Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Henry Brousmiche, cofondateur avec Sébastien Pins, du 1er Festival Film & Photo par Drone

"Le drone est en train de révolutionner le monde du cinéma"

Il suffisait d'y penser. De plus en plus utilisé dans le cinéma, le drone aura désormais son festival. Une première en Europe, qui se déroule chez nous, du 3 au 5 juin, à Saint-Hubert. Un événement qui suscite déjà un certain engouement. Rencontre avec son fondateur, Henry Brousmiche qui, en six mois à peine, a pu mettre l'événement sur pied.

Cinergie : L’idée de faire naître ce festival émane donc de vous…
Henry Brousmiche : Oui, et elle est assez récente, puisqu'elle date de décembre dernier. Comme photographe, je gère le Cercle d'Arts, une ASBL de promotion d'artistes, et c'est en réfléchissant avec un réalisateur, Sébastien Pins, qu'on a imaginé ce festival d'images par drone : c'est un concept qui nous semble neuf, original et à la mode. De plus, la loi permettant de faire voler des drones en Belgique est d'application depuis quelques semaines à peine !

C. : Malgré cette courte préparation, les choses se présagent-elles bien, selon vous ?
H.B. : Absolument ! Tant au niveau du programme que du matériel et des installations, c'est bien au-delà de nos espérances. Vu qu'il s'agit d'une première édition, nous craignions de recevoir des films moyens mais au final, on a reçu deux cents courts-métrages du monde entier. Et certains sont tout simplement extraordinaires !

C. : Car vous vous revendiquez déjà comme festival international ?
H.B. : Grâce aux plateformes web, oui. Nous recevrons cette année des réalisateurs français, japonais et norvégiens. Mais nous restons modestes. Dans un premier temps, nous avions logiquement imaginé un festival restreint devant faire ces preuves, mais voilà, l'engouement est déjà très impressionnant à tous les niveaux : des sociétés techniques (Canon, Nikon) à la participation de films, l'événement risque de déjà faire déplacer beaucoup de monde.

C. : Un engouement qu'on imagine lié à l'originalité de la thématique. Vous êtes carrément des pionniers en Europe!
Le TrêveH.B. : C'est vrai. Il y a eu des petits festivals du genre à Bordeaux et à Londres, mais nous sommes le premier d'envergure à allier cinéma et photographie. Et les festivals que je cite étaient plutôt liés à l'industrie. C'est très différent de notre côté, car même si nous souhaitons promouvoir le drone, notre démarche est d'abord culturelle. Pour nous, c'est important que les films sélectionnés racontent une histoire, qu'on soit vraiment dans le cinéma, et que le drone amène une dimension supplémentaire. Scénaristes et réalisateurs commencent à réfléchir à l'utilisation du drone : l'exemple de la série La Trêve, dont on montrera de larges extraits et le making of, est parlant : les plans de transitions filmés par drone offrent un nouveau relief. Le drone est tout simplement en train de révolutionner le monde du cinéma. Et nous ne sommes qu'au début d'une nouvelle ère.

C. : Qu'est-il exactement en train de se passer au niveau législatif autour du drone ?
H.B. : Le problème, jusqu'ici, c'est qu'il n'y avait justement aucune loi ! La création d'une règle va surtout permettre d'homologuer des milliers de drones, former des pilotes via des brevets théoriques et pratiques. Cela évitera à quelques rigolos d'utiliser des appareils de quinze kilos qui peuvent tomber n'importe où. Car il ne suffit pas de posséder un drone pour devenir vidéaste ! Le drone, c'est surtout un outil technique extraordinaire, qui est utilisé chez nous depuis 1988 par Flying Cam, et qui est en train de s'alléger et se démocratiser : c'est seulement aujourd'hui qu'on arrive vraiment à une utilisation intéressante de l'objet.

Le Dernier Loup, de Jean-Jacques AnnaudC. : Quels seront les temps forts de ce premier Drone Film & Photo Festival ?
H.B. : Pour moi, il y en a trois. Le premier le vendredi, avec une table-ronde concernant les métiers liés au drone, avec des experts qui parleront de la législation dans le cinéma et la photo. Une nouvelle formation de réalisateurs par drones sera même annoncés. Le deuxième, c'est le vendredi soir, avec une soirée dédiée entre autres à La Trêve et au documentaire canadien Watermark, montré pour la première fois en Belgique. Enfin, samedi, il y aura une soirée de gala avec les meilleurs courts-métrages projetés, belges et étrangers, suivie de la remise de nos huit prix, avec notamment un Drone d'Or. Mais les activités se poursuivent dimanche, avec des démonstrations et c'est Le Dernier Loup, de Jean-Jacques Annaud, qui clôturera le festival.

C. : Financer cet événement en ce temps presque record a-t-il été difficile ?
H.B. : Malgré les apparences ce ne fut pas simple du tout. Au niveau de la communication et du matériel, ça s'est très bien passé, mais au niveau purement financier moins, car nous sommes arrivés avec six mois de retard sur les délais habituels. On espère donc que cette première édition draine pas mal de monde, pour que la deuxième édition soit plus simple à organiser à tous les niveaux. Par exemple, pour les fabricants de drones, les Belges seront présents, mais pas encore les internationaux, qui attendent un peu de voir comment ça se passe...

C. : Vous visez combien de personnes ? Le Festival sera-t-il annuel ?
H.B.: Le rêve, ce serait 10 000. Mais 5000, ce sera déjà très bien ! Nous aimerions l'organiser chaque année, et je pense que la ville de Saint-Hubert aimerait aussi. En tout cas, cette première édition fonctionne déjà bien en amont. On a réussi à fédérer énormément de professionnels : des décorateurs, des électriciens, des preneurs de son, des réalisateurs etc. Pas mal de personnes prennent des risques avec nous, cela veut dire qu'ils y croient. C'est grisant !

C. : Il y a pléthore de festivals de cinéma en Belgique, et le vôtre sera l'un des plus excentrés géographiquement. Vous y avez songé ?
H.B. : Au niveau des hôtels, la commune étant très touristique, nous bénéficions d'à peu près tout ce qu'on veut ! Le seul souci, c'est vrai, c'est pour arriver en transports en commun sur les lieux du festival – à l'aérodrome militaire -, mais nous sommes conscient de la chose et dès l'an prochain, nous envisageons un système de navettes à partir de la gare de Libramont : là encore, on est arrivé un peu tard pour mettre cela en place. Mais pour les événements se déroulant habituellement à Saint-Hubert, les gens se déplacent souvent en voiture.

C. : Une chose est sûre : pour un premier festival, l'attention est déjà grande !
H.B. : Oui, nous avons organisé une conférence de presse et beaucoup de journalistes sont sur la balle. La plupart des grands médias nous ont sollicité et la RTBF viendra même tourner une émission spéciale C'est du Belge durant le festival. Là aussi, c'est bien au-delà de ce que nous avions imaginé au départ !

En pratique: http://www.dronefilmfestival.be/

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