Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/1998
Mots-clés : événement,
 

Filmer à tout prix

Pour sa huitième édition, Filmer à tout prix complétait avec adéquation ce qui précède en s'attaquant à l'amnésie volontaire et axait ses choix sur une thématique centrale : la mémoire, avec, en sous-titre, la mémoire coloniale.

Volonté de rompre le silence, de transmettre des passés occultés et de replacer le cinéma dans nos luttes quotidiennes, autant de propositions auxquelles on ne peut que souscrire, et pourtant.
Si comme à son habitude Filmer à tout prix fourmillait de découvertes - livrons en vrac quelques petites perles faisant tilter nos conventions : Het Ondergrounds orkest d'Heddy Honingmann, Jeux de rôles à Carpentras de Jean-louis Comolli ou l'impressionnant De la chute de Jean Lefaux et Anca Hirte - deux événements à l'intérieur du Festival signalaient l'existence d'enjeux contradictoires mettant en cause la cohérence de cette manifestation.
On ne pouvait qu'applaudir à la projection de l'étonnant film Les Oliviers de la justice de James Blue et Jean Pélegri, réalisé pendant la guerre d'Algérie et qui, refusant le jeu pourri des étiquettes politiques, optait subtilement pour le désordre du vivant. Les discussions qui suivirent la projection, l'hommage que Patrick Leboutte rendit à Micheline Créteur et les raisons qu'il nous donna d'adhérer à une nouvelle revue de cinéma, L'image, le monde, à paraître au printemps 99, tout cela nous semblait correspondre à l'idée que nous nous faisons de ce que le cinéma compte de meilleur.
Difficile en revanche de digérer le "débat" qui suivit la projection du très contreversé Kisangani diary de Hubert Sauper. Non seulement nous eûmes droit à la moins ragoutante défense des lois de l'objectivité documentaire, fruit d'une pensée unique et totalitaire portée sur un réel qui existerait hors même de ceux qui le regarde mais en prime ce "débat" prit les allures d'un procès du genre stalinien avec le réalisateur accusé et muselé, pondérateur petit chef et propriétaire de la parole et des journalistes et des réalisateurs très à l'aise dans leur uniforme politiquement correct. Signalons qu'Anne Quinet et Thierry Knauff seuls s'inscrivirent en faux dans cette sinistre apologie du bon droit documentaire et que le public eut juste le droit de la boucler.
On peut espérer que ce débat qui clôturait Filmer à tout prix ne fut qu'un malheureux dérapage et garder en mémoire la phrase mise en exergue par le festival : "Maudits soient les yeux fermés...", en espérant que s'y joignent les poseurs d'oeillères.
Rappelons par ailleurs, que nous avons rendu compte de Black Metal dans le numéro précédent.

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