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01/04/2001
 

Gabrielle Claes

Pauvreté n'est pas liberté

Un entretien avec Gabrielle Claes

La loterie

© JMV

C'est en octobre dernier, dans un conseil des ministres restreint, qu'il a été décidé de nous sortir du département politique scientifique du budget fédéral où nous étions logés jusqu'alors avec les autres institutions bi-culturelles scientifique, et que nos subventions seraient payées par la Loterie nationale. Le pourquoi de cette mesure, à vrai dire je n'en sais rien. Il y a eu une décision de faire des économies sur le budget fédéral. En ce qui concerne le département scientifique, c'est tombé sur nous.

Et on a demandé à la Loterie de compenser ça. Dès le départ, j'ai été préoccupée par l'aspect symbolique et politique de la chose qui signifiait que l'on n'accordait pas à la Cinémathèque et au Musée du Cinéma une importance capitale si on pouvait ainsi nous balancer à la Loterie. En même temps que j'apprenais la nouvelle, on me disait: " Mais les montants sont inchangés, l'argent vous est acquis, ça ne changera rien pour vous. "
Sauf le fait qu'on nous sorte d'une sorte d'une famille d'institutions avec laquelle nous entretenons un certain nombres de parentés. Nous avions le sentiment d'avoir une place entre les Musées, la Bibliothèque Nationale, le TRM, la Philharmonique. Tout cela nous semblait constituer un ensemble cohérent logé à la politique scientifique puisqu'au niveau fédéral, depuis longtemps, il n'y a plus de véritable Ministre de la Culture et qu'il s'agit d'une petite cellule qui était jointe à des portefeuille plus important. Au début des années nonante, nous étions logés au Ministère de l'intérieur.
Qu'on nous sortes de ce giron me semblait inquiétant. J 'y voyais, sans verser dans la paranoïa, une certaine désinvolture, disons, en tous cas, un manque de préoccupation à l'égard de ce que nous faisons.

Sans le sou

Puis, au début de cette année, j'ai passé beaucoup de temps à essayer de comprendre ce qui nous arrivait, à interroger d'abord celui qui reste officiellement notre ministre de tutelle mais qui n'a plus l'argent assorti. Ensuite, le cabinet du ministre du Budget, d'où vient la décision paraît-il, pour finir à la Loterie nationale puisque c'est de là que devait venir l'argent.
Ce que j'ai, petit à petit, compris, c'est que ce qui était indiqué comme un simple déménagement budgétaire, et qui ne devait poser aucune complication, en posait en réalité énormément. Depuis plusieurs semaines, on me parlait d'un Arrêté Royal spécial qui devait être pris pour permettre de nous verser le subside prévu, afin que les capitaux puissent être libérés par la Loterie. Pourquoi, à l'heure où nous parlons, cet Arrêté n'a toujours pas été pris et pourquoi on n'a pas pensé qu'il en fallait un dès le mois d'octobre, ce qui aurait permis d'être prêt un peu plus tôt ? Je ne sais pas. Dans la mécanique budgétaire, visiblement, il y a des couacs. Un vrai problème budgétaire s'ajoute maintenant au côté symbolique et politique de l'affaire. Où est l'argent? Nous sommes à la fin de mars : avec quoi paye-t-on les choses, les gens? Nous ne sommes pas un organisme parastatal. Qu'il s'agisse de bâtiment, des gens, de l'électricité, des fournitures, tout est payé sur notre enveloppe. Quand nous n'avons pas de rentrée, ça touche absolument tout.

Dépenses

 


© JMV
Maintenant, -suite à un soutien réel de la presse - et c'est un certain réconfort dans la situation présente -, les choses commencent à bouger et Daems (le ministre du Loto, de la SABENA, de Belgacom) a débloqué une première tranche de 25%, ce qui est rassurant à très court terme, permet de parer au plus pressé et surtout de combler le solde largement négatif d'au moins huit millions que nous avons sur nos comptes bancaires parce qu'il faut bien vivre. Mais ce que je comprends maintenant, c'est qu'il prévoit des paiement trimestriels, alors que dans le régime antérieur nous recevions 80% de notre subvention en début d'année. Ce qui signifie que nous allons devoir, chaque fois, attendre la tranche suivante... Et si chaque fois, il faut déployer autant d'énergie pour la recevoir, cela promet de beaux-jours.

