Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/05/2003
 

Gabrielle Claes

Entretien avec Gabrielle Claes

Cinergie : La Cinémathèque a entamé depuis peu une activité de distribution de films, notamment en association avec le cinéma Flagey qui a été inauguré en octobre 2002. Nous aimerions en savoir plus sur cette nouvelle politique de la Cinémathèque et sur le positionnement de celle-ci dans le contexte actuel de la distribution de films.

Gabrielle Claes : En réalité, la Cinémathèque Royale de Belgique était distributeur depuis plusieurs années. Nous avons commencé d'une manière tout a fait marginale, en achetant seulement des droits non commerciaux et uniquement du 16 millimètre. Il s'agissait de grands classiques du cinéma qui étaient projetés dans des écoles ou des centres culturels. Puis les choses ont évolué techniquement, les centres culturels et les associations ont commencé à projeter du 35 millimètre, donc nous avons commencé à acheter des droits commerciaux. Ces droits ont été achetés pour la plus part avec un distributeur belge (souvent Cinélibre). Cinélibre exploitait le film dans les salles et la Cinémathèque dans les centres culturels.



A partir du moment où on a demandé à la Cinémathèque de s'occuper de la programmation du Flagey, nous avons réfléchi à cette activité de distribution. Ce que nous commençons à faire c'est d'acheter non seulement des classiques, mais des films contemporains qui ne trouvent pas de distributeur « normal ». Je pense qu'une distribution de type « institutionnelle » est nécessaire face à la concurrence des super productions américaines et face aux systèmes d'aide automatiques européennes qui favorisent la distribution de films plutôt commerciaux. Je pense que la Cinémathèque a une petite place à prendre pour distribuer des films difficiles, non commerciaux, sur des circuits alternatifs. Il faut savoir que nous ne sommes pas les seuls à le faire, la Cinémathèque Hollandaise distribue des films d'auteur et des films non commerciaux depuis déjà un certain temps.

C. : S'agit-t-il d'une tendance généralisé des Cinémathèques à remplir un vide en termes de distribution de films « difficiles » ?

G. C. : Je pense. Les anglais aussi sont distributeurs, quoique leur structure soit un peu différente. La Cinémathèque anglaise étant une branche du British Film Institute qui s'occupe de distribution, mais il s'agit de distribution institutionnelle. En France c'est différent : ce sont des aides d'Etat qui soutiennent la distribution et l'exploitation, ce qui est une autre forme d'aide à la circulation des oeuvres.

C. : Depuis l'ouverture du Flagey, en ocotbre 2002, vous avez distribué combien de films ?

G. C. : Nous avons distribué, aussi en coopération avec d'autres distributeurs, quatre films de Tati. Paradoxalement nous avons distribué le film documentaire de Chantal Akerman « De l'autre coté », sur la frontière mexicaine, qui ne trouvait pas de distributeur belge, bien qu'elle soit belge. Le dernier film distribué a été « L'Arche russe ».

C. : Quand vous parlez de travail de distributeur, ça veut dire que vous engagez des sommes pour le marketing et la promotion ?

G. C. : Oui. D'ailleurs nous n'achetons pas uniquement pour le Flagey. Les films de Tati marchent très bien et sont achetés un peu partout en Belgique.

C. : On parle beaucoup de la montée en puissance de la distribution DVD. Pensez-vous vous lancer aussi dans ce type de distribution ?

G. C. : Oui, nous avons commencé. Nous avons déjà produit des DVD des films belges, grâce au soutien de la Communauté Flamande. L'idée est de produire une dizaine de DVD sur des classiques de la cinématographie flamande entre les années '50 et les années `80. Pour accompagner le film nous réalisons un « bonus », qui comporte des interviews aux acteurs, cameraman, photographes, des images d'archives, des extraits d'autres films du même réalisateur. Nous nous rendons compte qu'il y a un vrai intérêt pour le DVD et le bonus qui l'accompagne. Le bonus est vivant, explique le film, on voit comment il a été monté. Il est possible de faire revivre l'esprit dans lequel un certain film a été fait, de faire découvrir le passé d'une autre manière. Je considère que c'est aussi la mission d'une Cinémathèque parce que c'est aussi une manière de conserver la mémoire, rencontrer les collaborateurs des films, les faire parler.

C. : Comment sont distribués les DVD ?

G. C. : Les DVD sont vendus commercialement par EMI. Nous avons conservé la distribution non commerciale. Il faut être conscients d'une chose : ce ne sont plus uniquement les Musées du Cinéma qui vont maintenir le patrimoine cinématographique vivant. C'est des réponses comme Flagey et la distribution DVD qui peuvent faire vivre ce patrimoine. Je compte personnellement aussi beaucoup sur les télévisions. Si nous faisons abstraction de la conjoncture actuelle, il faut espérer que les chaînes de télévisions s'intéressent d'avantage à notre patrimoine et qu'il y ait une prise de conscience politique plus forte (un de nos ministres belges a aussi fait allusion à une chaîne européenne).

 

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