Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Décembre 2011
 

Fugue de Vincent Bierrewaerts

Fugue, on s’en souvenait bien, on l’avait déjà croisé au FIFF. Et parmi la pléthore de courts métrages belges qui y étaient présentés, on avoue qu’il l’était l’un des rares à nous avoir séduits et amusés – il faut bien le dire, la majorité du reste était largement plombée et plombante. On le retrouvait donc avec plaisir au Festival Media 10/10. 

photo du film Fugue de Vincent BierrewaertsÀ une petite silhouette faite de quelques traits de pinceaux, Fugue s’évertue à faire faire l’impossible, c’est-à-dire capturer un nuage pour faire pousser une petite plante au milieu du désert. Mais le nuage, attrapé dans un filet à papillon, se disloque et se transforme pour finir en une petite goutte, qui file, qui file… Vif, enjoué, drôlement enfantin, ce court métrage est un petit régal de malice. Vincent Bierrewaerts s’amuse à chacun de ses films à tâter différentes techniques. Après de nombreux films à La Cambre, après de nombreuses participations sur d’autres courts métrages, après avoir réalisé en crayons et quelques couleurs Le Portefeuille, puis Le Pont tout en volume et marionnettes, le voilà qui semble ici revenir à une technique plus classique, celle du dessin animé aux lignes claires qui rappelle Tij, l’un de ses essais la-cambriens. Simple et beau de cette épure-là, de ses quelques couleurs symboliques (le bleu pétant du ciel, de l’eau, le blanc du désert) et de ses traits fins ou épaissis d’encre, Fugue raconte donc une poursuite improbable où le petit bonhomme court après sa goutte qui l’entraîne dans une ballade drôlement surréaliste par monts et par vaux, déserts et tuyaux, dans un univers entre rondeurs et lignes de fuite. La musique originale composée par Falter Bramnk, qui évolue vers la fugue évidemment, vient, à la manière des films muets, expressionnistes, souligner la narration avant de la guider de ses variations mélodiques dans ses pérégrinations. Joyeuse, enlevée, mélancolique quand la goutte s’échappe. Enlevé et léger, Fugue se termine sur une petite leçon bien malicieuse, quand le petit bonhomme, après tant d’efforts vains et bien naïfs (pour ne pas dire vaniteux), revient auprès de sa plante qui n’a pas attendu son aide pour croître merveilleusement et s’épanouir bien au-delà de toutes ses espérances. Et oui, nous sommes bien peu de choses… On n’avait certes pas attendu Vincent Bierrewaerts pour le savoir, mais en ces temps de grises mines et autres quotidiens hallalis, Fugue nous le rappelle si gaiement qu’on s’en régale.

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