Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2004
 

Gabriel Vanderpas

Le premier film qui l'a marqué est L'Ours de Jean-Jacques Annaud. Un film au dispositif classique puisqu'à l'inverse du cinéma de la modernité c'est un cinéma de la transparence et de l'innocence, comme les films de Ford ou de Preminger. D'ailleurs, ajoute Gabriel Vanderpas, mon grand-père ne m'aurait pas amené voir un autre genre de film. On n'en doute pas. Le cinéma classique permet au spectateur de ne pas se poser la question de sa propre place dans le dispositif cinématographique, mais d'être séduit par la magie de la projection.

« C'est marrant parce qu'ensuite, je n'ai plus retrouvé un film avec lequel mon grand-père et moi étions autant en harmonie. Entre-temps la violence ou l'humour décalé ont fait leur apparition au cinéma. C'était le bon film à aller voir avec son grand-père. Si on le rejoue au Musée, j'emmènerai mon grand-père pour le revoir. Ce n'est pas le premier film que j'ai vu mais le premier film qui m'a marqué. Comme tout le monde j'ai du voir des Walt Disney auparavant. »
« Ce qui m'intéressait c'était la magie de voir ces ours mis en scène et on était vraiment dans le réel, pas l'animation. »

A l'adolescence, comme toute sa génération, il fréquente les salles tout en avouant de ne pas être attiré par les « blockbusters. » Ce qui l'a marqué est le cinéma italien, comme La Vita e bella de Roberto Begnigni et les films espagnols. Sans doute grâce à sa mère qui étant cinéphile l'a influencé dans ses choix, tandis que son père aimait les films d'action genre James Bond 007.
Il s'intéresse à la photo qu'il pratique avec passion tout en ne négligeant pas le cinéma. « Ce qui me touche le plus ce sont les personnages, plus j'avance dans le métier, plus je m'en rends compte y compris dans le documentaire ».

Il nous confie avoir vraiment découvert le cinéma à l'époque où, ayant terminé ses humanités, il se posait le choix d'un métier. Ayant d'abord commencé une candidature en communications à Louvain-la-Neuve, qui l'ennuyait, il sèche les cours pour se faire des toiles. By Jove !
Dans la foulée, il entre à l'INRACI. Etant photographe amateur (ayant donc le sens du cadre) il choisit, à l'exemple d'Alain Resnais, la section montage pour apprendre le rythme d'un film. « J'avais envie de découvrir les possibilités du montage pour pouvoir imaginer mes histoires en imaginant le découpage ». Ce qui lui permet de faire de la réalisation. En 2002, il réalise Auguste et Marie, un documentaire de 20' produit par l'Atelier de l'INRACI. « C`est un film collectif. Je m'occupais de la réalisation mais c'était davantage de la coordination car on a tous apporté notre part. C'est mon premier vrai film parce que j'on étais tous très impliqués et qu'on se connaissait bien. On a fait les repérages ensemble. Cela a été une aventure passionnante. » Auguste et Marie nous plonge dans la relation d'un couple de fermiers octogénaires toujours en activité, dont l'une, Marie, est frappée de la maladie d'Alzheimer. Pour ces ardennais, étrangers au confort sophistiqué des villes, l'important est la relation qu'ils vivent ensemble, obscurcie par la maladie de Marie à qui il arrive de ne pas reconnaître son mari. Le film va faire le tour des festivals dans le monde.
Dans la foulée, il entreprend de réaliser un documentaire sur les pécheurs victimes de la marée noire en Espagne. « Si Auguste et Marie a été tourné en pellicule, et avait nécessité une préparation, Turron de Chapapote a été réalisé sans préparation, sur un coup de coeur, en DV, avec Sébastien Demeffe, un copain de l'INRACI. On est parti avec un groupe écolo en Belgique. » L'un faisait l'image et l'autre le son. Ce qui lui plait c'est d'avoir pu essayer les deux supports. « L'utilisation de la DV permet de partir, en trois coups de fil sur un projet conçu rapidement. Ceci dit si j'avais eu la possibilité de tourner en pellicule, je l'aurais fait.
Saint-Nicolas ne viendra pas, sa première fiction de 17'- et qui passe ce mois-ci dans « Tout Court » - est son premier film de fiction, co-écrit avec Sébastien Andres. L'histoire d'une famille qui n'arrive plus à se réunir pour la St-Nicolas du petit, interprété par Elie Belvaux, le neveu de Rémi et Lucas Belvaux que l'on avait déjà vu dans C'est vrai (en plus) de Dominique Laroche.
« Le tournage a été assez difficile parce qu'on manquait de temps, comme toujours, sur les tournages de fin d'études. On a du modifier tout le découpage à la dernière minute. On tournait en avril, le printemps pointait, l'histoire se passe à la Saint-Nicolas et on n'avait pas les moyens d'asperger la baraque de neige ! On s'est dit que ce n'était pas plus mal : il s'agit d'une famille qui n'arrive plus à se réunir à la date de la Saint-Nicolas et qui le fêtera plus tard. Du coup, cela a entraîné beaucoup de modifications. »
L'arrivée de Dominique Standaert et Remi Hatzfeld donnant des cours d'écriture et de scénario, fait rebondir Gabriel Vanderpas vers l'ELICIT (ULB) où il termine sa licence actuellement, avant de partir pour le Canada, en janvier 2005, grâce à une bourse Erasmus. En entrant à l'ELICIT, je m'imposais une pression supplémentaire mais complémentaire pour faire de la réalisation. Epoque où il devient l'un de ses adeptes des trois premiers rangs du Musée du Cinéma, voyant trois films par jour. Ce n'est pourtant pas là mais à Flagey qu'il découvre un film qui va le marquer : Le Retour d'Andreï Zviaguintsev (1). «  La dramaturgie est soutenue du début à la fin de manière dense. Il a d'ailleurs obtenu Le Lion d'Or au Festival de Venise ».

Avec la complicité de Sébastien Andres et le soutien d'anne Lévy-Morelle, il réalise Mistral, un film de commande pour un home d'autistes dans la Région de Liège. « C'est un milieu qui m'a impressionné parce qu'on rentre dans un monde de non-communication, chacun est dans sa bulle. Comme si on entrait dans un film muet. » Le film a été soutenu par Anne Levy-Morelle et Marion Hänsel qui est la marraine du home. Infatigable, Gabriel termine actuellement un projet de documentaire sur la mémoire d'une maison flamande. Le tournage est terminé, j'en suis au stade du montage ». Et c'est loin d'être fini. « Le travail de fin d'études en ELICIT consistant à écrire un scénario, je dois rentrer le synopsis à la mi-novembre. J'ai décidé d'en rendre deux. De développer un documentaire et une fiction. »


(1) Deux jeunes garçons liquident leur OEdipe en tuant, par mégarde, leur père surgit d'on ne sait où et qui les entraîne dans une odyssée énigmatique. Un père fantôme ? Mythique ? Le film s'ouvre sur une énigme et se termine par un secret à jamais enfoui. Troublant et formellement superbe. Pas loin du Stalker de Tarkorwski et proche de l'Avventura d'Antonioni.

 

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