Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
13/02/2007
 

Guido Thys à propos de Tanghi Argentini

On a trouvé le Père Noël !

Il est rare que le cinéma flamand nous propose une fantaisie géniale sous forme de fiction à durée limitée. Cette année, un titre, Tanghi Argentini, s’est pourtant distingué dans deux gros festivals : sacré meilleur court belge à Gand en octobre, il vient d’être gratifié, en janvier, du Prix du Rire "Fernand Raynaud", du Prix du Public et du Prix des Médiathèques à Clermont-Ferrand. Alors, comme il se doit : bravo, bravo, bravo et puis...bravo pour Guido Thys ! Palmarès tout à fait justifié pour un réalisateur qui n’en est qu’à son deuxième court et qui se révèle historiquement plus habitué au petit qu’au grand écran. Sans trop en dévoiler le contenu, on dira seulement que Tanghi Argentini se savoure pour ses notes de musique et d’humour tout autant que pour son univers joliment décalé et poétique. Alors, le bonus pour les amateurs d’abstrait : dans le film, des anges de bureau croisent des panthères qui glissent. Euh... Sinon, pour ceux qui préfèrent comprendre, qu'ils se reportent au synopsis ou qu'ils supplient les festivals et/ou les télés de débloquer 14 minutes (la durée de Tanghi Argentini) dans leurs grilles !

Portrait Guido Thys

Cinergie : Il y a six ans, tu as fait ton premier court, Mon. Est-ce qu’il y avait déjà des prémisses de Tanghi Argentini ?

Guido Thys : Non, pas du tout; c’est un film totalement différent. C’est l’histoire d’un homme et d’une femme âgés enfermés dans leur maison, pas physiquement mais mentalement, à cause de leur passé.

C : Entre-temps, as-tu fait autre chose que du cinéma ? Et comment t’est venue l’idée pour ce film ?

G.T. : En fait, je travaille pour la télévision flamande (fictions, programmes sportifs, …) en tant que réalisateur pour la VRT mais aussi pour la VTA puisque je suis freelance. Après Mon, j’ai été sollicité par quelqu’un qui organise des cours de scénario et qui voulait que je parle de courts métrages. Ses élèves avaient écrit des scénarios pour qu’on en discute et l’un de ces scénarios était Tanghi Argentini. J’ai demandé à l’auteur si je pouvais le réaliser et il m’a dit qu’il trouvait ça bien !
C : Qu’est-ce qui t’avait plu justement dans ce scénario ?
G.T. : C’était un coup de foudre : le thème et la fin étaient très bons. C’est ce que je recherche dans un scénario : quelque chose de bon avec une surprise à la fin. En fait, c’est une histoire universelle : tout le monde connaît la solitude mais pas forcément l’altruisme. Ce sont ces deux idées qui m’ont séduit. Et c’est aussi une histoire de Noël mais pas exactement comme les autres. Un conte de fée moderne selon moi…
C : C’est vrai que la plupart des histoires de Noël sont bourrées de bons sentiments et sont un peu prévisibles, assez enfantines. Dans ce film, ce qui m’a frappée, c’est que ça tourne autour de la passion. Une passion qui permet aux gens de se rencontrer, alors qu’en temps normal, ils ne l’auraient pas fait, car ils sont différents…
G.T. : Oui. Le personnage d’André essaie de faire se rencontrer les gens via quelque chose qu’ils aiment parce c’est plus facile de discuter avec quelqu’un qui aime les mêmes choses que toi.
C : Il y a des détails qui apparaissent au fur et à mesure des visions. Par exemple, j’ai aperçu dans une scène un petit Père Noël…
G.T. : (sourire) Pour moi, André est un Père Noël moderne…
C : Tu pourrais me parler des deux comédiens, Dirk van Dijk (André) et Koen van Impe (Frans)?
G.T. : Dirk est un acteur très connu en Flandre : il a joué dans une sitcom à grand succès et c’est un acteur [à l’aise avec les] mimiques. Koen n’est pas aussi connu que Dirk mais il est en train de le devenir !
C : On aime parler d’une spécificité du cinéma belge mais je me demande si ton film n’est pas plus proche du cinéma anglais dans les expressions des visages, dans l’idée de la chute et dans ce rapport très artistique entre les personnages.
G.T. : Moi, j’aime beaucoup les séries et les films anglais. Je n’aime pas trop les films tournés caméra à l’épaule. Je préfère raconter une bonne histoire avec une caméra en mouvement parce que c’est une danse… Ce sont les acteurs qui racontent l’histoire, pas les images.

Tanghi1C : C’est un film qui est construit du début à la fin par la musique. Quel rôle joue-t-elle?
G.T. : La musique est très importante car tu ne peux pas danser sans elle mais elle sert aussi pour les émotions. C’est pourquoi j’ai demandé à mon compositeur (Allan Muller) de suivre les acteurs. Dès la première scène, tu entends un peu la musique : elle est à l’arrière-plan mais est très proche. Bizarrement, tu l’entends, tu la ressens mais tu ne sais pas pourquoi. Et quand Frans et Suzanne commencent à danser, tu entends les violons…
C : C’est la première fois que tu viens présenter ton film à Clermont-Ferrand. Comment s’est passée la rencontre avec le public?
G.T. : Les réactions ont été très bonnes, surtout aux moments plus drôles, un peu comme à Gand. Mais ce n’est pas pour autant une comédie proprement dite; le film est un peu triste car la solitude mais aussi l’altruisme des personnages touche le spectateur.

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