Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Gianni et les femmes de Gianni Di Gregorio

La chair est triste, hélas

Le sexe et les Italiens, c’est une histoire compliquée, qui ne date pas d'hier. En plein milieu des années 60, le cinéaste Pasolini se transformait en « commis voyageur » pour sonder les gens de la rue sur leurs pratiques sexuelles. Armé d’un micro et d’une caméra, il provoquait le trouble, le malaise, se faisant le témoin d'une Italie dans laquelle les tabous avaient encore la peau dure. Depuis les frasques berlusconniennes, l’Italie semble moins complexée mais le machisme toujours aussi prégnant. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder cinq minutes de n'importe quelle émission de la Rai. Dans le contexte d’une Italie clinquante et un brin phallocrate, comment s’en sortira Gianni avec les femmes ?

En 2008, Gianni Di Gregorio osait l'auto fiction avec une comédie intitulée Le Déjeuner du 15 août. Réalisateur et acteur de son film, il donnait corps à ce qu'il est un peu dans la vie, le larbin d'une mère nonagénaire pour le moins tyrannique et de ses copines. Flanquée de ces quatre furies, cette première comédie ni bête, ni mal faite, s'avérait finalement un peu fastidieuse. Fort de ce premier petit succès, Gianni Di Gregorio semble ne plus pouvoir se défaire de ce costume d'enfant soumis à sa maman, puisqu'il se remet en scène dans un deuxième épisode intitulé cette fois, Gianni e le donne (Gianni et les femmes)... et compte bien remettre le couvert avec un troisième épisode !

Du Déjeuner du 15 août à ce film, rien n'a vraiment changé, si ce n'est que Gianni a troqué les femmes du 3ème âge contre celles, plus sexy, qui ont entre 20 et 50 ans, s'assurant peut-être ainsi d'une plus grande fréquentation en salles. Notre pauvre retraité en est donc toujours aussi entouré, de femmes. Il y a, bien évidemment, celle qui la mis au monde (l'inénarrable Valeria de Franciscis, actrice amateur qui vient de fêter ses 95 ans !) et le tyrannise avec volupté, il y a son épouse, princesse chouchoutée qui fait chambre à part depuis des lustres, leur fille adorée qui va et vient, sans compter toutes les autres hors du cercle familial, infirmière, voisine, libraire, passante etc. Des femmes, Gianni en voit tellement qu'il semble justement ne plus les voir, jusqu'au jour où Alfonso, son ami Italien, hétéro de base, lui fait comprendre qu'il serait temps pour Gianni de se remettre en selle, au sens propre comme au figuré. Et voici notre pauvre « héros » à la recherche d'une expérience érotique qui n'aura rien d'une sinécure.

Employant les codes classiques de la comédie dite « à l'italienne », le réalisateur entend bien mêler la franche drôlerie et la mélancolie désabusée. Sauf que voilà, la loufoquerie franchit parfois les bornes du mauvais goût et la mélancolie, à force de l'être, mélancolique, en devient presque poisseuse. Dans ce portrait de sexagénaire dépressif traité sur le mode tragi-cocasse, le cinéaste-interprète n'y va pas avec le dos de la cuillère et cabotine un brin d'un côté et de l'autre de la caméra. Et puis, soyons honnête, difficile de supporter durant 1h30 la pauvre mine de cette victime expiatoire malmenée par ces femmes, si belles, si cruelles... Gianni nous la joue bonne pâte, à la limite du vrai cornichon qui donne des boutons et empêche le film de pétiller.

Sans véritable dimension sociale ou politique, Gianni e le donne ne perpétue finalement qu'une image clichée des relations hommes femmes et, n'échappe pas totalement au machisme ambiant. Un film à l'image de son héros, à la chair triste, hélas.

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