Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Mots-clés : documentaire, Liège, ville, art,
 

Festival Elles tournent - Le Quatrième mur de Marie-Françoise Plissart

Ça déménage 

Une master class, c’est toujours une bonne nouvelle. Lorsqu’elle est donnée par une artiste aussi passionnante que l’est Marie Françoise Plissart, c’est encore mieux. Rendez-vous à ne pas manquer le vendredi 26 septembre, à 14h30, au Botanique, à l’occasion du festival Elles Tournent. La photographe parlera de la narration et du regard dans la photo et le cinéma. La discussion sera précédée de son dernier film intitulé Le Quatrième mur

Marie Françoise Plissart, c’est d’abord un regard… un regard sur les êtres, mais aussi sur la ville, l’espace, une représentation très personnelle du paysage urbain qui devient, grâce à son œil, paysage intérieur. Après s’être réappropriée les zones urbaines pour les transformer en abstractions géométriques (L’occupation des sols - 2000), après avoir capté la mise à nu de l’Atomium (Atomium IN/OUT - 2006), la photocinéaste s’empare de la rénovation du théâtre de Liège. Et qui de mieux placé qu’elle ? Voilà 25 ans que l'artiste photographie les théâtres…

Le Quatrième muer de Marie-Françoise PlissartLe théâtre de la Place, à Liège, c'est toute une histoire.  Installé Outremeuse de façon provisoire… depuis 1973 - le provisoire en Belgique, on le sait, à parfois tendance à durer – il est enfin rapatrié au centre ville en 2013, dans un bâtiment connu de tous les Liégeois, l’Emulation, haut lieu des idées et des échanges au siècle des lumières. Le théâtre actuel sera donc construit dans un bâtiment créé, au départ, en 1779.

Marie Françoise Plissart renoue les fils de cette histoire entre passé, présent et futur, réel et hypothétique. Elle raconte et filme la mort d’un théâtre pour la naissance d’un autre… ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Sa manière est bien celle d’une photographe, non seulement parce que l’image soignée, cadrée au millimètre, parfaite en somme nous renvoie sans cesse à la pratique photographique, mais aussi parce qu’elle crée des instantanés, des arrêts sur visages pendant que la parole, en off se raconte, que les personnages dévoilent la pratique de leur métier. Un architecte, un archéologue, un coffreur, un gestionnaire de projet, un maçon, un peintre, sont ainsi mis en scène à la manière d’acteurs dans une pièce en train de se faire… sans hiérarchie. Le dispositif crée des moments magiques comme celui où Domenico, le grutier sicilien, seul dans sa grue, dans ce grand ciel bleu, fait danser sa machine sur la voix de Pavarotti et dessine dans la neige un immense bonhomme souriant. Che bella cosa na jurnata 'e sol ! Et l’on sent là tout le plaisir de Marie-Françoise Plissart à filmer les hommes et le travail, toute la générosité qui porte son film.

Un plaisir évident qui se lit aussi dans la  façon de dévoiler cette histoire à la manière d’un conte pour enfant ou bien encore un rêve, à la première personne. Car le film impose une voix bien à lui qui irritera certains pour en enchanter d’autres - mais n’est-ce pas là la vocation de tout parti pris radical ? – et nous conduit dans les méandres des possibles, déployant, avec lyrisme et simplicité, ce qui est et ne sera plus, ce qui adviendra peut-être… Une jolie manière de filmer le pouvoir de l’imagination et qui nous entraîne dans de multiples histoires. Ludique, légère, Marie Françoise Plissart signe là un film qui contraste avec la lourdeur des murs, de la pierre, du chantier, des grues… un chant d’oiseau au cœur du fracas et du chaos.

Dans la lumière pâle, dans les clairs obscurs, les ombres dessinées, le lieu révèle une étrangeté particulière, une âme empreinte de nostalgie que la cinéaste parvient à lui rendre. Et c’est bien le talent particulier de l’entreprise, « donner vie » au sens littéral du terme.

Un film d’architecture autant qu’une aventure humaine, un film de photographe autant qu’un film historique, se terminant par un tonnerre d’applaudissements pour tous les acteurs de cet acte. Le rideau peut se refermer… Une pièce nouvelle peut s’écrire.

« Ombres que nous sommes, si nous avons déplu, pensez ceci : vous n'avez fait que dormir, tout ceci n'était qu'un rêve et tout sera réparé. »

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