Mais, surtout, ce qui est très ennuyeux, c'est qu'il y a - outre les dépenses régulières, prévisibles, de paiement de personnel, de frais d'exploitation, dont on connaît plus ou moins le montant qui se répète de mois en mois, de trimestre en trimestre - des échéances particulières, liées, par exemple, aux emprunts hypothécaires que nous avons, car on a dû, toujours sur notre même petite enveloppe, acheter nous-mêmes les bâtiments où sont abrités les films. Nous avons acquis, il y trois ans, un deuxième lieu de stockage car le premier était arrivé à saturation. Donc, emprunt de quarante millions, ce qui est à peu près l'équivalent de notre subvention pour un an, je ne sais pas si vous mesurez... Donc on a dû débourser quarante millions alors qu'on n'en reçoit que quarante-cinq. On ne les a, évidemment, pas déboursé nous-mêmes. On a contracté un emprunt hypothécaire... Ce qui suppose des remboursements, des paiements d'intérêt.

Arrêté Royal

Autre chose, c'est que ce bâtiment, il est là. On a laborieusement aménagé un premier étage mais il y en a trois autres et, normalement, on doit faire ça maintenant - pas parce que j'ai rêvé de le faire maintenant - mais parce que le premier étage est déjà très, très sérieusement garni. Il faut savoir que l'on a reçu, ne serait-ce que l'année passée, six mille films de plus, ce qui prend de la place. Donc aménagement, qui signifie assez gros travaux: climatisation, rayonnages faits sur mesure. Bref, ce seul étage représente un investissement de six à sept millions. Alors, avec les tranches de Mr Daems, je vais devoir choisir de payer ça ou de payer le personnel !

Ce sont des travaux qui vont s'étaler sur un bon mois, il va falloir artistiquement, avec la complicité des entrepreneurs, étaler ça sur deux trimestres. C'est quand le paiement trimestriel de Mr Daems? S'il débloque maintenant, on peut supposer que le prochain paiement se fera dans trois mois. Il y a tout un côté extrêmement lourd et un peu aléatoire lié à cette mécanique de versement de la subvention, du moins jusqu'à nouvel ordre. Puisqu'il est toujours question de ce fameux Arrêté Royal qui devrait nous redonner un statut, uniquement financier, parce qu'il n'y aucune solution à attendre pour une question qui est vraiment centrale, celle de la tutelle: qui est la tutelle, est-ce que c'est le Loto maintenant, est-ce que c'est toujours la politique scientifique? En fait, je cherche un interlocuteur. Et je commence à éprouver quelques doutes sur la réalité de la politique fédérale en matière de culture. D'ailleurs, à proprement parler, le pouvoir fédéral n'a pas de réelles compétences en matière de culture, on le sait, mais ici, la Loterie nationale, me semble comporter une part d'aléatoire qui est en contradiction grave avec notre mission spécifique, soit une gestion de patrimoine, qui demande une pérennité, une forme de planification.

Nos dossiers sont annuels, au contraire des contrats-programmmes dont bénéficient les théâtres en Communauté française, par exemple. Nous n'avons jamais eu une planification de nos activités sur plusieurs années mais je trouve qu'ici l'aléatoire est encore plus marqué. On le voit dans le mécanisme de paiement et il faut encore savoir que l'on parle ici de bénéfices de la Loterie nationale. La Loterie nationale n'est pas dotée pour nous verser une subvention. Donc, le bénéfice de la Loterie nationale s'évalue, j'imagine, à travers une extrapolation à partir des années précédentes, mais quand même, il y a une part d'incertitude !

