Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Filem'on - Festival de films pour enfants, du 30/10 au 7/11

Cinergie : Pouvez-vous dresser un portrait du festival Filem’on ?
Hilde Steenssens : Filem’on est le festival international de cinéma pour enfants de Bruxelles, il s’adresse à un public de 2 à 16 ans. Nous programmons des films de tous genres (animations, documentaires, fictions) et tous formats (courts et longs-métrages), des films récents (en compétition) ou plus anciens, des classiques. Il y a des films en français, en néerlandais, en allemand... Des réalisateurs venant de partout dans le monde sont invités à rencontrer le public. C’est très important pour les enfants de pouvoir poser des questions sur la création des films. De nombreux ateliers sont aussi mis en place.

C. : Quelle est la thématique de l’édition de cette année et comment les ateliers s’articulent autour de cette thématique ?
H. S. :
Nous fêtons cette année notre 10e anniversaire... en musique. Nous diffusons donc de nombreux films musicaux et organisons des ciné-concerts. Pour la fête de clôture, en avant programme, nous montrons le résultat des ateliers dans lesquels les enfants ont préparé le soundtrack d’un court-métrage : ils joueront en live sur le film. Certains ateliers seront animés par deux intervenants français, dont j’ai découvert les travaux dans d’autres festivals pour enfants. Un atelier est dédié à la pellicule : les enfants font du grattage de pellicule, collent des plantes sur ce support. Ils abordent aussi la technique numérique. Nous avons aussi des ateliers pour les tout-petits avec des tablettes.

C. : Comment s’organise votre programmation ?
H. S. : Les films se répartissent sur plusieurs compétitions : «kids », « teens », ainsi que la sélection « mundy » qui comprend des films philippins, syriens, thaïlandais, indiens, vietnamiens et à laquelle collaborent des organisations comme Amnesty International, qui animent des débats après les films. On peut dire bien plus par les images, elle parlent beaucoup aux enfants. Ce qui n’est pas évident, c’est de trouver des films correspondant à nos critères de qualité artistique et traitant d’un sujet délicat comme celui des réfugiés ou de la guerre. L’année dernière, nous avons beaucoup parlé de sujets de société, de problématiques plus lourdes. Pour certains enfants, c’est un univers nouveau qui s’ouvre, une découverte du monde. Cette année, nous avons aussi deux jurys internationaux composés d’enfants russes et allemands. Il y aura des échanges avec le jury belge pour choisir ensemble les films gagnants. La nouveauté, c’est aussi la présence d’acteurs enfants, qui ont dans leurs pays les même vacances de Toussaint que nous et peuvent venir présenter leur travail.

Hilde SteessensC. : Vous privilégiez une approche plurielle dans les séances que vous proposez, où chacun peut trouver ce qui lui correspond tant au niveau de l’âge que de la langue. Pouvez m’en dire plus ?
H. S. : Les films étrangers sont sous-titrés en anglais, en néerlandais et en français par nos soins. Notre équipe de traducteurs est énorme. Parfois, nous parlons trois langues sur le podium, tout est donc un peu plus long : le public doit être patient. Certains courts-métrages sont sans paroles, et s’adressent ainsi à tous. D’autres films sont uniquement néerlandophones ou francophones, sans avoir de sous-titres. Cette année, nous présentons une compilation de courts multilingues (turc, arabe, anglais, français, allemand, néerlandais...), appelée « shot de langues » (« taalvitamientje » en néerlandais), pour que les différentes communautés puissent se rencontrer lors d’une même séance. Ce sont des films de courtes durées, assez visuels, faciles à comprendre pour tout le monde. L’année passée, le festival Europalia mettait la Turquie à l’honneur. Nous avons donc décidé de montrer des films en turc sans sous-titres pour les tout-petits d’origine turque. Nous avons travaillé avec des associations de Schaerbeek et la séance était bien remplie.

C. : Vous travaillez donc avec des publics cibles ?
H. S. : Nous accueillons par exemple des classes DASPA (Dispositif d’accueil scolaire des primo-arrivants), nous travaillons aussi avec le Petit Château. Nous collaborons et cherchons ensemble quels films regarder : un film abordant le sujet des migrations, ou bien un film plus divertissant. Nous pouvons montrer des films muets, des films arabophones pour rester en contact avec la langue si la majorité de la classe parle arabe, ou bien des films francophones ou néerlandophones dans le cadre de leur apprentissage linguistique.

C. : Y-a-t-il des ponts qui se font entre les différentes tranches d’âges du public ?
H. S. : Le jury d’ados est suivi par un club de reporters composés d’enfants plus jeunes, il y a donc un contact, un croisement entre eux. Mais c’est une interaction que nous cherchons encore à développer un peu plus. Nous sollicitons vraiment la participation active des parents ou des accompagnants aux ateliers. Certains adultes viennent aussi seuls car de nombreux films sont accessibles aux enfants mais ne sont pas spécifiquement « pour enfants ». Nous organisons aussi des rencontres entre professionnels pour stimuler la production et la distribution de films jeune public : les maisons de productions, les distributeurs, les associations de scénaristes réfléchissent ensemble à la question.

C. : Et pendant le reste de l’année, quels sont les champs d’action de Filem’on ?
Hilde SteessensH. S. : Durant l’année, nous menons plusieurs projets dans les écoles, ou avec les maisons de jeunes. Les enfants ont une part active importante. Ils deviennent membre d’un jury pendant deux semaines et choisissent les prix qui seront remis durant le festival. Ils fabriquent aussi des films dont nous projetons le résultat pendant le festival. Nous y montrons tous nos travaux de l’année : le festival, c’est en fait la cerise sur le gâteau. Après le festival, nous rediffusons certains films en séances scolaires. Nous sommes aussi nous-même distributeurs de courts-métrages : nous négocions les droits avec les distributeurs internationaux ou bien directement avec les réalisateurs. Nous avons monté un ciné-club au Wiels, nous essayons le plus possible de coordonner les thématiques de nos séances à celles de leurs expositions. Nous fêtons la cinquième année du ciné-club chez eux, c’est pourquoi la séance d’ouverture du festival se fait là-bas.

C. : D’où viennent vos subsides, compte tenu de la spécificité de Filem’on dans une ville multilingue comme Bruxelles et quelle place occupe aujourd’hui le festival ?
H. S. : Nous sommes fiers d’être un festival belge soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles, et le Vlaams Audiovisueel Fonds, on reçoit aussi des soutiens européens (Média Desk, ainsi que certaines ambassades). Nous avons beaucoup plus de partenariats, de films à montrer qu’à nos débuts. De nombreux cinémas collaborent avec nous maintenant et accueillent notre festival (les cinémas Nova, Galeries, Aventure, la Cinematek, Bozar...). Nous recevons alors plus de soutien. La première année, le festival se déroulait sur un week-end, on montrait seulement 10 films. Aujourd’hui, nous projetons 145 films et accueillons plus ou moins 5000 spectateurs (ce qui est peu comparé aux festivals pour adultes). Nous voudrions toucher encore plus de public, mais comme les enfants grandissent, le public change sans arrêt et c’est dur de fidéliser notre public sur la durée. Nous sommes un des plus grands festivals pour enfants au niveau du Benelux, et un festival important en Europe.

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