Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Fils Unique de Miel van Hoogenbemt

Cris et chuchotements…

Vincent, sa maman l’appelle « Mouche » (car il semble posséder le pouvoir magique de les commander…). Sa fille le traite de bébé, son père lui balance qu’il n’est « toujours pas un homme » … Vincent, donc, est « fils unique », et se débat entre sa mère toujours malade et, cette fois-ci, bien mourante, son père, mélomane et despotique, sa fille Lucie, adolescente joufflue et rock’n'roll, son amoureuse (ah ! la merveilleuse Sophie Quinton) qu’il cache à tous mais avec qui il doit pourtant bientôt s’installer… On l’aura compris, Vincent est tout sauf lui-même et dans la mélasse… « Ambiance pfuuu ! » donc, comme dirait Lucie…

Mais Vincent, avant tout, c’est Laurent Capelluto. Et Laurent Capelluto, c’est un peu le Mark Ruffalo du cinéma belge. Doucement sexy parce que discrètement touchant… En gros, le mec d’à côté, un peu anodin, mais plutôt joli garçon, souvent un peu à côté de la plaque, mais qui peut (si si) se transformer en tendre héros (révélation du Conte de Noël de Desplechin) ou en gros salaud dégueulasse tout pourri (comme dans Coquelicots de Blasband)… On l’avait déjà vu de nombreuses fois dans moult productions belgo-françaises (Elle ne pleure pas, elle chante, il y a peu, Où va la nuit par exemple, ou encore La permission de minuit, Rien à déclarer, Simon Werner a disparu etc. etc.) et les projets s’enchaînent, notamment avec Michael Haneke. Rien que ça… Et Capelluto, encore une fois est magistral, ici, ce qui fait beaucoup dans la réussite de ce troisième long métrage de fiction. Mais Miel van Hoogenbemt sait filmer ses acteurs, qu’il ne lâche jamais, qu’il accompagne dans leur lent, doux et presque anodin processus de maturation, ici comme Sophie Quinton dans Miss Montigny avec ou Jan Decleir dans Pas sérieux s’abstenir. Au fond, venu du documentaire, Hoogenbemt est un réalisateur qui, dans la fiction, se délecte de ses comédiens qu’il filme sous toutes les coutures, toujours à bonne distance, en cherchant le plus fin et le plus vibrant… Et Capelluto s’en tire haut la main, de cette caméra qui le scrute et l’accompagne, bien souvent surprenant et remarquable dans ses silences, ses éclats, ses moues boudeuses ou ses émois tourmentés. Mais revenons à nos moutons… Vincent, donc…

Alternant les flashbacks surcontrastés et seventies qui racontent ses fragilités d’enfants avec la grisaille un peu froide d’un quotidien banal, Fils Unique suit les aléas de son personnage qui tente de faire face à une situation plus qu’épineuse : sa mère hospitalisée lui demande d’accueillir chez lui ce père tant honni au moment où sa belle s’apprête à emménager chez lui. Qu’à cela ne tienne, le père se retrouve installé, ni une ni deux, dans le fumoir du grand-père et la belle est reconduite à coup de mensonges rocambolesques. De péripéties en engueulades feutrées, de jambes à son cou en face-à-face heurtés, le personnage de Vincent, la quarantaine hésitante sur tous les trajets de sa vie, va peu à peu faire front, doucement, lentement, jusqu’à la délivrance. 

Gageons que ce troisième film de Miel van Hoogenbemt, servi par un casting impec (il faut mentionner aussi Patrick Chesnais, Itzik Elbaz, Fanny Valette, Anna Galiena), sur un scénario coécrit avec Dominique Sampierro (le scénariste du très réaliste Bertrand Tavernier), magnifiquement photographiée par la très talentueuse Virginie Saint-Martin, sera comme ses deux précédents films, joliment cajolés par un beau bouche-à-oreille avant de devenir un succès en salle. 
Certes, par moments, à suivre les déambulations de Vincent, ses débats intérieurs, ses éclats ou ses trébuchements, on n’est pas toujours sûr que le film avance. Et il manque à ce Fils Unique ce petit grain de folie pour le sortir des sentiers battus du film intimiste de règlements de comptes familiaux, grande valeur du marché cinématographique contemporain. 

Mais il n’en reste pas moins que le grand talent de Miel Van Hoogenbemt, c’est sa pâte légère et modeste, sa manière de mettre en scène des quotidiens sans paillettes, et de les éclairer doucement jusqu’à ce qu’ils s’illuminent, de tenir ses histoires tragi-comiques en équilibre, sans jamais trancher sur leur nature, d’éviter l’écueil du spectaculaire, du grandiloquent ou du trémolo. Et d’arriver, enfin, à rendre palpable à l’écran, l’humble grandeur de vies plus ou moins maltraitées, et qui, tout aussi petites qu’elles soient, n’en valent jamais aucune autre.  Modeste mais têtu, donc.

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