Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Mai 2012
 

Gros plan sur Ursula Meier

Cela circule, de bas en haut et de haut en bas

L'enfant d'en haut d’« Ours-oula » Meier (prononcez dans la langue de la Suisse alémanique) a reçu l'Ours d'argent au festival de Berlin. Est-ce une blague belge ? Le hasard est un sacré bazar. Cela fait beaucoup rire Ursula Meier qui, passant la moitié de l'année à Bruxelles, a un humour belgo-suisse prononcé. Pour parler avec Ursula Meier des films qui précèdent L'Enfant d'en haut (voir La libre Culture de la semaine passée) nous avons filé dans les Jardins du Botanique, circulant dans les sentiers, ce qu'elle préfère aux routes et aux autoroutes (voir Home - 2008). Elle nous confie qu'elle continue à chercher le tunnel qu'utilisait Voltaire pour passer de la France à la Suisse. Nous lui demandons de nous expliquer son attrait pour le no man's land. Fascinée par cet épisode, enfant, elle s'interrogeait sur ce passage entre deux frontières d'un pays à l'autre, France et Belgique. « Ce n'est rien », lui disait-on, « Ce n'est ni l'un ni l'autre, c'est l'imaginaire du monde ». Une sorte de raccord géopolitique ente deux territoires différents qui se rassemblent dans un même espace. 

Le Songe d'Isaac (1994), son premier court métrage explorait le temps davantage que l'espace. Au seuil de la mort, Isaac (Michel Vitold) revoyait son enfance, la chaleur de la vie. Déjà, le cinéma comme sons et images plutôt que le dialogue. 

Tous à table (2002), son second court métrage, est un conte voltairien. À partir d'un repas d'anniversaire, on vire mine de rien vers « l'enfer, c'est les autres », une phrase de Sartre devenue célèbre. En filmant (le cadre est d'une précision diabolique) la réalité comme une fiction, il s'agit de se couler dans ses errances, ses égarements et son étrangeté. 

Des épaules solides (2002) nous parle du corps de Sabine qui, à 16 ans, se transforme dans la compétition sportive aux impératifs des machines désincarnées du système post-industriel. Le sport a-t-il remplacé la réflexion ? Le foot se délocalise-t-il pour de l'argent dans l'ultralibéralisme que nous connaissons ? Le souci d'un corps sans cesse débridé par le mouvement de la vie et conditionnant la pensée, autrement dit la réveillant de son sommeil en la réincarnant. Le corps permet de ne pas savoir, de s'égarer dans l'étrangeté et la distance que permet la pensée hors des dogmes établis. Mais aussi le corps comme une boîte à outils servant de lien entre l'homme et le monde.

 

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