsconstitue un exercice de style brillantissime qui ne laissera aucun professionnel indifférent.
Le prix Canal Plus est allé au troisième film d'animation de la jeune Florence Henrard, Lily et le loup. A l'inverse de trop nombreux jeunes réalisateurs, Florence, elle, a sur le monde un point de vue très personnel qu'elle exprime avec humour à travers la vision de la petite fille qu'elle n'a sans doute jamais voulu cesser d'être. Le résultat est d'une revigorante fraîcheur et n'esquive ni les questions délicates ni les côtés sombres de la personnalité humaine. Le graphisme est en outre remarquablement expressif. Une oeuvre corrosive, révélatrice d'un esprit subtil.
Multi-primé enfin (Prix du public, Prix SBC, Prix télécinéma de la RTBF), The Bloody Olive de Vincent Bal remporte également nos suffrages. C'est d'abord une époustouflante démonstration de virtuosité. Sur fond de pastiche de film noir, qui révèle chez son auteur une solide culture cinématographique, nous assistons à un défilé de techniques d'enchaînement et de mise en place des plus variées, exécutées avec allant. Ce qui ne saurait fonctionner si le film n'avait été écrit, tourné et monté sur base d'un minutage serré, fruit d'un rigoureux travail de préparation. Le tout reste en effet extrêmement fluide et c'est presque en douceur que la caméra nous entraîne d'un plan à l'autre, d'une pièce à l'autre sur un rythme qui m'évoque un implacable tango renversé. Et, ici, la virtuosité n'est pas gratuite, mais mise au service d'une histoire à tiroirs, complexe et baignant dans une atmosphère de nonsense jubilatoire. Le tout exécuté allegro con brio.

Marceau Verhaeghe


Court-circuit

Le Prix du jeune talent francophone offert par la communauté française a été décerné à Le Temps d'un Soufflé de la réalisatrice Kita Bauchet . Subtilement articulé, Le Temps d'un Soufflé nous propose une cascade de petits événements menant implacablement à la scène finale. Un papa en train de préparer précautionneusement son soufflé, un livreur de pizza en voiture particulièrement excité, un petit vieux trop lent pour promener son chien... Kita Bauchet met en place ses saynètes du Bruxelles au quotidien et réussit sa recette dramatique grâce à un montage contrôlé et une montée en sauce narrative délicieuse. Un court métrage sans prétention mais efficace tant par la qualité de son scénario que par la parfaite direction des comédiens, le tout valorisant au mieux une mise en scène sans défaut.
Le court-métrage qui s'est vu attribuer l'Iris D'or est Die Unschuld muss hier sculdig sterben de Klaartje Schrijvers, une superbe animation dessinée mettant en scène la mythologie du dieu taureau, le Minotaure. Cette animation virtuose est particulièrement réussie pour son rendu des mouvements et des espaces malgré la difficulté née des traits fins et extrêmement précis de la technique graphique utilisée. Un film d'animation qui, mis en ballet sous la musique d'une Passion de Saint Mathieu, devrait constituer une carte de visite internationale de premier plan. Avec sa bande son signée Déus et Mad Dog Loose (les deux groupes de rock belges les plus connus), A Hard Day's Work a remporté le Prix Sabam. Ce film du néerlandophone Koen Mortier nous emporte sur les premiers pas d'un gangster sur fond de critique du monde du travail et de la délinquance ultra ironique. Rythmé à la limite du syncopé, A Hard Day's Worknous gave d'images torturées, de changement de support et autres performances techniques dont le clip vidéo nous a rendu coutumiers. Une mention particulière cependant pour le coté résolument burlesque et irrévérencieux du scénario et pour le jeu décalé du jeune braqueur raté.
C'est un docudrame de vingt minutes sur le thème du mensonge, Menteur, de Damien De Pierpont qui a remporté le prix offert par la BRTN. Utilisant le cadre et le mode du reportage, Damien De Pierpont nous fait complices du trajet parsemé de mensonges d'un adolescent rebelle placé dans une institution suite à un délit futile. Complicité avec le jeu du jeune manipulateur et perversité jubilatoire dans les dialogues font de cette réalisation singeant les documentaires télé sur les jeunes à problèmes une réussite justement récompensée.

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