Numérisation

J'aurais dû hurler depuis longtemps, sans doute, et aujourd'hui je regrette d'avoir été peut-être trop sage, car tout cela s'inscrit sur une situation de base qui, au fond, est misérable. Quand je vois ce qui ce passe à Paris, à Amsterdam, en termes budgétaires, quand je vois aussi l'importance de notre collection qui est considérable, quand je découvre les défis aussi, les nouvelles technologies qui sont une réalité du cinéma et qui peuvent devenir demain une réalité pour la conservation des films, et c'est certainement une réalité pour tout le domaine documentaire que nous gérons aussi, si on veut franchir ce pas, il faut un minimum de moyens.
© JMV

Or on a des moyens... médiévaux, il faut bien dire... Aucune Cinémathèque, jusqu'ici ne s'est ruée sur la numérisation des images pour la conservation. Pourquoi ? Parce que c'est le début, parce que ça évolue beaucoup, parce qu'il faut être sûr de faire le bon choix. Est-ce qu'il y a vraiment une garantie de pérennité ? Il y a quand même beaucoup de questions en suspens. Il faut mener une recherche sur le plan européen, puisque l'on peut parler d'un patrimoine européen à travers les différentes cinémathèques. Mais même au niveau européen, il faut une participation nationale. Jamais l'Europe ne s'est substituée aux gouvernements nationaux en intervenant à cent pour cent.
Et puis, il y a des choses plus locales, notre centre de documentation, pourquoi des étudiants de l'université de Liège doivent-ils se taper cent kilomètres pour s'installer dans une salle bondée afin de consulter des coupures de presse qu'ils contribuent, par ailleurs, à détériorer, forcément, alors que ça devrait-être numérisé, bien entendu, et consultable à distance. Dans le respect des droits d'auteur, évidemment. Enfin, ce sont des choses évidentes auxquels réfléchissent toutes les institutions qui ont une collection quelqu'elle soit.

J'ai entendu les mêmes préoccupations à la Bibliothèque royale, j'ai entendu la même chose dans les Musées... À Amsterdam, ils s'activent depuis déjà quelque temps, ils numérisent les documentaires, ils ont un programme de numérisation de leur collection d'affiches pour lequel ils ont reçu des aides exceptionnelles, ils ont aussi numérisé un certain nombre de films, au moins pour l'accès, ce qui est très important, puisque l'on dit toujours : c'est très bien les Cinémathèques mais on ne sait jamais ce qu'elles ont, qui y a accès. Eh bien, les questions d'accès, elles ne peuvent se résoudre qu'avec les nouvelles technologies. Il est clair que l'on ne pourra rendre les collections accessibles que si l'on numérise. La précarité de nos moyens financiers pourrait nous amener à faire des choses dommageables pour nos collections. Dieu merci, ce n'est pas encore arrivé, dans la mesure où l'on a toujours réussi à devancer, ne fût-ce que d'un tout petit peu, l'augmentation de la collection.

Conservation

Les films sont tous bien logés. Ils sont conservés dans des dépôts correctement climatisés et il n'y a pas de films qui traînent en attendant de la place. On n'a pas de dépôt qui nous permettent de voir à dans deux ans, il n'y a pas de films qui soient en danger. En tous les cas pas plus que dans les autres cinémathèques. Mais la marge de manœuvre est très étroite. Et puis, ces nouvelles techniques de conservation nécessiteraient des recherches, des tests qu'il faudrait réaliser dans des labos spécialisés qui ne sont pas exactement bon marché, surtout pour la haute résolution. Mais même si l'on reste dans le film analogique, il y des problèmes de fragilité des supports, de dégradation des pellicules qui supposent d'effectuer des restaurations. Et cette restauration, nous la faisons. Nous restaurons à peu-près 250.000 mètres par an, ce qui est, comme vous le savez, l'équivalent de près de 1000 longs métrages. Mais il est clair qu'on devrait pouvoir en faire deux fois plus.

