Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2004
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Home sweet home de Alain Denis

Media 10/10

Home sweet home

Dans une petite maison de banlieue, une discussion orageuse oppose une vieille dame à son fils. La dame est veuve, se retrouve seule avec son petit chien, et c'est l'heure du départ pour la maison de retraite. D'ailleurs, son fils a tout arrangé et le pavillon est déjà à vendre. Mais la vieille dame n'a vraiment pas envie de quitter ce lieu où sont entassés tous ses souvenirs et de partir ainsi vers l'antichambre de la mort. Elle résiste. Son fils finit par tenter de lui forcer la main, mais mammie n'a pas encore dit son dernier mot. A une époque où l'on reproche trop souvent à de jeunes réalisateurs aux idées brillantes de ne pas réfléchir assez au sens de leur démarche.
(Pourquoi prendre une caméra? Pour en faire quoi? Filmer quoi? Raconter quoi?),il est très réjouissant de voir un film comme ce nouveau Home sweet home (Chic, une révolte de petits vieux, 30 ans après Benoît Lamy). Nous sommes à l'évidence en présence d'une production artisanale mais, tout aussi évidemment, le réalisateur a réfléchi et pose des choix qui sont le fruit de cette démarche de réflexion. Et il les assume et les maîtrise en fonction des moyens dont il dispose. L'histoire est bien sûr très touchante. Il y a le rapport mère-fils, très typé, avec au milieu, dans son cadre en bois, la photo du père (qui est mort d'une glissade... euh non! Cela, c'est un autre disque...).
Et puis, c'est toute la question de la place faite aux vieux dans un monde de plus en plus impitoyable pour les faibles qui est ici évoquée, avec beaucoup de sensibilité et de vitalité, mais sans pathos excessif. Outre le travail sur l'émotion, les qualités cinématographiques sont évidentes. D'abord, cette histoire, le réalisateur choisit de la mettre en scène sans paroles. Seule la musique ponctue cette confrontation et elle le fait de fort belle façon. Le parti-pris du non dialogue donne au film un côté burlesque dont le réalisateur a la sagesse de ne pas abuser. Il préfère jouer sur l'aspect un peu suranné de la technique: surjeu façon muet et images sépia sont au rendez-vous et confèrent au film un aspect désuet qui lui convient tout-à-fait. Et, au risque de se répéter, on apprécie la révolte de cette mammie par qui la vie triomphe du matérialisme veule et mou de son grand dadais de fils. Le réalisateur a conscience du poids des images. Il sait placer des plans de coupe judicieusement évocateurs. Enfin, ici, on attend du montage non pas la perfection technique, mais qu'il soutienne le film et lui donne son rythme. Mission accomplie encore. Techniquement, l'oeuvre a ses limites, mais elle constitue une belle démonstration de maîtrise et touche par le traitement de son sujet. Et c'est cela le cinéma, n'en déplaise aux concepteurs d'effets spéciaux digitaux tape à l'oeil, mais vides de sens.

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