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Henri de Yolande Moreau

Quand le silence crie et qu'on avance à reculons

Après La mer monte, coréalisé avec le réalisateur français Gilles Porte en 2004, Yolande Moreau se lance seule dans la réalisation de son deuxième long métrage : Henri. Seule, oui, mais bien accompagnée, Henri est interprété par le metteur en scène italien, Pippo Delbono.

Rencontre improbable entre deux êtres atypiques, entre le langage cinématographique et le langage scénique, entre le burlesque belge et le théâtre brut italien. 

dvd Henri de Yolande MoreauHenri et sa femme, Rita, tiennent un petit resto à Charleroi, La Cantina. Les habitués vont et viennent. Le pâté saute de plat en plat, les nappes sont à carreaux, Rita charme, chante, envoûte. Henri ne parle pas beaucoup, sauf avec ses fidèles compagnons, Bibi et René, de picole et de colombophilie.

Le train-train déraille après la mort subite de Rita. Henri n'a plus de repère, n'a plus d'appui, n'a plus de vie. Sa fille bienveillante lui propose de se faire assister au resto par un "papillon blanc", sobriquet donné aux résidents d'un foyer pour handicapés mentaux situé non loin de La Cantina. Rosette fait alors son apparition. Elle n'est pas malade, elle est juste "un peu ailleurs", dans un monde où les choses sont belles, où les gens s'aiment, où personne n'est différent. Vision du monde qu'elle va tenter d'inculquer, doucement mais sûrement, à Henri.

Ceux qui connaissent Delbono savent que les personnages marginaux, handicapés et rejetés font partie intégrante de son travail scénique. Au cours de ses expériences, le metteur en scène italien a élaboré un théâtre basé essentiellement sur le corps de l'acteur et sur les tensions qui l'habitent. La plupart de ses comédiens sont non-professionnels, il les a rencontrés ça et là, au cours de ses expériences, comme Bobo, microcéphale et sourd-muet qui est également présent dans le film de Yolande Moreau.

Chez Delbono, les acteurs ne communiquent pas directement entre eux. Sur scène, ils sont les uns à côté des autres mais, dans le fond, profondément seuls. Cette idée de promiscuité distante est omniprésente dans le film de la réalisatrice belge. Nombreux sont les plans où Henri et Rosette sont ensemble sans l'être vraiment. L'un à l'horizontale, l'autre à la verticale, la communication semble complexe voire impossible. Ils tentent de s'atteindre, en vain. Avancée maladroite et chaotique l'un vers l'autre, deux pigeons en mal d’amour.

Le silence et l'immobilité sont les maîtres mots du film de Yolande Moreau. Silence qui crie et immobilité qui bouge : paradoxes que l'on retrouve chez Delbono : « Le théâtre, d'ailleurs, c'est de l'action : même être immobile, c'est être en action. Dans l'immobilité, on est en mouvement et c'est une des choses que t'apprend le travail sur le corps».

Delbono ne coréalise pas, néanmoins sa touche personnelle est là, indéniablement. Deux univers apparemment opposés se rencontrent et se complètent. Le côté "brut" de Delbono colle parfaitement à celui de Moreau. Un film profondément humain et positif sur la différence, sur l'acceptation de soi et de l'autre. Le bonheur.

Les bonus de la version DVD ne sont guère éclairants : une version commentée du film pour les spectateurs mal voyants ainsi qu'une galerie de peintures de Jean-François Jacob qui illustrent certaines scènes du film.

 

Distribution: O'Brother

Pippo Delbono, Mon théâtre, Actes Sud, 2004, p. 57.

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