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Festival Offscreen 2013

Le vrai Marcel de Bruxelles

En mars aura lieu la sixième édition d'Offscreen, qui s'impose de plus en plus comme un festival qui compte aux yeux des spectateurs curieux. L'année dernière, il en a attiré plus de 7.000 sur 3 weekends. Des films de genre, des rétrospectives vintage, du cinéma alternatif, expérimental, exotique, des films bis, des films Z… tout ce qui sort des normes, tout ce qui n'est pas comme tout le monde ou comme il faut s'y retrouve. Il propose tout à la fois à la fois des soirées de gala au Palais des beaux-arts, des leçons de cinéma au Rits, des projections de films rares à la cinémathèque et plante son quartier général au cinéma Nova. Etrange, n’est-il pas ? Chut… Derrière tout cela se cache un mystérieux Marcel, et derrière Marcel, il y a Guillaume, il y a Dirk et toute une association de cinéphiles un peu loufs. On les connait depuis des années, squattant les rayons des vidéothèques un peu underground, hantant les travées du BIFFF, les couloirs de la Cinémathèque, les espaces du Nova mais ici, ils préfèrent la jouer collectif et rester dans l'ombre de leurs films. Pour tenter d'en savoir un peu plus sur cette étrange organisation nous avons rencontré Dirk Van Extergem, une de leurs principales chevilles ouvrières. Nous avons essayé de lui tirer les vers du nez en commençant par cette question lancinante: Mais qui diable est ce Marcel?

Affiche du Festival du film OffscreenDirk: Marcel était une a.s.b.l. dormante. Quand on a décidé de créer un festival, il fallait une structure. On l’a donc reprise et utilisée, c’était plus facile administrativement. Au départ, nous étions cinq passionnés de cinéma. Ados, on trainait autour d'une vidéothèque bien connue à Bruxelles, Excellence, aujourd'hui disparue, qui louait des films qu'on ne trouvait pas ailleurs. On se visionnait des cassettes de dessous le comptoir. Un jour, on s'est dit "Pourquoi ne pas créer un festival qui passerait tous ces films qu'on aime?" On est allé trouver l'équipe du Nova pour demander "Est-ce qu’on ferait un festival ensemble ?" Ils ont accepté. Puis on est allés à la Cinémathèque qui aussi été d'accord. Et l'année suivante, Bozar a dit "oui". Notre particularité, c’est qu’on ne loue pas une salle mais on fait tout en coproduction. Ca veut dire qu’en tant que festival, on propose des films, des invités, des activités mais tout se fait en collaboration. L’équipe de programmation par exemple comprend Marcel, mais aussi des programmateurs du Nova et de Cinématek. Cette collaboration avec différents lieux fait la richesse de l’Offscreen et réduit les frais.

C : Grâce à ces collaborations, vous avez même accès à des salles prestigieuses, comme les Beaux-arts ?
D : Les salles qu’on occupait étaient assez petites : cinémathèque 118 places, Nova 200 places… Offscreen vise plutôt un public de niches, mais à l’occasion d’un grand événement comme John Waters qui vient faire sa performance cette année-ci, il faut quand même un peu plus d’espace. On collabore donc avec Bozar pour un ou maximum deux grands événements par an. Pour le reste, on est convaincus que la salle du Nova est la mieux adaptée pour nous.

C : Offscreen, c’est d’abord une fabuleuse diversité de programmation. Quel est le dénominateur commun? Qu’est-ce que vous aviez envie de faire avec ce festival ?
D : Notre inspiration, c’est l’Etrange Festival de Paris. Une approche, une thématique, du cinéma de bis à Z, tout ce qui est un peu hors du commun… Souvent quand on me demande ce qu’est Offscreen, je réponds : "Tu connais Quentin Tarantino ? Et bien on programme les films dont il s’est inspiré". Tarantino est un génial voleur et nous, on a la même culture que lui. On est la génération qui a été dans les vidéothèques des années 80. On a eu cette même éducation avec du cinéma d'exploitation, d’horreur, un peu avec du sexe et tout cela. Lui, il en a fait des films et nous, ce qui nous intéresse, c’est les films sur lesquels il s’est basé. On regarde ces pellicules du passé avec un regard actuel. Cela peut-être des mauvais films, mais qui disent parfois beaucoup plus sur le temps et sur les mœurs que le cinéma d’auteur. On veut écrire ou aider à écrire cette histoire alternative du cinéma, mais on cherche aussi à la raccrocher à l’actualité. Par exemple, la deuxième année, dans une thématique sur le cinéma interactif. On a présenté un truc fabuleux qui s’appelle Kinoautomaat: une invention tchèque où les gens pouvaient voter pendant le film pour décider de la fin. Aujourd’hui avec Internet tout cela a été réinventé mais nous voulions recréer cela et directement faire le lien avec ce qui existe maintenant : le télévoting et tout le reste.

