Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
09/04/2009
 

François Raboteau – OFF/SHORT

Dans notre boîte à messages électroniques surchargée, un appel à projets retient l'attention de notre rétine. Est-ce dû au nom de l'événement incluant la notion de fin, avec le mot « off », ou celle de court avec le mot « short » ou plutôt à la phrase qui l'accompagne : « Tout sauf un festival » ou encore, à la mise en forme ? Quoi qu'il en soit, je navigue sur le site proposé pour « si plus d'affinités », amusée d'y rencontrer envahisseurs et films proposés. Et c'est ainsi que je me retrouve à converser longuement au téléphone avec un certain François Raboteau, non-organisateur du non-festival.

entrevue françois raboteauFrançois Raboteau : En résumé, on pourrait dire que Offshort est « un peu de tout, sauf un festival ». Mais c’est trop réducteur.
Il nous a semblé astucieux de créer un endroit où tous ceux qui font des films puissent venir les montrer sans devoir passer au préalable à travers les mailles du filet de la sélection. Nous avons lancé le Offshort dans les sillons du Festival de Quend du film Grolandais. Dans ce festival qui n'en est pas un, il n’y a pas de sélection, pas de prix, pas de cérémonie, ni de stars. C’est vraiment une sorte de grand campement avec la particularité que chacun vient avec sa salle de cinéma. On peut venir avec sa tente, sa caravane, sa soucoupe volante ou son semi-remorque.Tout est possible. Il s'agit d'une manifestation ouverte au public et aux professionnels, mais sans que nous, organisateurs, n’intervenions, à aucun moment, sur la sélection. C’est au public et aux professionnels de regarder ou de ne pas regarder, mais en tout cas, tout le monde peut venir montrer ses films.
C’est un campement, c'est-à-dire un grand rassemblement, une fois par an, où des films de qualité s'emboîtent dans une architecture de structures élaborées.

C. : Les lieux de projection doivent pouvoir accueillir combien de personnes ?
F. R. : C’est laissé à l'appréciation de chacun, l'architecture peut n'accueillir qu'un seul spectateur à la fois, par exemple un collectif avait installé sa projection dans une petite cabane où ne pouvait y entrer qu’une personne. D’autres voient grand. Un collectif belge avait apporté une tente militaire qui pouvait accueillir trente à quarante personnes, avec un canapé.
Chacun crée un univers à l’intérieur de sa structure et souvent il y a une corrélation entre le contexte créé et le contenu du film. Les spectateurs entrent, à chaque fois, dans des mondes très différents. Certains ont juste pris leur voiture, ont mis un téléviseur dans le coffre et placé un siège devant. Moi je trouvais ça très sympa, même si, effectivement, on peut toujours dire que les conditions de diffusion ne sont pas optimales. L’intérêt, c’est que ça permet à des gens de montrer leurs films. Nous, on leur suggère des moyens d’aménager des tentes, des caravanes, etc. On va mettre en ligne des croquis où l’on montre comment ou peut aménager facilement un camping-car, en mettant un écran sur le côté du camping-car, un auvent et des sièges en face. On va donner un maximum de pistes pour ça. 

entrevue françois raboteau

C. : L'édition de septembre 2009 sera la troisième. Comment se sont déroulées les précédentes ?
F. R. : La première année, il n'y a eu que sept participants perdus dans un grand parking. L'année passée, de sept, on est passé à quarante-cinq participants. Le parking de la jetée était complètement envahi !

C. : Et pour cette troisième édition, combien d'envahisseurs attendez-vous ?
F. R. : On ne sait pas du tout. Notre seul moyen d'exhibition est notre site Internet, et nous avons à peu près 450 visiteurs par semaine ! Ce qui est beaucoup, alors qu’on ne fait aucune promotion pour l’instant.

C. : Vous n'appliquez aucun critère de sélection pour le choix des films projetés, ni la durée, ni le format, ni quoi que ce soit ?
F. R. : Aucun. Le seul critère est la réception du film par le public présent. Il est évident que certains films ne sont pas nécessairement passionnants ni très bien faits, mais les personnes qui ont fait ces films ont trouvé du plaisir à venir se confronter directement avec le public. L'an dernier, les quarante-cinq personnes des structures présentes – ce qui faisait quand même beaucoup de monde puisqu’ils étaient trois ou quatre envahisseurs par structure –, sont allées voir ce que faisaient les autres. Ceux qui ont réalisé un film potache, entre copains, juste pour s'amuser,  ont peut-être découvert, en voyant d'autres réalisations, qu'il y a moyen de faire le même genre de film, mais d'une manière plus élaborée. Mais à chacun son choix, à chacun de déterminer ce qu’il a envie de faire, évoluer et faire quelque chose de plus professionnel ou revendiquer le pur divertissement, l’amusement – pourquoi pas ? L’intérêt pour nous, c’est de favoriser cette confrontation, en permanence, pendant trois jours et trois nuits pour que chacun puisse faire le choix d’aller plus loin ou non.

