Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
15/06/2017
 

Hamsters de Martine Doyen

La Danse des Marolles

Surgi d'un besoin pressant de filmer malgré l'absence de moyens, cet objet étrange et surprenant déploie une forme libre et entêtante pour une invitation fascinante dans les Marolles. L'introduction abrupte triture d'emblée notre regard et notre écoute. Les « cuts » acérés associent hamsters déchaînés et déhanchés de fessiers. Bienvenue dans un univers décalé, dérangeant et hautement conseillé.

HamsterUne troupe de personnages étonnants évolue sur le parvis d'une tour d'habitations, nous guide et nous perd à travers des chorégraphies absurdes, drôles ou agressives. La réalisatrice élabore une balade dérangée au cœur de ce quartier emblématique de Bruxelles. La tuerie commise en 2014 au Musée Juif, situé à la frontière des Marolles, semble constituer un fil narratif sur lequel la cinéaste associe liberté (résistance) et mémoire. Le montage sonore inclut régulièrement l'annonce de l'attentat par des radios de langues différentes, ancrant le film dans un présent toujours effrayant et, à intervalle régulier, les personnages se mettent dans la peau des victimes ayant trouvé refuge et témoignant de leur traumatisme. Le noir et blanc de Martine Doyen n'est jamais celui de la tristesse ou de la nostalgie, mais celui de l'éblouissement au contraire de la couleur qui inspire ces témoignages post-attentats, séquences théâtralisées, dramatisées, (cadres, jeu des comédiens) aux tons ocres et délavés.

Le montage entrelace ces séquences de groupe avec le portrait de deux marolliens étonnants, narrateurs de récits insolites et extraordinaires et dont l'imaginaire puissant nous emmène sur des sentiers irréels. La poésie y fait œuvre bénéfique comme dans cette superbe séquence de l'ascenseur des Marolles, passage du bas vers le haut, où l'on vibre sur la voix ensorcelante d'Alain Cuny déclamant des poèmes de Baudelaire, grand pourfendeur des Belges et surtout des Bruxellois; ironie apportant au film une légèreté et un humour bienveillants. Ce montage vagabond permet aussi de purs enchantements telle cette vendeuse de magasin maladroite happée par la danse élancée de « l'homme aux chapeaux » et qui par la beauté du montage, poursuivent leurs pas dans une église aspergée de sons d'orgues puissants. Mais sous ses dehors disparates, le film de Martine Doyen est cohérent, son montage finement ciselé et équilibré.

Hamsters est avant tout une ode magnifique à la danse. À partir du récit d'une épidémie de danse qui a lieu au Moyen Âge en Alsace, la cinéaste s'empare de cette figure et lui fait traverser tout son film. La danse, art du mouvement comme l'est le cinéma, est une danse sauvage, tribale, chamanique. Les danses de salon, organisées, réglées, normées sont bannies. Les personnages, électro-particules de joie, de fureur et de désir sortent d'eux-mêmes, de leurs limites (spatiales, psychologiques) et sont emporté.es par cet art de « la vie », de l'énergie. À l'image des hamsters se contorsionnant pour s'échapper de leur cage, les personnages dansent frénétiquement pour se libérer, peut-être, d'un réel parfois trop éprouvant.

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