Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Mots-clés : court métrage, animation,
 

Grouillons-nous de Margot Reumont

Pomme Pomme Pomme Poooooomme !

Grouillons-nous de Margot ReumontAnimer des objets et les faire figurer dans une histoire somme toute très contemporaine n’a, en soi, rien d’original pour le cinéma d’animation. Prendre toutes sortes de végétaux et en faire les protagonistes d’un opéra contemporain, c’est déjà un projet plus gonflé. Son auteur s’appelle Margot Reumont. On l’avait remarquée en 2013 avec un curieux petit film, mélangeant dessins animés et prises de vues réelles. En 5 minutes pile poil, elle interrogeait de façon subtile et pertinente les conditions masculines et féminines en laissant la parole à 5 jeunes femmes d’aujourd’hui sur une simple question : Si j’étais un homme. Deux ans plus tard, après quelques autres travaux, dont un hilarant casting de poules dans 10 secondes pour convaincre, la revoilà dans un genre encore complètement différent. Dans Grouillons-nous, la demoiselle ne fait rien moins que d’adapter 5 minutes d’un opéra composé par son frère Louis, où les personnages se bousculent frénétiquement dans le métro, courant après le temps à la façon du lapin d’Alice. Et comme si cela ne suffisait pas, la cinéaste a l’idée de remplacer les personnages par… des fruits.

Pommes, poires, kakis, kiwis, oranges, fraises, citrons, ananas s’engouffrent donc en chantant dans une rame de métro sur un rythme effréné. Ils se lamentent sur le temps qui passe trop vite au son d’une musique endiablée et un peu pompière. Dans le train, chacun reprend son naturel : il y a les solitaires, les grincheux, les intellos qui se retranchent derrière leur livre ou leur magazine, les techno geeks à la tablette toujours prête, ceux qui se regardent en chien de faïence sans même s’être jamais rencontrés. On s’y assied sur des cartons de jus de fruit, on lit Marie Fraise, et même les pubs semblent avoir été créées par des fruits pour des fruits. Margot Reumont n’a peur de rien, pas même du kitsch. Mélangeant le stop motion, l’animation et l’opéra bouffe, elle réussit à inventer un univers cohérent sur un ton complètement décalé. Généralement, ce genre de vision out of the box charme ceux qui s’y laissent prendre autant qu’elle indispose les rétifs à toute fantaisie. En l’occurrence, les uns comme les autres devront reconnaître le tour de force que représente cette mascarade lyrique débordante de couleurs. Margot Reumont assume sans complexe l'audace, le côté doucement délirant de cette divagation fruitière. Il lui faut d'autant plus de courage qu'elle présente cette fantaisie comme travail de fin d’étude d’un Master d’animation dans une des écoles les plus renommées d’Europe. Mais Margot reste sur les rails. On est d’abord surpris, puis amusé, charmé et finalement impressionné, étourdi par tant d'imagination virevoltante. Bravo. 

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