C : Et vous allez vraiment dénicher des raretés. A quelques exceptions près, je n'ai ai jamais vu ailleurs les films que vous programmez. Où allez-vous chercher tout cela ?
D : Depuis des années qu’on travaille, on finit par connaître tous les collectionneurs. Sinon, il n’y a pas de secret. On cherche parfois des années avant de trouver LA copie. Mais je dois dire que les nouveaux supports comme le DVD ou Internet - dont on dit souvent qu’ils vont tuer le cinéma - ont rendu les films beaucoup plus accessibles. Avant, si tu voulais programmer des films brésiliens de Coffin Joe, tu devais aller au Brésil sans être sûr de les trouver en bon état. Maintenant tu peux accéder à tout cela de chez toi. Toutefois, on préférera toujours, si c'est possible, montrer les choses dans leur format original. Montrer un film en 35mm, c’est quand même autre chose. Et même si on montre des copies qui ne sont pas toujours parfaites alors que certains possèdent la super édition Blue ray de luxe, ceux-là sont quand même dans le public parce qu’ils voudront le voir en salle et partager ce plaisir. Ce partage d’une projection avec un public, c’est vraiment ce qui fait la force du festival et qui nous donne la motivation, l’énergie et la force pour continuer.

C: les films que vous projetez sont le résultat de choix assez pointus. On pourrait croire que cela n’intéresserait que quelques cinéphiles un peu barjos, or vous remplissez les salles?
Offscreen film FestivalD : Il y a maintenant chez le public une culture beaucoup plus grande, précisément à cause du DVD. Avant, tu parlais de José Mojica Marins, tu avais deux ou trois personnes qui connaissaient. Maintenant, c’est DVD, c’est culte. Et cette connaissance se répand. C’est tout le phénomène du culte, qui est un autre mot clé du festival. Des gens intéressés par le même sujet de films, souvent peu connus, qui se retrouvent, échangent et partagent. Ces gens, par leur enthousiasme, créent des liens, amènent leurs copains, etc. En 2013, le public potentiel est beaucoup plus large. Prenez la Blaxploitation. Avant Tarantino, peu de gens connaissaient cette forme de cinéma black américain, à part peut-être Shaft. Mais depuis Jackie Brown, tout le monde connait. Personnellement, je ne suis pas étonné qu’on ait attiré ce public là. Et si tu fais un bel emballage, si tu le présente avec une introduction, un peu d’animation, un décor et au sein d’une thématique ce qui le rend aussi beaucoup plus accessible, les gens viennent. Le public qui va au cinéma aujourd’hui est beaucoup plus éduqué, et il ne faut pas le sous-estimer. Et une fois que tu as conquis un spectateur, il va revenir et en ramener d’autres. Cela c’est notre force. On n’a pas commencé très fort mais petit à petit, on élargit notre audience. Je suis réaliste. On n’est pas le BIFFF. On ne va pas faire des salles de 900 places tous les jours et d’ailleurs on ne cherche pas cela. Mais 7000 spectateurs l’an dernier, pour nous c’est pas mal.

C : Justement, cette ambiance très conviviale, très copains fait un peu penser aux premiers temps du Festival Fantastique, non ?
D : J’ai travaillé pendant des années au BIFFF, ce n'est pas un secret, notamment sur le septième parallèle. Quand j’étais môme, j’organisais des voyages en car pour amener les jeunes de mon patelin de la Flandre profonde aux premières éditions du fantastique. Le BIFFF était alors assez proche de ce que nous faisons maintenant, dans la recherche la découverte, la mise en situation, la recherche de convivialité, le travail sur l’imaginaire. C’est une grande source d’inspiration pour nous. Mais notre démarche est différente car le BIFFF veut être un panorama aussi exhaustif que possible de ce qui se passe dans le fantastique. C'est un genre que moi, personnellement, je trouve moins intéressant maintenant, récupéré par le Mainstream et la télé. Il n’ya pas de problèmes entre nous. On est tout-à-fait complémentaires, mais notre approche est différente. On n'est pas une grosse machine avec toutes les contraintes, on travaille en coproduction, on ne cherche pas nécessairement le grand public.

C : Offscreen ne programme pas que du Vintage. Chaque année il y a quelques nouveautés inédites? Vous jouez aussi un rôle de découvreur, par exemple avec Guy Maddin que les gens ont découvert au Nova et à l’Offscreen et qui maintenant est un cinéaste reconnu dont les films sortent dans les circuits traditionnels.
D: Bien sûr c’est notre rôle. C’est aussi pour cela qu’il est important pour nous de ne pas rester figés sur un genre ou une formation cinématographique. Dans notre approche, il n’y a pas un ou deux programmateurs qui décident de tout mais une équipe, assez fluctuante d’ailleurs. Et on attire aussi les gens du public. Nous ne sommes pas des maîtres qui apportons la bonne parole, mais des amateurs qui aiment se retrouver ensemble et échanger. La première année, un jeune gars est venu me féliciter pour notre "chouette programmation". Je l'ai fait venir dans l’équipe. Parce que moi, j’ai 40 balais et ma référence, c’est plutôt le cinéma des années 70 mais un jeune de 20 ans, c’est celui des années 90 qu’il a biberonné. On s'enrichit de cet amalgame. Nous tenons donc à programmer des nouveautés mais on est aussi très sélectifs. Ce qu’on cherche, c’est des films actuels et qui parlent de l’actualité mais aussi hors du commun, étranges et qui pourraient devenir des films cultes dans dix ans.