Et là, on est rattrapé par le temps. Et on est obligé de manier différents critères en même temps : faire attention à la dégradation physique mais aussi prendre en compte l'intérêt de l'œuvre ou sa rareté. Parfois on arrive trop tard. Parce que la restauration ne suit pas toujours mais aussi parce qu'en amont de cette restauration, il faut des vérifications répétées. Il faudrait le faire de manière organisée. Nous essayons de le faire un peu, mais nous n'y arrivons pas... Il faut comprendre qu'il y a moins de dix personnes qui gèrent une collection de 100.000 éléments ! Il faut quand même voir ce que ça représente comme manipulation, sans compter les sorties pour les projections, donc il faudrait faire des tests de manière beaucoup plus répétée. Il existe maintenant des tests chimiques, avec une petite languette à mettre dans la bobine et on peut vérifier son état : la languette vire de couleur et ça révèle un début de dégradation qui n'est pas perceptible à l'oeil nu.
Bon, mais vous savez ce que c'est le cinéma, il faut ouvrir une boîte, mettre la languette dedans, attendre un quart d'heure... Avec le nombre de boites qu'on a, vous voyez que ça ne peut concerner que peu de films.

Documentation

Quant à la documentation, pour une petite partie, pour les dix dernières années, les revues sont indexées informatiquement mais ça n'est pas encore directement accessible aux lecteurs, ne parlons pas des cent années qui précèdent où, là, c'est encore des fiches cartons. Les coupures de presse sont toujours bravement découpées et mises dans des chemises consultables, oui vraiment, comme dans les bibliothèques d'il y a cent ans, avec tout le charme que ça peut avoir, peut-être.

Mais moi, je pense que ça ne va pas du tout. Cette dotation est déjà minimale. Nous avons déjà fait l'exercice, bien entendu, comme tout le monde peut le faire, des besoins que nous avons : on arrive à plus du double de ce que l'on a. C'est évidemment facile et les ministres ricaneront en disant: "Elle est folle". Mais c'est la réalité des choses et dans les pays voisins, je constate qu'on trouve ça normal : la dotation d'Amsterdam dépasse largement le double de ce que nous avons. Et je dis Amsterdam à dessein parce que, évidemment, elle est beaucoup plus importante en France, mais la France est un grand pays, alors que la Hollande nous est parfaitement comparable.

On a cet inconvénient, par rapport à des disciplines comme l'opéra, les Beaux-Arts ou la musique, de ne pas être en mesure d'offrir de véritables opérations de prestige. Aussi, trouver des sponsors dans ces circonstances relève de l'impossible. Donc, oui, je crains que mon salut ne vienne que de l'État et, croyez-moi, ce n'est pas une perspective réjouissante.

Déjà dans les années 80, au temps de Jacques Ledoux, on avait dû fermer tout un secteur, celui de la documentation.
Pendant tout un temps, on n'a pas été indexé. Et puis, il y a eu toute l'époque, qui n'a pas valu que pour nous, qui a valu aussi pour le contribuable de: " C'est la crise, il faut payer les dépenses fastueuses du passé. " Sauf que nous, nous n'avons jamais profité de cette époque. Aujourd'hui, on parle des fruits de la croissance, je me dis : bon, où sont les fruits de la croissance?
Nos faibles moyens nous obligent à sous-payer notre personnel, ce qui amène beaucoup de mouvement, avec, de temps en temps, une lassitude... Il faut bien dire que la moitié du personnel ne gagne pas 50.000 mille francs par mois.

No future

Alors, à titre personnel, je n'envisage plus le futur. Je pense que si l'on n'accepte pas de remettre les choses à plat et de revoir, d'une part, le statut de la Cinémathèque : où se place-t-elle, où est-il raisonnable de la placer, dans quel contexte, relevant de quel ministère ? ce n'est plus viable. Parce qu'évidemment nous devons aussi compter, et ça ne vaut pas que pour nous, mais c'est une chose importante dans ce pays, avec la fédéralisation accrue de la Belgique et avec le fait que la culture est une matière communautaire, donc il y a déjà là une sorte d'écartèlement qu'il faudra bien un jour regarder en face. Ça, c'est une chose.

