Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Janvier 2011
07/01/2011
 

Hiver'60 de Thierry Michel

Au moment où le capitalisme, qu'il soit pour le dogme néolibéral ou le modèle autoritaire (à la chinoise), cherche à imposer à la population de payer les dettes du délire boursier des flashs trading (échanges financiers à haute fréquence), il est intéressant de constater à quel point l'Histoire se répète sans cesse plutôt que de disparaître dans le hic et nunc ou le bref bref de la mondialisation capitaliste. À la fin des années soixante, Jean-Marie Straub et Danielle Huillet, un brin amusés par la séquence de Mai 68, nous expliquaient que le conflit pour le pouvoir et les rapports de classe étaient très anciens (conservateurs/démocrates, Thémistocle/Périclès à Athènes, lire Thucydide en livre de poche).Image du Film
Dès lors, l'oubli est-il vraiment indispensable à notre survie au prix de refaire sans cesse les mêmes erreurs ou n'est-il que le pari de la démocratie libérale qui essaie de faire croire que son régime d'ordre social est naturel ? Plus encore, comme le souligne Slavoj Žižek, dans les rapports de classe, l'immigré n'a-t-il pas, de nos jours, remplacé le travailleur d'antan ? Il est permis de se poser la question. Elle nous vient à l'esprit en revoyant Hiver 60 en salles et désormais en DVD, le film que Thierry Michel a tourné dans les années septante et qui n'a pas pris une ride. Mieux encore, qui passe avec brio du régime du documentaire à la fiction, du document d'archives (en l'occurrence celles de Combattre pour nos droits de Frans Buyens), au récit, du noir et blanc aux séquences en couleurs.

Hiver 60 retrace un épisode important de notre histoire. « 1960 est une année totalement stratégique. C'est le pivot de la seconde moitié du vingtième siècle pour la Belgique » : la décolonisation, l'indépendance du Congo dont le pouvoir de l'époque souhaite que la classe ouvrière, la population la moins riche de Belgique, porte économiquement le chapeau de l'abandon de la manne congolaise et du rêve de l'empire de Léopold II. Surgit la loi unique. Au sud du pays principalement, les ouvriers refusent d'accepter le dictat de la droite libérale. Cinq semaines de grève générale et insurrectionnelle, un million de grévistes, des émeutes, un embrasement collectif qui va marquer toute une génération. L'oubli pour la classe dirigeante et la mémoire pour les acteurs principaux qui ont vécu ces espoirs sans les lendemains qui chantent. Sauf, bien sûr, que la scission de la Belgique revient à l'ordre du jour.

À ce moment-là, « commence la fin de la Belgique unitaire nous montre Thierry Michel, il s'agit d'un paradoxe étonnant de l'Histoire. Dans un retour de manivelle dont la Belgique, pays du surréalisme politique, en est l'exemple caricatural. C'est la gauche wallonne qui lance le mot d'ordre de fédéralisme, et c'est la droite flamande qui, aujourd'hui, appelle avec radicalité au confédéralisme, voire à la scission de la Belgique, mais avec des intérêts totalement différents ».

En Bonus, une passionnante interview du réalisateur sur la manière dont le film a pu être réalisé, et la grève en elle-même (signalons aussi notre web vidéo). Enfin, rappelons que le scénario de cette fiction documentée a été écrit par Jean Louvet, Christine Pireaux, Jean-Louis Comolli et Thierry Michel.

Hiver 60, de Thierry Michel, édité par les films de la passerelle, diffusé par Twin Pics

 

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