C : Autre caractéristique de l’Offscreen, c’est qu’il ne se déroule pas à jet continu pendant huit, dix, quinze jours mai il se déroule sur trois longs weekends, et entre eux, il n’y a rien.
John Waters, Offscreen Film FestivalD : Il y a quand même de plus en plus de programmations en semaine, notamment à Cinématek et au RITS. Cette année, il n’y a vraiment que le lundi qu’il n’y a rien mais c’est vrai que la programmation la plus en vue se concentre sur les week-ends. C’est un choix. Je ne crois pas qu’on pourrait attirer du monde le mardi à 10h du soir avec un film de rétrospective. Et puis, à Offscreen, comme au Nova quasi toute l'équipe est bénévole. On ne peut pas demander à ces gens de tourner à plein pendant dix jours. Faire trois ‘longs’ weekends nous permet aussi de développer des thématiques fortes et bien distinctes. Le premier weekend est beaucoup plus consacré au Camp et au Trash avec, en point d’orgue, la venue de John Waters. Le second weekend met d’abord l’accent sur notre second invité, José Ramon Larraz, avant de commencer d’approcher le cinéma japonais qui sera au centre de notre troisième weekend. C’est plus facile pour le public qui peut se faire un programme "Je viens tel WE, je vois ceci ou cela…"

C : Très souvent les copies sont montrées en version originale, parfois sous-titrées en anglais, moins souvent en français et plus rarement encore en néerlandais, voire même parfois sans sous-titres. Un choix qui va forcément limiter votre audience.
D : Nous en sommes conscients mais notre choix va d’abord à la meilleure copie possible. Dans la rétrospective Nikkatsu, deux films viennent directement des archives de la firme dont elles ne sont que très rarement sorties. Et pour la plupart des films que nous programmons, les sous-titres n'existent pas, ou alors il faut les traduire soi-même et là, c’est une question budgétaire. Déjà tout ce qui est Nikkatsu, on sous-titre nous-mêmes, mais en anglais parce qu’on a facilement accès à ces sous-titrages via Internet. La version française ou néerlandaise n’existe pas. Nous aimerions sous-titrer au moins dans les deux langues nationales mais pour l’instant, nous n'en avons pas les moyens. Et vous comprenez bien que si, dans le catalogue de la Nikkatsu, il fallait se limiter aux films sous-titrés français et néerlandais, on ne montrerait pas grand-chose. Je prends le parti de me dire que notre public est un public de connaisseurs qui viennent parce qu’ils sont curieux de voir tel film précis, même si l’accès linguistique est limité.

C : Vous vous intéressez également à ce qui se passe en Belgique ? Quel est l’ancrage belge du festival ?
D : Evidemment qu’on s’intéresse à ce qui se passe en Belgique. Mais la Belgique n’a pas une tradition d’exploitation, juste un peu de cinéma de genre. Il y a donc peu de choses qui se font, mais quand elles se font, on est là. On a été les premiers à présenter Amer, le giallo post-moderne d' Hélène Cattet et Bruno Forzani. Le problème d’un film belge c’est qu’il aura souvent été montré avant même que le festival n'ait pu le programmer. On a déjà projeté des belges, Thierry Zéno notamment, dans le cadre de rétrospectives mais c’est difficile d'en trouver qui ne soient pas déjà connus. On cherche cependant. Ainsi, j’essaie de mettre en place une rétrospective de Charles Nizet. C’est un personnage assez incroyable, né à Seraing, qui a fait une carrière dans le cinéma d’exploitation à Las Vegas dans les années 70 pour finir assassiné dans le sud du Brésil. Actuellement, il n’y a qu’une seule copie disponible d’un de ses films que je connaisse et il faut pour une rétro au moins deux ou trois films. On cherche, et cela viendra dans les années suivantes. On est plus présents sur le court-métrage, où chaque année, la programmation short screens présente une forte proportion de productions belges. C’est là que la plupart des réalisateurs ont encore la liberté d’expérimenter et faire des films un peu hors normes.

Le festival Offscreen a lieu du 6 au 24 mars au cinéma Nova, mais aussi à Cinématek, au Rits et à Bozar.

Pour des informations plus détaillées sur la programmation, reportez-vous au site au festival http://www.offscreen.be/fr/offscreen2013-fr/?lng=fr.

Suivez également l'actualité d'Offscreen avec les brèves de Cinergie.be. Tous les événements les thématiques, les meilleurs films y seront détaillés en compagnie de notre invité, Dirk Van Extergem au fur et à mesure de l'avancement du festival. 

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