Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
09/06/2006
 

Gros plan du réalisateur Renaud Callebaut

Ancien collaborateur du magazine Cinergie puis de Cinergie.be, Renaud Callebaut, critique de cinéma, photographe et documentariste a disparu des circuits cinématographiques à l’aube du siècle. Fin de cycle ? Peut-être. Toujours est-il qu’il nous revient, cinq ans après, avec Kwiz, un bonheur de 5’30 : une comédie burlesque, genre périlleux entre tous. Un gunfight entre deux octogénaires exprimant la violence symbolique du savoir culturel. Entretien avec l’heureux réalisateur.

Renaud Callebaut

 « Le premier film qui m’a marqué ? Je m'en souviens très très bien. C’était Le Mans de Lee H. Katzin avec Steve Mac Queen et qui retraçait les 24 heures du Mans : un film entre documentaire et fiction. C’est même, ai-je appris récemment, un film–culte. Dans mon souvenir, il était passé dans un cinéma qui a complètement disparu, Le Variété : une salle qui passait des films en 70mm. C’est un film que j’ai revu plusieurs fois, un film extrêmement stylisé et qui possède une bande-son extraordinaire. Il y a aussi des effets de ralentis comme chez Sam Peckinpah ou Arthur Penn, un montage éblouissant. Dès qu’il est sorti en DVD, je me le suis procuré et l’ai revu avec plaisir. Le cinéma, pour moi, est régressif et lié aux souvenirs d’enfance.»

Ses parents aimant beaucoup le cinéma, Renaud y allait très souvent. Puis, vers 14-15 ans (à l’époque, la télévision diffusait des films qui ont marqué toute une génération), il découvre un autre cinéma. Le Dimanche soir, (il y avait école le lendemain) Renaud usait de divers subterfuges pour suivre Le Cinéma de Minuit de Patrick Brion sur FR3. « Comme c’était des films en VO sous-titrés, j’ai pu découvrir les films de Jacques Tourneur sans son. C’était un peu une bulle, pour moi, le cinéma à cette époque.

Etait-ce un déclic ? Pas vraiment. J’ai présenté le concours pour le montage à l’INSAS, j’ai été recalé,  et je ne l’ai pas représenté parce que, même si j’étais un  rat de cinémathèque, je n’avais pas tellement envie d’être réalisateur, en tout cas, pas envie de travailler pour la télévision».

Autre facteur, le parcours de la Nouvelle Vague française qui a montré qu’il ne fallait pas suivre nécessairement une école de cinéma pour devenir réalisateur (Truffaut, Godard, Rohmer) mais voir énormément de films ? Renaud était un boulimique de cinéma, un glouton optique, un rat de cinémathèque, comme il dit. « Longtemps, le cinéma a été pour moi de l’ordre du fantasme. J’ai fait une école de photo  parce que je ne devais pas raconter une histoire et que je pouvais travailler seul, maîtriser tout le processus, de la prise de vue au tirage. Certes, j’avais besoin du cinéma, d’en parler, d'être dans sa mythologie, mais le faire est quelque chose de tellement différent ! J’avais la volonté de préserver la magie propre au cinéma. Ce qui me frappe en lisant Serge Daney, outre sa capacité d’analyse extraordinaire, c’est son côté régressif. Il y avait l’objet "film", et le reste était purement anecdotique. C’est drôle de voir que dans ses derniers bouquins, il continuait à faire, comme je l’ai fait longtemps, des listes avec ses films favoris, les films fondateurs. Il y a quelques années, je me suis éloigné de cela, je n’ai plus eu envie d’écrire sur le cinéma. Je voulais quitter la bulle. »

Avant de faire une boucle dans le domaine de l’architecture et du design, Renaud Callebaut réalise, dans les annés 90, un documentaire vidéo présentant, en une minute, des cinéastes comme Jaco Van Dormael et Michel Cauléa. Le temps de parole était limité par la durée de l’éclairage : en somme, parler du cinéma avec les armes du cinéma.

Quinze ans après, « he's back ». Renaud décide de concrétiser ses fantasmes de cinéma. « Je me suis dit, si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais . La pratique de la photo ne m’a rien apporté. Kwiz n’est pas du tout un film esthétisant. Je voulais raconter une histoire.»

Désirant se confronter à lui-même, il autoproduit le film. « Je voulais  faire le film dont j’avais vraiment envie. Mais vu les moyens, un sujet simple avec un seul décor, le film a été tourné en studio parce qu’il y avait l’idée du duel, d’un face à face très long et aucun hôpital de Bruxelles ne convenait pour tourner ».

Lorsqu’on lui fait remarquer la justesse du tempo de Kwiz, Renaud nous explique que le monteur, Pascal Haas qui travaille dans la pub, avait l’ellipse facile,  le coup de souris assez rapide. « Il a eu raison, sauf à certains moments où les plans avaient besoin de durer et où je suis intervenu. Il fallait ménager un suspense lors de l’affrontement. Les portables sont comme les flingues d’un duel. Il y a un coté Sergio Leone. On a utilisé le format 1.85  parce je tenais à ce que les personnages soient aux extrémités et qu’il y ait un temps de parcours lorsqu’ils traversent l’espace. Ce qui m’intéressait, c´était de rendre l’invraisemblable crédible. Il y a quelque chose de basique au cinéma : il faut y croire ».

On découvre aussi, et c’est une des surprises du film, une autre Georgette que la figurante que l’on a l’habitude de voir dans maints films belges : elle est sobre. « C’était mon grand souci, je ne voulais pas tomber dans une espèce de pantalonnade. Il fallait que les personnages existent tout de suite visuellement sans tomber dans la caricature puisqu’il n’y avait pratiquement pas de dialogues. Le dispositif était suffisamment fort pour qu’on n’en rajoute pas dans le jeu. Je voulais une sorte de comique à froid. Si on me dit c’est british, je suis heureux ».

Nous, cela nous fait plutôt penser au cinéma d’Aki Kaurismaki qui fait se rencontrer l’humain et le burlesque comme les deux faces d’une même médaille. « C’est marrant, lorsque l’assistant m’a demandé quelles étaient les références du film, je lui ai répondu Kaurismaki, parce que j’aimais son côté burlesque à froid  et aussi Sam Peckinpah (éclat de rire). Dans le plan où Georgette pilonne le sac Vuitton, j’avais imaginé une sorte de montage très syncopé qui ne tenait absolument pas la route. Peckinpah, c’est beaucoup de plans fixes, et je voulais un montage très cut sans mouvements de caméra, mais cela ne fonctionnait pas. On s’est rendu compte que voir le sac Vuitton saccagé n’apportait rien. On a donc choisi un  plan fixe de dos. Pour en revenir à Kaurismaki, c’est un cinéma de l’économie, il fait beaucoup de plans fixes. Dans Kwiz il y a un seul mouvement de caméra, un travelling arrière. »

On pourrait continuer des heures à parler de nos passions cinéphiliques, de la comédie à l’italienne (Le Fanfaron de Dino Risi ou Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola), de Sam Peckinpah, encore et toujours (du malentendu chez ce prétendu apôtre de la violence dont le cinéma n'est qu'une balade crépusculaire des mythes américains), mais, Chut. Lumière, on vous laisse à vos fantasmes cinématographiques et à la vision de Kwiz.

 

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