Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/06/2000
Mots-clés : tournage, rencontre,
 

Horrible de Jean-Marie Buchet

 Les caprices de Marianne
Séquence
Nous sommes à Laeken, à une portée de flèche de l'Atomium, rue Gustave Gilson, dans un appartement transformé en studio. Toutes les fenêtres ont été occultées pour permettre aux mandarines et boîtes à lumière d'éclairer la scène à huis clos qui se déroule sous nos yeux. Il fait une chaleur étouffante, tout le monde transpire, les tee-shirts mouillés ressemblent à celui de Steve Mac Queen dans les Sept mercenaires de John Sturges. Seuls Marianne (Chantal Descampagne) et Jules (Marcel Dossogne), le couple attablé, que filme l'équipe avec une caméra Aaton S16, semblent imperturbables et frais sous les sunlights.
Ainsi que Jean-Marie Buchet, le réalisateur de ce court métrage, qui renoue avec le cinéma après une absence de plus de dix ans sur les plateaux et qui ne quitte pas son spencer en Jean. Sur la table le couvert est mis, une bouteille de Bordeaux trône entre les deux protagonistes. Marianne écarte les mèches qui lui balayent le front et abaisse ses paupières, le regard posé sur son mari : « Ça ne te plaît pas ? ». Jules : « Si ». Marianne continue à le regarder, interrogative. Jules insiste morose : « C'est très bon . » Marianne se mordille les lèvres mais ses yeux restent sombres et graves. Elle avale une bouchée, replonge dans son assiette. Découragé, Jules reprend la sienne. Il se prépare une bouchée, hésite. Marianne : « Il ne faut pas te croire obligé ». Jules : « Mais non. ». Marianne mastique un moment en silence et boit une lampée de vin. « Je ne te force pas », dit-elle. Jules : « Je sais ». Il repose son couvert. Scène de la vie conjugale.
Le réalisateur de Mireille dans la vie des autres (1979) a repris Chantal Descampagne qui interprétait Edwige, l'une des deux filles de la bande des quatre jeunes gens qui glandaient en attendant leur entrée dans la vie adulte dans le film. Un second long métrage de fiction, doux amer, sur la vie au quotidien d'une bande d'adolescents attardés qui préfèrent vivre plutôt que de se lancer dans la vie active avec son obsession de la compétitivité et de la rentabilité. En un mot, vivre plutôt que survivre dans les rouages d'une mécanique qui brise les rêves et formate les désirs.

Réalisateur 
« Je n'ai pas fait une pause volontaire entre la réalisation de Dupont, Durand, qui date de 1989, et Horrible», nous confie Jean-Marie Buchet. «Les films ne se sont pas faits. Il ne s'agit donc pas d'un retour au cinéma mais de la concrétisation d'un projet. J'ai travaillé sur divers projets qui n'ont pas abouti comme Passions froides lequel avait obtenu le soutien du Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel mais qui a, malheureusement, perdu son producteur en cours de route. Le fait d'avoir repris Chantal Descampagne est dû au hasard. En montant Mireille, je me suis dit que cette fille, qui avait un rôle relativement secondaire, pouvait faire davantage. Entre-temps, elle est devenue enseignante et moi j'ai eu les pires difficultés à continuer de tourner. Et il y a un peu plus d'un an, on s'est rencontré dans un bus. On a échangé nos adresses. Lorsque j'ai monté Horrible, j'ai choisi Marcel Dossogne pour le rôle masculin et j'ai repris contact avec Chantal qui a accepté de tenir le rôle de arianne».
«A l'origine d'Horrible, il y a l'Ordure ménagère, un long métrage que j'écris depuis des années et que je ne tournerai probablement pas. J'ai repris une idée que j'ai développée en 1999. Donc rien à voir avec Mireille, dont tu sembles imaginer, à tort, qu'il s'agit d'une suite de ses aventures conjugales. Quant à mon obsession de la nourriture (Cf. Hommage à Don Helder Camara), je ne sais pas exactement ce que cela signifie. Quand tu me l'as dit, j'ai immédiatement pensé au verre de bière dans les westerns. J'imagine que ça fonctionne comme une sorte de code.»

Mise en scène
 En fait, je n'aime pas écrire, c'est tellement épouvantable que je n'ose pas demander à quelqu'un de le faire à ma place. Tant et si bien que quand j'écris, il y a déjà toute la mise en scène qui s'installe dans ma tête. Horrible est relativement sobre, il y a une série de champs-contrechamps, avec plusieurs échelles de grandeur de plan. J'aime l'ascèse d'un Bresson (son refus de la psychologie théâtrale ou romanesque, sa dédramatisation plastique), sauf que lui fait quarante prises et moi trois au maximum, par souci d'économie. J'ai toujours travaillé avec de faibles budgets, au ras des pâquerettes, ce qui m'oblige à effectuer une préparation minutieuse. Pour Mireille, nous avons répété les scènes une semaine avant le début du tournage.
«D'une part, parce que ces jeunes gens avait une expérience limitée du jeu et, de l'autre, parce que c'était un film très complexe et qu'il fallait mettre les choses bien en place. Je suis un cinéaste de la prise de vues plutôt que du montage, celui-ci est une conséquence de la prise de vues. Il y a une chose qui me crispe dans le cinéma actuel, c'est qu'on fasse tout un cinéma sur le plateau et qu'on néglige le moment où l'on tourne et qui est le plus important à mes yeux. Conclusion, on va vite mais on n'a pas eu l'impression de galoper même si le tournage a pris moins de temps que prévu. On est concentré mais cool.»

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