Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Juillet-aout 2005
01/07/2005
Mots-clés : rencontre,
 

Guillaume Malandrin à propos de Où est la main de l'homme sans tête

La Parti Production est en plein chantier : montage du premier long métrage de Martine Doyen, Komma, préparation du tournage du long métrage Panique au Village, coproduction avec les Pays-Bas sur le troisième long métrage des frères Alex et Marc van Warmerdam, coproduction du second long métrage de la réalisatrice flamande Patrice Toy, finition du court métrage de Benoît Féroumont, qui s'attelle déjà à son premier long métrage pour 2007… Stéphane Vuillet écrit avec Yves Hanchar son prochain long métrage intitulé pour le moment Le Jour des enfants, "une sorte de thriller, un huit-clos" explique Guillaume Malandrin qui ajoute aussi que Vincent Tavier a, de son côté aussi, un projet de long métrage, Syndrome Y mais nous n'en saurons pas plus étant donné qu'"il est le mieux placé pour en parler".

Enfin, après avoir tourné un moyen métrage de 68 minutes, Ça m'est égal si demain n'arrive pas, Guillaume Malandrin prépare le tournage de son premier long métrage, Où est la main de l'homme sans tête, avec Cécile de France, Ulrich Tukur, Jacky Lambert et Bouli Lanners.

Guillaume Malandrin, efficace, va vite, droit au but. Entre une salade de magret de canard et un café, l'artisan de la Parti, comme il aime à se définir, est disponible mais attend les questions. Tranquille, un peu distant et toujours près à bondir, les yeux clairs ne vous lâchent pas. Un peu charmeur, ce Malandrin, et sans aucun doute un peu boxeur…

Cinergie : Où en es-tu de la préparation de ton long métrage, Où est la main de l'homme sans tête?
Guillaume Malandrin : Nous sommes en train de fixer le planning des comédiens. Le tournage est prévu pour septembre, octobre si tout se passe bien. Cela dépendra des plannings de Cécile de France et d'Ulrich Tukur. 

C. : Qu'est-ce qui t'a amené à choisir Cécile de France et Ulrich Tukur ?
Cécile de France dans Où est la main de l'homme sans tête des frères Malandrin G. M. : Cécile de France est dans le projet depuis trois ans et demi. Je l'ai rencontrée au moment où elle venait de finir le film de Cédric Klapish, L'Auberge espagnole. Depuis, sa carrière a décollé mais elle est restée solidaire du projet qu'elle aimait beaucoup. Le film raconte une relation père-fille. C'est l'histoire d'Eva, qu'elle interprète, une championne de plongeons de natation. Ulrich Tukur joue son père, qui est aussi son entraîneur. Nous l'avions vu dans Amen et il jouait aussi dans Le Couperet.
Au départ, je voulais un anglo-saxon, pas un comédien français. Il n'y a pas beaucoup de comédiens français intéressants dans cette génération… A part Thierry Lhermitte ou Gérard Jugnot… Et j'aimais bien l'idée que ce mec soit un peu un immigré en Belgique, qu'il n'ait pas de famille, qu'il soit un peu isolé. Elle, elle s'est intégrée mais lui est encore un peu étranger. C'est l'archétype d'une famille qui a réussi. Cette réussite sociale est la seule chose qui les a cimentés. Quant à la mère d'Eva, elle existe mais elle n'est pas présente dans le film, on ne sait pas très bien ni où elle est ni ce qu'elle est devenue.

C. : Ton frère Stéphane a coécrit le scénario avec toi. Ce film est né d'une envie commune ?
G. M. : Oui, enfin, j'avais envie de mon côté de réaliser un thriller et on a commencé à s'amuser avec mon frère autour de cette histoire. Mais oui, on peut dire que c'est un projet commun. Je n'ai pas écris Bonjour avec lui, ni Qui déménage, mon premier court métrage, mais on a commencé à écrire ensemble à partir de Raconte. Lui-même avait écrit avec d'autres gens, notamment Coup de Lune avec Emmanuel Hamon. C'est aussi son parcours personnel, il a toujours été très littéraire. Aujourd'hui, il travaille beaucoup comme scénariste avec d'autres gens.

