Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
05/11/2010
 

Fleur du désert de Sherry Hormann

En 1997, le mannequin Waris Dirie publiait une autobiographie (écrite avec la journaliste Cathleen Miller) qui allait rencontrer un immense succès. Elle y expliquait comment, née dans les montagnes somaliennes, elle avait été excisée et infibulée à l’âge de trois ans. Comment elle avait échappé, à douze ans, à un mariage forcé avec un vieux barbon, et traversé le désert seule, sans nourriture ni eau, pour se réfugier dans la capitale, Mogadiscio. Comment un de ses oncles, attaché d’ambassade à Londres, l’avait emmenée pour lui servir de bonne. Comment, après six années d’esclavage, elle avait fui seule et sans argent dans la capitale britannique. Comment elle était rentrée en contact avec le photographe de mode Terry Donovan qui l’avait lancée dans une brillante carrière de mannequin. Comment elle avait livré l’histoire de sa mutilation génitale à une journaliste de Marie-Claire avant de devenir une des porte-paroles du combat contre l’excision et ambassadrice des Nations Unies. Un chemin de vie qui allait toucher onze millions de lecteurs et lectrices, et braquer enfin le projecteur sur ces pratiques immondes encore en vigueur non seulement dans certains endroits les plus reculés de la planète, mais jusqu’au cœur de nos grandes villes européennes. 
Le sujet est éminemment cinématographique, avec l’exotisme, la dimension sociale et engagée de l’aventure, l’aspect succès story, les somptueux décors de l’univers de la mode. Il faut pourtant attendre 2009 pour que l’adaptation tant attendue arrive sur nos écrans. Pris en charge par une équipe de production allemande et autrichienne (Waris Dirie vit actuellement en Autriche), le projet est confié à la réalisatrice Sherry Hormann, d’origine américaine, mais installée en Allemagne depuis l’âge de six ans. Cette dernière écrit l’adaptation sur les instructions de Dirie, coproductrice, et nous livre un conte de fées clinquant et coloré, sans la moindre profondeur.

Fleur du désert

Disons le tout net, du point de vue du cinéphile ou du critique avec un minimum d’attentes, le film est un véritable désastre. Il enfile à la va-vite les scènes clichées en se basant sur les poncifs les plus ringards, à la limite du racisme (cf. cette scène grotesque où Waris et sa copine anglaise se comparent le kiki dans leur petite chambre d'hôtel, expressions d'horreur façon Scream et crises de larmes à la clé). Raccourcis scénaristiques, manque de nuances, et simplifications psychologiques achèvent de ramener l’histoire à un ersatz de Cendrillon dans un univers de poupées Barbie. La réalisation se borne à aligner, au petit bonheur, la chance des plans plats et sans imagination. Les costumes et les décors sont une accumulation de couleurs flashys et sursaturées qui font ressembler le film à une de ces séries pour adolescentes prépubères tournées à la va-vite pour meubler les programmes de Disney Channel. Le symbolisme des couleurs est particulièrement lourdingue, comme dans la scène d'évasion de Waris à Londres, où on la voit seule tache colorée, en boubou rose bonbon, dans les rues pluvieuses et grisâtres, envahies de pardessus et de parapluies noirs. Les comédiens, au rang desquels on retrouve pourtant les excellents Timothy Spall et Juliet Stevenson (à voir bientôt dans Eye of War, le nouveau film de Danis Tanovic), semblent avoir été abandonnés au milieu du plateau sans instructions précises, et y vont au petit bonheur la chance. Et si le film aborde (encore heureux) les pratiques de mutilations génitales, c’est pour les ravaler au rang d’arriérisme ayant cours au fin fond des déserts les plus reculés et pour expliquer que c’est pas bien, que cela fait mal, que c’est cracra et que cela doit cesser. Juste certes, mais un peu court.

Mais bien sûr, le but n’est pas de séduire le cinéphile exemplaire. Ceux qui sont intéressés par la personnalité et le parcours de Waris Dirie y trouveront peut-être de quoi nourrir leur curiosité, mais risquent d’être déçus par le côté caricatural de la représentation. Ce Girly movie, cherche plutôt à toucher, en Occident et ailleurs, les spectatrices fascinées par la réussite d’une petite Cendrillon dans un univers glamour de carton-pâte. Avec un peu de chance, peut-être retiendront-elles qu’aujourd’hui encore, des filles sont atrocement mutilées dans des conditions d’hygiène indignes, risquent la mort, passent leur vie dans des souffrances infernales pour la sécurité de mâles confits de suffisance, et qu’aucune tradition, aucune prescription humaine ou divine ne peut justifier cela. 

Après sa sortie en salles au printemps de cette année, le film nous est proposé en DVD par Cinéart, qui se montre généralement plus inspiré dans le choix des films qu’il distribue. La structure du DVD est classique : DVD9, format 1.85, 16/9 compatible 4/3, Son Dolby 5.1, version originale anglaise et version française ; sous titres français et néerlandais. En bonus, un making of d’une trentaine de minutes, signé par un certain Carlos Gerstenhauer. Il présente des interviews de la réalisatrice, du producteur Peter Herrmann, de l’actrice Liya Kebede et de Waris Dirie elle-même. Elles sont entremêlées de scènes de tournage, et de scènes du film. Quelques bandes-annonces promo complètent le tableau.

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