Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
08/04/2009
Mots-clés : festival,
 

Festival EXPRMNTL.

Il y a cinquante ans déjà, sur l’initiative de l’inventif conservateur de la Cinémathèque royale, Jacques Ledoux, l’année 1949 s’affichait sous le signe d’un cinéma qui se voulait différent. A l’instar de la nouvelle CINEMATEK, ce festival avait déjà amputé quelques lettres à son nom et adopté la majuscule : festival EXPRMNTL.

Cette année, l’asbl Vidéogr@phie(s) à Liège a tenté de renouer avec cette belle initiative. La première édition du Festival EXPRMNTL [21] s’est donc tenue du 18 au 20 mars au cinéma Sauvenière et aux Chiroux. Pourquoi Liège ? Parce que c’est une ville qui ose, il suffit pour s’en convaincre de descendre du train et de s’émerveiller sous la verrière de Calatrava. Pourquoi 21 ? Parce que le siècle a changé... le cinéma aussi

festival exprmntl

Liège tente l’expérience

EXPRMTL ?
Les spectateurs présents les soirs du 18, 19 et 20 mars au cinéma Sauvenière à Liège ont eu la chance de côtoyer du beau monde, Polanski, Varda, Scorsese. Si ce n'était pas en chair et en os, ces réalisateurs qu'on ne présente plus et dont on a l'impression d'avoir fait le tour ont révélé de belles surprises; et si ce n'est pas exactement les premiers noms qui viennent à l'esprit lorsqu'on entend « expérimental », ces réalisateurs célébrissimes ont, peut-être, contribué à attirer le public. Des interrogations sur la vie que l'on porte en soi d'Agnès avec l'Opéra Mouffe à la grande séance de rasage radical chez Scorsese (The Big shave), en passant par l'aventure de Deux hommes et une armoire chez Polanski, trois perceptions passionnantes sur la vie et le cinéma.
D'autres encore, moins célèbres sans doute, d'ici et d'ailleurs, d'hier et d'aujourd'hui ont hanté l'écran avec des images « différentes ».
Expérimental : vaste mot qui sert parfois de fourre-tout quand on ne peut déterminer s'il s'agit d'une fiction, d'un documentaire ou d'un film d'animation. Les cinéastes, pour la plupart, détestent le mot : ils font du cinéma, un point c'est tout ! D’une manière générale, le terme désigne des œuvres libres qui se démarquent des pratiques de la production traditionnelle, des oeuvres où comptent moins l'histoire que le médium cinéma. Les organisateurs de ces trois journées ont donc eu la surprise et le plaisir de voir affluer de nombreux spectateurs, jeunes pour la plupart, curieux de voir des œuvres inaccessibles, rarement diffusées dans les salles.

festival exprmntlRétrospective & carte blanche
La nouvelle initiative liégeoise n'a pas encore ouvert sa compétition, prévue pour le printemps 2010. Les trois soirées ont donc été consacrées aux projections de films en deux temps, une heure consacrée aux images du XXème siècle (Rétrospective), une deuxième heure aux cinéastes actuels (Carte blanche).

Cette division a permis évidemment de rendre compte de l'évolution dans le traitement de l'image, mais aussi de l'expérience proposée par des cinéastes dans (et en avance sur) leur époque. De l'historique Rainbow Dance de Len Lye des années 30' aux Souffrances d'un oeuf meurtri de Roland Lethem délicieusement 70', les trois rétrospectives ont ressuscité pour l'occasion ce que l'on pourrait aujourd'hui nommer les « classiques » du genre mais qui restent, malgré tout, confidentiels et peu visibles sur grand écran.

Les trois cartes blanches proposées en deuxième partie de séance ont été consacrées aux films récents venus de divers pays. Ars Electronica (Linz – Autriche), le plus important festival international des arts numériques, a sélectionné, pour la soirée du 18 mars, 5 courts métrages distingués lors de leurs quatre dernières éditions.

Le lendemain (19 mars), ce fut au tour des Français avec le CJC - Collectif Jeune Cinéma, organisateur du Festival des Cinémas Différents de Paris de présenter les oeuvres reçues par le Collectif en 2007 et 2008.festival exprmntl

La dernière soirée fit la part belle aux Belges avec une sélection concoctée par Vidéogr@phie(s). Au programme, l'incontournable Nicolas Provost et son non moins incontournable Plot Point, Johann Grimonprez et sa folle recherche autour d’Alfred Hitchcock, Kurt D’Haeseleer et sa belle fossilisation du monde et enfin Christophe Bailleau et son cinéma « thérapeutique » censé rendre plus heureux ! Quatre valeurs sûres du cinéma expérimental national. Entre ces films aboutis à l’image travaillée, sont venues se glisser celles réalisées avec un téléphone portable issus des deux dernières éditions du festival Cinépocket de Bruxelles.

Le choix d’insérer dans un festival cette tendance du film mobile pose question. Les images agrandies sur un écran de cinéma sont en effet pixellisées à l’extrême. Cela en fait-il du cinéma expérimental pour autant ? On peut en douter en voyant l’inanité de Travelling de Charlie Dupont, mais comprendre ce choix lorsque le réalisateur utilise de manière intelligente le défaut même des images capturées pour proposer un joli malentendu narratif (le Phare et l’enfant de Robert). Quoi qu’on en dise, cette nouvelle tendance semble s’inscrire naturellement dans les festivals et y faire sa place.

Colloque
Pas de festival sans professionnels et spécialistes de la question ; et s’il est un domaine où le public ressent un besoin d’explication, un retour sur l’histoire, c’est bien le film expérimental. La journée du vendredi s'est déroulé autour du thème “Quelles images pour quels écrans au XXIe siècle ? La création et la diffusion à l’ère du numérique.

Malgré des personnalités françaises, belges et autrichienne, la fréquentation a été moindre que dans les séances de projection. Historiens d'art, critiques, directeurs de festivals ou de chaînes de télévision ont proposé des pistes de réflexions et ouvert le débat sur la production et la diffusion des images innovantes aujourd’hui. Si l'on a pu regretter un manque de documents visuels pour illustrer et soutenir le propos et déplorer des lectures qui se sont avérées parfois fastidieuses, certains intervenants sont parvenus à rendre compte des enjeux de la création contemporaine et de la fracture qu'elle représente dans l'esthétique cinématographique.

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