C. : Tu parles de thriller, tu envisages Où est la main comme un film de genre ?
G. M. : Ce n'est pas ma spécialité, j'ai des références mais cela ne m'intéresse pas d'en jouer et le cinéma de genre est toujours référencé à quelque chose. Oui, c'est un film de genre au sens où il y a des scènes de suspens, de tensions que je ne vais pas court-circuiter en allant contre l'esprit même de la scène. Mais ce n'est pas mon but. Il n'y a pas d'effet sanglant, de meurtres.

J'aime beaucoup l'humour mais ce qui m'intéresse au cinéma, c'est une forme d'émotion. Et parfois, les deux ont du mal à se conjuguer ensemble. Raconte était une histoire assez classique, dramatique, avec une structure narrative assez complexe. Où est la main s'apparente plutôt à ça. J'ai essayé d'y mettre plus d'humour mais c'est une histoire plus lourde psychologiquement, un drame, sur des choses dures à vivre. Ce n'est ni potache, ni déconneur. Le cinéma que je veux faire, en tant que réalisateur, a une ambition plus classique, raconter des histoires et des personnages plus réels, plus denses.

C. : Qu'est-ce qui présidait au désir de faire ce film ?
G. M. : On avait envie de faire jouer un comédien, Jacky Lambert. Et puis, il y a plusieurs registres. Je ne pars pas d'un thème ni d'un personnage mais d'une histoire, et d'une configuration des rapports. Dans les rapports familiaux, s'il y a de l'amour et que la famille est liée, il y a une sorte de confiance absolue qui est naturelle, sur laquelle on se repose et sur laquelle on se construit. Quand ce rapport s'effrite, cela devient un cauchemar. C'est l'histoire du film. A un moment donné, cette fille, pour une raison qui lui est propre, n'a plus confiance en son père. Elle pense qu'il lui veut du mal. Le film raconte cette chose terrible : avoir peur que ton père te tue ou qu'il te veuille du mal, il se construit à partir de ce fantasme de mort qui finit par générer quelque chose de positif. Parce qu'elle a besoin de se séparer de lui, de cet amour possessif. Et cela passe par la destruction de ce couple. Car, au fond, ils forment un couple. Elle est elle-même très ambiguë, elle a peur que son père l'abandonne.

C. : Tu as aussi tourné un autre long métrage depuis ?
G. M. : Oui, qui n'a rien à voir avec ce long, Ça m'est égal si demain n'arrive pas, avec Olga Grimberg, une jeune comédienne française, qui jouait elle aussi dans Le Couperet, la fille de Jean-Claude Grimberg, le dramaturge français. Et avec Jacky Lambert. C'est l'histoire d'un homme qui sort de prison et qui retrouve son enfant âgé de dix ans qui a grandi dans une famille d'adoption. Ils ne se connaissent pas et son grand rêve est de partir en vacances avec cet enfant. Mais c'est toute une histoire pour obtenir une autorisation. Quand il trouve un arrangement informel avec la famille d'adoption, au moment de partir, il retombe sur la mère qui est devenue une autre personne. Et ils décident de partir à trois en vacances. Le film raconte une semaine de la vie de ces gens, qui sont comme des étrangers dans la même pièce.
C. : C'est encore un film autour de la famille.
G. M. : Oui. J'aime bien les histoires de familles quand les rapports devraient être évidents et qu'ils ne le sont pas, c'est le familier un peu déconstruit qui doit prouver qu'il existe.

C. : Tu l'as coécrit avec ton frère ?
G. M. : Oui, et avec Jacky Lambert. Nous sommes parti d'un traitement dialogué de 30 pages. L'idée était de faire un film très simple avec une histoire simple. Nous l'avons tourné en deux semaines. C'était un tournage très léger, nous étions huit avec les comédiens, avec mon frère, le chef opérateur Nicolas Guicheteau, et l'ingénieur du son, David De Four. Je me suis occupé de la production, de l'intendance et de l'organisation.

C. : Est-ce que tu l'as monté toi-même ?
G. M. : Non et non, le montage a été fait par Anne-Laure Guégan.

C. : Est-ce que le support DV est une difficulté ou un avantage ?
G. M. : Le problème à la fin du film est d'avoir une copie film pour laquelle il faut compter 40 000 euros. Du coup, le film reste en vidéo. Mais c'est un bon support qu'il faut juste savoir utiliser. J'aime beaucoup l'image du film.

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