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octobre 2012

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Jean-Gina B. Hommage à Jean-Pol Ferbus par les Enfants du Ciné

L’Atelier ALFRED présente sa 7e saison du cycle Les Enfants du Ciné « LE CINEMA BELGE EN RETROSPECTIVE » présentation :  Jacqueline AUBENAS.

Les enfants du ciné, le cycle animé par l'Atelier Alfred, commencera sa saison 2012-13 par un cycle consacré aux précurseurs du cinéma belge. Avant donc, la génération de Jaco Van Dormael, il y a une génération de cinéastes belges moins connus (hormis André Delvaux) qu'il est intéressant de redécouvrir en projetant leurs films. Le 22 octobre, à la Vénerie, le cycle consacré à ces précurseurs va démarrer par un hommage à Jean-Paul Ferbus. Un réalisateur belge, né à Ixelles en 1949 et mort inopunément en 1999 à Woluwe-Saint-Pierre.

Alors que sur les écrans l’acteur français Melvil Poupaud déambule en tailleur et talons hauts dans le dernier film de Xavier Dolan, Laurence Anyways, la collection Belfilm ressort de ses tiroirs magiques Jean Gina B. de Jean-Pol Ferbus, un film de 1984, retraçant le parcours de Jean Bella devenu Gina.

Jean Gina B. de Jean-Pol FerbusCommençons par le commencement, et le commencement a presque toujours une origine mythologique. Le jeune Tirésias, au cours d’une promenade, bute sur deux serpents entrelacés. D’un coup de bâton, il tue la femelle et se retrouve immédiatement transformé en femme. Sept ans plus tard, c’est dans la peau féminine que Tirésias tombe de nouveau sur deux serpents. Tuant le mâle, Tirésias redevient instantanément un homme. Au royaume des dieux, une longue querelle avait éclaté depuis longtemps entre Zeus et Héra sur le plaisir éprouvé en amour. Héra essayait en vain de convaincre Zeus que le plaisir masculin était supérieur au plaisir féminin. Tirésias, grâce à sa double expérience, est celui qui peut enfin les départager. Convoqué auprès des dieux, sa réponse est nette et définitive : « La femme éprouve neuf fois plus de plaisir que l’homme ».

Cette histoire explique-t-elle la volonté plus masculine que féminine de changer de sexe ? Jean/Gina n’en est pas persuadé(e), mais le dessein de Dieu ne fait, pour ce personnage hors du commun, aucun doute. Ancien marin né dans le namurois en 1911, Jean Bella a toujours senti une âme de femme dans son corps d’homme. Il est, en somme, un mensonge de la nature, devant retrouver à n’importe quel prix ce qu’il considère comme sa véritable identité. En escale aux Etats-Unis, il découvre les boîtes de nuit et le monde des travestis. Il décide alors de baisser le masque, de devenir ce qu’il a toujours intérieurement été. Suivi par le professeur Hamburger, pionnier de l’hormonologie dans les années 50, il commence un traitement d’œstrogènes. Le professeur refuse pourtant de l’opérer vu son âge et ses soucis de santé. Jean /Gina, le personnage principal de cette histoire, incarne dans le film de Ferbus son véritable rôle.

C’est dans les années 80 que le réalisateur Jean-Pol Ferbus, en voyage à San Francisco, pousse la porte du célèbre cabaret de travestis, Le Finocchio. Alors en tournage sur le film Des morts il consacre quelques mètres de pellicule à filmer, dans leurs loges et sur scène, ces fascinants personnages. Les images de ce court reportage ouvrent le film Jean Gina B et servent de prologue à l’histoire de Jean Bella.

De retour en Belgique, obnubilé par ce qu’il a découvert, Jean-Pol Ferbus rencontre Gina et décide de tourner un film sur elle. Au lieu de choisir la forme documentaire, le cinéaste donne à son film une forme hybride, entre fiction et documentaire, racontant l’histoire d’un cinéaste (incarné par lui-même) bien décidé à réaliser un film sur Gina. Et c’est bien là tout le problème du film. A l’instar de Jean/Gina, âme de femme dans un corps d’homme, le film hésite entre les deux genres et ne parvient jamais à trouver la distance ou le ton. De même, empruntant des extraits au livre Du rêve au défi écrit par Gina, le film, maladroitement, tergiverse entre scénario et roman donnant aux dialogues un air emprunté d’un lyrisme à la limite du ridicule. Car Jean/Gina, être mystique imprégné de pataphysique et de paranormalité, y va bien souvent à grand coup d’hyperboles qui nous emportent dans une caricature proche de l’épopée et de la tragédie grecque. Et nous voilà de nouveau tout près des mythes fondateurs dont le film se joue la plupart du temps de façon malhabile et, à de rares endroits, avec une jolie insolence. C’est le cas du court métrage sur la vie de Jésus inséré dans le film et écrit par Gina elle-même. Jésus, au volant d’une camionnette, conduit sur l’autoroute. A l’arrière, les douze apôtres sont à l’image de grands gamins partant en camp scout. Après quelques facéties dans une station service, Jésus pousse la porte d’un bordel et fait la connaissance de Marie-Madeleine. Un moment kitsch à souhait où l’on découvre que Jésus boit du Dom Pérignon. Après tout, ne dit-on pas d’un bon vin que c’est le bon Dieu en culotte de velours ? 

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