Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/1999
Mots-clés : publication,
 

Feux croisés sur la critique, Jean-François Houben

Qu'est-ce que la mise en scène ?
Lancé par Patrice Lecomte, une étrange polémique agite la société des Auteurs-Réalisateurs Producteurs Français qui n'a pas hésité a publier un manifeste particulièrement faux cul contre la critique dont leurs films font l'objet. A les en croire leurs oeuvres n'obtiendraient pas le soutien escompté lors de leur sortie en salles par une critique qui bien que, reconnaissent-ils, n'a pas une grande influence sur le succès d'un film, en a semble-t-il sur les goûts du public. Leur désir est qu'il n'y ait plus aucune critique négative le jour de la sortie d'un film. Au-delà de l'aspect symbolique (la reconnaissance d'un cinéaste dans une échelle de valeurs artistiques) se profile la défense d'intérêts marchands sur lesquels l'exception culturelle européenne surfe depuis quelques années. Car de deux choses l'une : ou l'on signe un manifeste défendant l'exception culturelle parce que le cinéma est un art et dans ce cas on s'expose à une évaluation critique ; ou l'on considère que le cinéma est une industrie qui vend des produits destinés à la distraction du public et l'on est en droit de souhaiter une promotion semblable à celle que diffusent déjà les chaînes télévisées ou celle d'une presse américaine qui publie chaque semaine, outre le résumé des films programmés, les chiffres du Box Office à l'instar d'USA Today, le plus grand tirage quotidien aux Etats-Unis. Mais dans ce cas on est mal venu de défendre une exception culturelle qui n'est que le string d'un protectionnisme déguisé (ce que prétend depuis toujours Hollywood). Les membres de l'ARPF, à l'image des enfants de la consommation, veulent le beurre et l'argent du beurre.
Tout ceci pour vous recommander chaleureusement le livre de Jean-Francois Houben qui a eu l'idée de s'entretenir avec 17 critiques français et non des moindres sur leur rôle. Ce qui est amusant et réconfortant c'est d'une part leur humilité quant à l'impact public qu'ils sont supposés avoir et d'autre part la grande diversité de leurs réponses à une question simple et essentielle : Qu'est-ce que la mise en scène ? Si Michel Ciment (Positif) pense que " les plus grands cinéastes sont les cinéastes qui englobent dans leurs films le maximum de niveaux de signification et de complexité ", pour Jean-Michel Frodon : " Est-elle le concept fondamental ? Assurément ! Est-elle suffisamment défendue ? Non. Mais à mes yeux, n'exercent réellement de la critique que ceux qui réfléchissent sur la mise en scène. (...) A chaque fois que la critique régresse, s'atténue la prise en compte de la mise en scène, c'est-à-dire la manière dont un cinéaste utilise les moyens spécifiques du cinéma pour construire un rapport au monde et au spectateur ". Pour Jacques Lourcelles (auteur du Dictionnaire des films chez Bouquins/Laffont), c'est un concept fondamental même s'il n'existe pas de définition exclusive. " Le cinéaste met en scène plusieurs fois son film. Il le met en scène la première fois qu'il a l'idée de le réaliser. (.. .) Une nouvelle fois quand il le tourne ; une nouvelle fois quand il le monte. Le signe d'une grande mise en scène apparaît quand toutes ces différentes étapes s'améliorent les unes les autres et se retrouvent en harmonie ".
Un livre stimulant qui nous prouve que la critique - même si son avenir est incertain - n'est pas encore prête à faire du people à tout va, genre : Star Brille remporte plus que la Savate enchantée ! ou Bella Nana a-t-elle couché avec son réalisateur après sa liaison avec Big Cigare, le producteur qui l'a découverte ? etc.


Feux croisés sur la critique, Jean-François Houben. Editions du Cerf

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