C. : Ne craignez-vous pas, qu'en définitive, soient présentés les mêmes films que dans les festivals classiques de courts métrages ?
F. R. : Pas nécessairement, car on s’aperçoit qu’Offshort accueille plutôt des réalisations de collectifs. On reçoit très peu de structures individuelles. Soit les collectifs existent déjà en tant que tels, soit ils se regroupent pour l’occasion. Tandis que le circuit classique du court métrage est très individualiste : un réalisateur produit un court métrage, le producteur l’envoie à tous les festivals, et ensuite, ils espèrent être sélectionnés et invités par un festival pour venir montrer leur film. Il y a tellement de gens qui font des films aujourd’hui, qu'il n’y a pas de souci à se faire. Il y en aura toujours pour venir montrer ce qu’ils font. Après, libre à eux de choisir de rentrer dans les circuits qui existent.

entrevue françois raboteauC. : Y a-t-il également des films d’animation ?
F. R. : Il y a vraiment de tout. Il y a aussi bien des films d’animation, des films de fiction, des documentaires. On a pas mal de films expérimentaux, ou même des films de famille, fait d’archives ou de montages faits à partir de films de famille. On a même eu un magicien qui avait fait un film de son spectacle. Même si on estimait que ce n'était pas un film réalisé, on a accepté qu'il le présente. Ensuite, le public est libre de le regarder ou pas.

C. : De qui est composé le public, des réalisateurs qui présentent leurs propres films ou de curieux ?
F. R. : La quasi-totalité du public était composée des envahisseurs qui étaient là avec leur film. Et c’est ce qui en fait son intérêt.

C. : Le non-festival se déroule sur trois jours et trois nuits. Les envahisseurs logent sur place ?
F. R. : Oui. Le principe, c’est que la plupart des gens logent dans leur structure. Cette année, on voudrait mettre à disposition un espace gratuit, louer un champ avec toutes les commodités sanitaires. On aimerait également faire fonctionner une cantine gratuite, où les envahisseurs pourraient se rencontrer, discuter entre eux, de manière conviviale. L’année dernière, on avait uniquement un petit « point chaud » où on pouvait venir à toute heure prendre un café.
On veut également mettre en place des ateliers, un « vidéodrome », une sorte de dôme où on projetterait des films pris dans la production de chaque participant, choisis par eux, et qui passeraient en boucle dans le vidéodrome, de façon à ce qu’il puisse y avoir aussi un espace public où les gens puissent se rencontrer. Après, on a plein d’idées, mais on ne les met pas trop en avant, on attend de vérifier leur faisabilité. Soit parce qu’on cherche des partenaires, soit parce ça coûte de l’argent.

C. : Est-ce que le fait que le Offshort se fasse en parallèle avec le festival du film Grolandais a des conséquences ?
F. R. : Dans le fait que cela nous a facilité son lancement. Mais je ne sais pas si le Offshort ne devra pas s'en séparer. Dans le sens où on imagine aisément un endroit quasiment désert, où on vient, on installe de manière éphémère pendant trois jours et trois nuits des structures et après, on nettoie tout et on repart. On peut même devenir itinérant. Chaque année, un nouveau lieu.

C. : Est-ce que le festival Offshort a été créé avec les programmateurs du festival ?
F. R. : Pas avec eux, mais en accord avec eux. Benoît Délépine, cofondateur du festival Grolandais, (coréalisateur de Aaltra et Avida avec Gustave Kervern) a immédiatement été emballé par l'idée. On avait les mêmes références, on pensait au « Burning Man Project». C'est un rassemblement festivalier qui se déroule annuellement dans un désert américain, et qui propose pendant une semaine, non pas du cinéma, mais des performances artistiques. Ce festival est totalement autogéré. Nous partageons le même esprit et la même volonté de montrer des créations, mais d'en produire également.

C. : Vous travaillez en collaboration avec le collectif Kino ?
F. R. : On aimerait beaucoup qu'ils participent au Offshort. Nous partageons la même démarche qu'eux; réaliser à tout prix, avec très peu de moyens, vite mais surtout bien. 

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