Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Home de Fien Troch

Radical et éprouvant, le dernier film de Fien Troch est une gifle cinématographique sur une jeunesse aux abois et un constat terrible sur la rupture entre générations. À travers le portrait brut d'un petit groupe d'adolescents en conflit avec les personnes incarnant l'autorité, la réalisatrice pose des questions essentielles sur les rapports entre éthique personnelle et morale collective, les relations de force et de domination qui peuvent s'exercer au sein d'une cellule familiale.

 

Home de Fien TrochDès l'introduction, le ton est sec. Dans le couloir d'une école secondaire, Lina attend debout. Face à elle, une autre fille la fixe en lui faisant un doigt d'honneur. La caméra est portée, comme elle le sera tout au long du film, suivant les mouvements et les corps, l'énergie qui lie ou défait. Ce bougé permanent, en phase parfaite avec son sujet, permet ce côté organique où les flux circulent constamment. L'arrivée de Kevin, adolescent délinquant, va perturber l'univers et les certitudes d'un groupe d'amis. La mise en scène libre (recadrages, zooms, dézooms, recherche perpétuelle des gestes, des bouts de peau) permet la captation merveilleuse de certains états adolescents, corps avachis, hébétements, silences sourds et bornés, hyperactivité ou passivité. Le montage franc scande ces états physiques et affectifs, les « cut » comme des coups de poing.

Home de Fien TrochMais Fien Troch n'est pas Larry Clark, et contrairement au regard sans pitié et moralement tendancieux du réalisateur américain, son approche ne manque pas de tendresse. Si les adultes sont au mieux démissionnaires, au pire abuseurs, la cinéaste ne les condamne pas entièrement. En cela, elle rejoint plutôt la douceur de Gus Van Sant, autre brillant portraitiste de la jeunesse. Certes, le film se place d'emblée et toujours du côté des jeunes, mais sans naïveté ni condescendance. Ainsi, la scène terrible du bus où les adolescents s'en prennent à une femme obèse permet aussi de nuancer le propos. La question des valeurs est au cœur de Home, question à laquelle Fien Troch se garde bien de répondre. Le magnifique personnage de Kevin établit le conflit entre éthique personnelle et morale, combattue tout le long. Il bouscule la morale collective et dominante et force les autres jeunes à se positionner. L'évolution des différents personnages s'avère du coup très subtile, chacun révélant des facettes différentes de lui-même, pas toujours les plus belles, au fur et à mesure du récit. Il faut souligner ici la force de la direction d'acteurs, tant des jeunes comédiens que des adultes, ces derniers devant assumer des rôles particulièrement complexes. Enfin, l'utilisation de la musique est remarquable, ainsi que ses relations incessantes avec une bande-sonore riche et travaillée.

Fien Troch offre un voyage qui, s'il s'avère sombre, dur et parfois éreintant, n'en est pas moins traversé de beautés et dont le final est une pure réussite.

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