Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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juillet-août 2008

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04/07/2008
 

Feu sur le quartier général ! d’Antoine de Baecque

Feu sur le quartier général d'Antoine de BaecqueUn livre qui reprend une trentaine d’articles d’Antoine de Baecque parus précédemment dans les Cahiers du Cinéma (rédac' chef de 1997 à 1999) et dans Libération (patron des pages culturelles de 2001 à 2006) et propose une traversée du cinéma. Antoine de Baecque est aussi l’auteur d’un livre incontournable sur François Truffaut (éditions Gallimard). 

On n’est guère étonné de découvrir un entretien avec Antonio Tabucchi(l’écrivain de Petits malentendus sans importance) affirmant que son art consiste « à écrire le cinéma ». On le savait fasciné par la figure de Fernando Pessoa, le grand écrivain portugais, moins par Antonioni et, en particulier, par Blow Up. « J'avais déjà lu le récit de Julio Cortazar, mais Antonioni l’a transformé en une chose qui lui appartenait de façon propre. Il avait fait lui-même ce travail qui m’intéresse depuis toujours : partir de l’histoire d’un autre, une histoire très mystérieuse et très belle, et en faire son histoire, absolument personnelle ».
Tabucchi explique qu’en écrivant Piazza d’Italia, son premier roman, il a utilisé la narration en s’inspirant du Voyage des comédiens de Théo Angelopoulos et le montage à partir des enseignements de S.M.Eisenstein, le réalisateur du Cuirassé Potemkine, « pour montrer, de manière cinématographique, la construction du roman. »

L’entretien avec Jean-Luc Godard traite de l’actualité de l’image. D’abord money, money, l’argent a toujours été, dès les débuts des studios hollywoodiens, l’un des moteurs essentiels du cinéma. Ce qui est nouveau, dans le cinéma actuel, c’est que « l’argent est devenu le premier critère d’évaluation, tel film a coûté tant, donc il vaut ceci ou cela…ceux qui marchent sont bons. Point. C’est un peu trop simple pour ressembler à une quelconque vérité ».

 

La vérité ne serait-elle qu’un pur semblant ? Un vertige digne d’un récit de Jorge Luis Borges, une allusion voire une illusion ? Diable de signifiant ! Où donc nous emmène JLG sur les images diffusées lors du 11 septembre, en boucles, par les médias occidentaux : « Les gens ont pris l’événement comme une histoire de plus, même inimaginable – mais c’est le propre des films dits américains que d’être incroyables. Et tout ce qui pourrait aller contre, des morts bien réels, des choses plus profondes et plus douloureuses que le simple « axe du mal », a été mis de côté ». La suite, on déconne en Irak. Les images délirent de plus en plus dans un scintillement mondialisé. Qui délire le plus ? Désormais, nous vivons la lutte de deux intégrismes, « de deux croisades : la religion de l’Amérique s’oppose à travers une identique conception fondamentaliste de l’univers et un identique tabou de l’image.

 

Entretien avec Slavoj Zizek

Entre la psychanalyse (Lacan) et la philosophie (Deleuze), Slavoj Zizek que les lecteurs de Trafic connaissent bien, vit entre la Slovénie et les Etats-Unis où il enseigne. Kieslowski, Tarkovski, Lynch et Hitchcock sont les cinéastes qu’il aime parce qu’ils lui résistent le plus. « Ils sont chacun extrêmement attachés à la forme la plus matérialiste de leurs films. Ce contraste me passionne entre leur spiritualisme naïf et leur matérialisme profond comme une inertie matérielle ». Zizek découvre la cinéphilie dans le Belgrade de l’époque de la République Yougoslave dans une fabuleuse cinémathèque qu’a connue, lui aussi, Emir Kusturica. Suit la découverte, lors de ses études à Paris, des centaines de salles du Quartier Latin des années '70.

 

Retour à Doinel

Un entretien avec Jean-Pierre Léaud est un texte rare, même très rare. Léaud a horreur des entretiens journalistiques (moins des photographes qu’il domine en les regardant avec une violence dans le regard qui, lors du shot, fait fuir les paparazzi qui se retrouvent avec une pelloche qu’ils ne pourront vendre nulle part, les images n’étant pas people et pas suffisamment trash). La mort de François Truffaut (octobre 1984) et de Suzanne Schiffman (juin 2001) continue à le perturber en le rendant souvent absent. D’où la difficulté de le rencontrer.
Il avoue avoir vécu son Titanic, en 1958, au Festival de Cannes, lors de la présentation des Quatre cents coups. Eternel adolescent, Doinel « n’a jamais été un jeune homme de son époque. Il n’est pas à la mode, il ne fait pas la révolution, il ne travaille pas dans quelque chose de précis. Il n’est pas à l’aise dans la société », précise Léaud, son interprète. En un mot comme en cent, Doinel est un personnage sans projet de vie, sans ambition sociale aucune ».
Léaud en était proche, et n’a survécu que grâce au cinéma. « Pour tous, Godard, Rivette, Eustache et pour quelqu’un comme Skolimowski, le cinéma représentait la même chose; ça les avait sauvés, ils avaient survécu grâce à lui…j’ai été là-dedans, et ça m’a fait vivre ».

 

Gegauff, le premier Paul

Un des textes les plus passionnants du livre est consacré à Paul Gegauff, personnage étonnant et controversé des années 50-80. Méprisé par Rivette et Truffaut, ami de Rohmer et surtout de Chabrol, il participa aux scénarios de nombreux films de ce dernier. Dans Les Cousins (second film très brillant de Claude Chabrol) on voit lors d’une soirée, Paul (Jean-Claude Brialy alias Paul Gegauff, scénariste du film) déguisé en officier de la Wermacht, une bougie à la main, d’une insolente nonchalance, d’une élégance provocatrice et décalée face à son cousin Charles (Gérard Blain), amoureux coincé et torturé par une passion amoureuse pour Florence (Juliette Mayniel), maîtresse devenue du décontracté Paul. C’est le début d’une longue collaboration entre Paul et Claude. Les films scénarisés par Gegauff se succèdent après Les Cousins, ce sont Les Godelureaux, Les Bonnes Femmes, Que la bête meure, la Décade prodigieuse, Une partie de plaisir. De Baecque nous révèle les origines alsaciennes de Gegauff, ce peintre de la provocation pure et du cynisme, niant toute culpabilité mais rongé par elle. Passant d’une fille à l’autre et terminant sa vie poignardé de trois coups de couteau par sa jeune épouse norvégienne, Coco.

 
 

Feu sur le quartier général ! d’Antoine de Baecque, éditions Petite Bibliothèque des Cahiers du Cinéma.

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