Et puis, je pense qu'il faudrait qu'un ministre, lorsque l'on aura enfin décidé qui est notre interlocuteur, accepte de répondre aux vraies questions : est-ce que cette équipe ne doit pas être revalorisées un tout petit peu en termes salariaux, est-ce que cette équipe ne doit pas être un peu agrandie, est-ce que cette collection ne vaut pas qu'on lui donne les moyens d'être conservée à peu-près correctement afin d'aborder l'avenir et le développement que permettent les nouvelles technologies ? Moi, c'est ce que je demande. Et si, finalement, la réponse est non ; si la réponse est: " C'est très joli et très intéressant que vous ayez une collection de film, mais au fond, on s'en fout ", ou " Ce n'est pas une priorité au niveau belge, au fond est-ce nécessaire que la Belgique ait cette Cinémathèque? ", je dirai qu'on le dise.

Eric de Kuyper, dans une émission de la VRT, a dit: "On n'a qu'a partager entre Amsterdam et Paris". Bon, c'est une boutade. Mais à vrai dire, ce n'est pas une boutade si idiote que ça. Peut-être qu'il vaudrait mieux que les films aillent là où on peut s'occuper d'eux, parce qu'il y a quand même un contrat, je dirais, moral avec le déposant, avec les cinéastes, les producteurs. On leur demande, car il n'y a aucune obligation légale, de nous confier leurs films, mais si on n'est pas sûr de les conserver convenablement, si on n'est pas sûr de pouvoir les porter le plus loin possible dans le temps...

Je pense que, pour l'instant, les conditions que l'on peut leur proposer sont les meilleures qui soient, elles correspondent aux normes internationales, personne n'est véritablement avancé dans le problème de la numérisation, donc on ne peut pas dire qu'on soit encore en retard. Le syndrome du vinaigre qui attaque les films acétates frappe hélas partout et nous faisons de notre mieux pour le détecter et résoudre certains problèmes à ce sujet, mais, si nous continuons comme ça, dans moins de dix ans, nous serons dépassés.

Pauvreté n'est pas liberté


© JMV
Quand on pense que la Cinémathèque de Belgique est l'une des plus ancienne du monde... Il faudrait pouvoir interroger le pouvoir politique sur ces questions de fond, mais il faut bien dire que lorsque l'on regarde les autres institutions patrimoniales, je ne suis pas sûr qu'elles soient mieux loties. Je ne suis pas le porte-parole des autres et je ne connais pas assez bien leur dossier, mais à travers des articles, des déclarations que l'on entend à gauche et à droite, la Bibliothèque nationale me semble quand même confrontée à de sérieux problèmes qui ne sont pas si éloignés des nôtres, toutes proportions gardées.

Je me suis laissé dire que l'IRPAC, l'Institut pour la restauration du patrimoine, aux Beaux-Arts, qui était un institut-phare il y a vingt ans, qui était vraiment le pilote en Europe aux cotés de l'Institut équivalent à Rome, est complètement abandonné à son sort alors qu'il doit, normalement gérer l'ensemble des restaurations des grands musées de ce pays. Et encore, là, nous avons à faire à des parastataux, des institutions d'État, ce que nous ne sommes même pas... Apparement, les Belges vivent très bien avec un patrimoine qu'on laisse partir à l'abandon.

Je connais relativement bien les autres cinémathèques puisque je préside le Conseil des cinémathèques européennes et je peux affirmer que nous sommes certainement la moins dotée de toutes. Je peux, pour affirmer cela, me référer à une étude datant de 1993-1994 faite par la directrice du service des Archives du film en France. Elle a fait une espèce de recensement en Europe, et il apparaît que nous recevons, proportionnellement à la grandeur de notre collection, le budget le plus ridicule. C'était, dans une comparaison croisée entre la grandeur de la collection et le budget reçu annuellement pour la gérer, le plus petit budget européen. Cette étude n'est pas toute récente, mais comme rien n'a changé pour nous, je pense qu'elle doit-être encore d'actualité.

Notre seule richesse, c'est d'être libre. Contrairement à certains pays européens, je pense notamment à l'Espagne où ils ont beaucoup de contrainte, à l'intérieur de notre dotation, nous sommes libres, nous faisons ce que nous voulons. Nous sommes libres mais pauvres. Et la liberté des pauvres, nous savons depuis longtemps que ce n'est pas la liberté.

Propos recueillis par Philippe Elhem

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