Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/04/2001
Mots-clés : théorie du cinéma,
 

Film in België, een permanente revolte

Histoire et actualité de la production, de la distribution et de l'exploitation des films en Belgique. Documentaire, fiction et animation.

Jan-Pieter Everaerts" Dans la lutte pour une société plus saine, plus démocratique, plus soucieuse de la protection de son environnement, les mass media comme le cinéma et la télévision ont pris une place déterminante. Raison majeure pour ne pas les abandonner entre les mains des industriels pour qui ne compte que l'appât du gain, ni entre celles des managers de la télévision qui, en bons hommes de paille de leurs commanditaires politiques, ne pensent qu'à distraire le bon peuple avec des productions creuses."[1]
C'est au départ de cette ligne de pensée que Mediadoc publie depuis quelques années livres et périodiques. Après un premier ouvrage sur l'industrie flamande de la vidéo et de la télévision (1999), ils nous proposent aujourd'hui un nouveau livre dont l'objectif principal de est de fournir un aperçu clair et structuré de l'histoire du film en Belgique, mais aussi de sa situation présente.

Ils en ont confié la rédaction à Jan-Pieter Everaerts. Né en 1958, il est licencié en sciences de la communication (KUL) et gradué en cinématographie (Na.Ra.F.I.) Il a réalisé et produit environ 35 films et programmes TV, travaillé entre autres pour le centre Bruxellois Maatwerk. Il donne cours dans l'enseignement supérieur depuis le début des années nonante, publie dans des revues techniques et professionnelles chez nous comme à l'étranger, et est le coordinateur de Mediadoc. Il a écrit des ouvrages sur le documentaire flamand, Frans Buyens et l'industrie flamande de la TV et de la vidéo
Mais des sommes sur l'histoire du cinéma belge, nos bibliothèques en regorgent ( la dernière en date étant la monumentale saga en trois volumes de Frédéric Socher La kermesse héroïque du cinéma belge). Celle-ci, toutefois, ne manque pas de points d'intérêts. D'abord, dans un espace limité (270 pages environ), elle présente un survol bien documenté d'un siècle d'histoire audiovisuelle de notre pays. Par ailleurs, alors que, trop souvent, les ouvrages de références ne s'intéressent qu'à la production des films, celui-ci intègre également une réflexion sur leur exploitation (distribution et diffusion). D'autre part, si le documentaire est visiblement le chouchou de l'auteur qui peut prétendre sur le sujet à une érudition impressionnante, l'ouvrage traite de l'histoire du cinéma en Belgique en examinant successivement les trois branches de la création cinématographique: la fiction, le documentaire le cinéma d'animation. Pour ce faire, l'auteur divise encore son ouvrage en deux, s'intéressant successivement au cinéma belge "unitaire" , et au cinéma "communautarisé".

Vu de Flandre
Enfin, Jan Pieter Everaerts revendique, sans sectarisme, de poser sur l'histoire du cinéma belge un regard flamand. Bien que "Nous avons déjà attiré l'attention sur l'absurdité de s'en tenir à une acception trop restrictive du terme "Flandre (...) j'ai, en tant que flamand, fait le choix d'écrire un ouvrage sur la production des films belges, espérant aussi aider à rendre les productions belges francophones plus accessibles aux flamands. En outre, il est intéressant d'observer comment une production cinématographique qui a, pendant des décennies, formé une entité unique a évolué depuis sa scission en deux dans les années soixante. En tant que flamands, nous avons encore l'une ou l'autre chose à apprendre de la comparaison des productions belges francophones et néerlandophones actuelles".
"Par ailleurs, je partage l'opinion du documentariste Miel Van Hoogenbemt lorsqu'il soutient que "La solution aux problèmes de notre cinéma réside en partie dans le travail en collaboration. Ce dont nous avons besoin c'est d'une politique belge du cinéma. Mon documentaire Signes de vie prouve que c'est possible, qu'on peut collaborer par delà les frontières linguistiques. " [2]
Le regard sur l'histoire est dynamique, on y accorde davantage d'importance à l'analyse de la situation actuelle qu'à l'exposé des réalisations du passé (l'auteur souligne avec raison que ceux qui souhaitent en savoir davantage sur ce dernier aspect peuvent toujours utilement se référer aux abondants ouvrages déjà existants qui sont énumérés dans une bibliographie extrêmement fouillée). Les politiques publiques et les structures de production, comme les ateliers en Belgique francophone et des exemples correspondants pour la Flandre, sont également traitées. C'est dans ce domaine que le regard de Jan Pieter Everaerts se fait aigu. Pour lui: "écrire l'histoire peut-être une action de rebelle. L'histoire n'est en fait qu'une manière de montrer ce qui a été rendu possible par le passé et aider ainsi à remettre en question les frontières actuelles -commerciales et autres- des mass media". Il est extrêmement critique quant à la politique audiovisuelle de la communauté flamande. Un exemple? Ce qu'il écrit à propos des écoles de cinéma: " il m'a paru difficile de traiter brièvement de ce sujet. L'histoire et l'action des écoles de cinéma et surtout les politiques publiques en la matière fournissent amplement matière à un autre ouvrage. Un livre polémique, parce que beaucoup de ce qui va mal actuellement dans le secteur du cinéma et de la télévision en Flandre puise ses racines dans le mauvais fonctionnement des écoles de cinéma flamandes qui sont devenues davantage des écoles de télévision que de cinéma, plus particulièrement pour certaines d'entre elles ces dernières années." . On est donc aux antipodes d'une historiographie gentillette et sans esprit critique. Mais on remarquera que la critique est sous tendue par un amour intense, un souci réel et une longue pratique du secteur et qu'on y fait également des propositions claires et bien argumentées pour améliorer cette politique.
Par comparaison, l'action de la communauté française lui paraît beaucoup mieux adaptée. Même s'il ne se rend pas toujours compte des dangers qu'une politique peu volontaire, chez nous aussi par exemple en matière d'écoles de cinéma, fait courir au secteur tout entier. Il ne tarit notamment pas d'éloges sur les ateliers de production dont il souhaiterait voir l'équivalent en Flandre.
Bien que n'existant à l'heure actuelle qu'en néerlandais et destiné prioritairement à un public flamand, ce très intéressant ouvrage engagé en plein dans son siècle, mérite d'être découvert avec passion par tout qui s'intéresse à la situation du cinéma belge. Il plaide pour l'intelligence, pour davantage de connaissance mutuelle, de compréhension et de collaboration entre les forces vives des deux communautés. Il fait avec raison le constat que wallons et flamands n'ont pas les moyens de se battre sur le front du cinéma mondial en ordre dispersé. Ce n'est qu'en unissant nos faibles forces que nous pourrons continuer à faire de notre cinéma une chose vivante, différente, appréciée partout dans la monde. Pour J.P. Everaerts, son histoire du cinéma belge est "une histoire de romantiques et de cyniques, d'opportunistes et d'idéalistes, de provocateurs et de bouffons, d'obstinés solitaires, de collectifs et d'ateliers de production". Une histoire? Une saga, plutôt, une épopée. Et qui est loin d'être achevée.

FILM IN BELGIE, Een verhaal van romantici & cynici, opportunisten & idealisten, provocateurs & grappenmakers, koppigaards, collectieven en productie-ateliers. 303p index compris,. Une publication de Mediadoc .


[1] J.P.Everaerts, Film In Belgie, éd. Mediadoc, quatrième de couverture.
[2] J.P.Everaerts, Ibid., avant-propos, p.16

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