Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
05/04/2011
 

Huit de Trèfle d'Adrien François

Adrien François, la plus jeune énigme du cinéma belge

Bien qu’il n’évoque pas grand-chose dans le milieu du cinéma belge, le nom d’Adrien François commence à circuler en coulisses. Ce Liégeois de 19 ans (!) vient de tourner Huit de Trèfle, un court métrage réunissant, entre autres, deux acteurs vus dans Les Barons : Mounir Ait Hamou et Jean-Luc Couchard.

Parmi la multitude de tournages qui se déroulent à l’intérieur de nos contrées, retrouver Mounir Ait Hamou (le fameux Aziz des Barons) et Jean-Luc Couchard (Dikkenek) sur un même plateau d’un court métrage n’a, a priori, rien d’exceptionnel. En revanche, quand on s’aperçoit que le garçon au visage poupin qui gigote autour d’eux dans tous les sens n’est autre que …le réalisateur, il y a de quoi être désarçonné ! Une rencontre avec Adrien François, 19 ans, car c’est de lui qu’il s’agit, s’imposait donc.


C’est à Liège, Place de la Cathédrale, que ce jeune surdoué nous a fixé rendez-vous, pour nous guider au fond d’un garage privé, où avaient lieu, les 19 et 20 février dernier, les prises de vue de son film Huit de Trèfle. Egalement auteur de l’histoire, le réalisateur préfère ne dévoiler qu’un minimum de son pitch : "C’est l’histoire d’une jeune femme mise en vente auprès de quatre gros bonnets. Pour se la départager, ces hommes se la disputent en jouant une partie de poker. Cette histoire me permet d’évoquer de nombreux thèmes, dont un thème central qu’il me semble important de traiter, le trafic d’êtres humains."

Entre deux prises, autour d’un café, Mounir Ait Hamou, co-scénariste pour l’occasion, et qui campe ici un mafieux, évoque avec passion sa rencontre avec Adrien. "Il m’a contacté, il y a un peu plus d’un an, après avoir vu Les Barons. Il n’avait que 18 ans, mais pourtant, il m’a d’emblée convaincu de travailler sur un premier moyen métrage, Tremens, que je n’ai finalement pas pu tourner vu mes occupations théâtrales. C’est un garçon qui vient d’une autre planète. Il a un talent inné pour canaliser l’énergie de toute une équipe. Il est bien entouré, il est déjà produit, ce qui nous permet de disposer de travellings ou de steady cam. Et il nous fait même tourner dans des limousines ! Mais le matériel n’est qu’une façade. C’est un bosseur, toujours à l’écoute. Il suffit de voir la bande-annonce de Tremens, qui a déjà bien circulé sur la toile, pour se rendre compte de la qualité de son travail. À l’image, c’est impressionnant !"
Son collègue du jour, Jean-Luc Couchard, dont il avait croisé la route sur Les Barons, ne dit pas autre chose. "Ce garçon est un passionné. Il est carrément venu chez moi pour me demander d’apparaître dans son film. Je joue une espèce d’Albanais qui vient vendre une femme. Mais de l’histoire, je n’en sais pas beaucoup plus!" Joëlle Franco, la compagne de Couchard, et Thibaud Paligot, sont d’autres interprètes du film.

Louangé par ses acteurs (François Damiens, Yolande Moreau, Jonas Bloquet, Stéphanie Van Vyve, Julien Courbey et même le trublion Stéphane Pauwels font partie de sa large écurie à projets !), de mieux en mieux suivi par une presse… de moins en moins locale, auréolé d’un premier passage remarqué en janvier dernier sur la RTBF et Arte (dans Cinquante degrés Nord), Adrien François n’a, avouons-le, pas son pareil pour faire son auto-promo. Mais cet autodidacte, qui n’est évidemment passé par aucune école de cinéma traditionnelle, garde la tête sur ses jeunes épaules. Il sait qu’il a encore tout à prouver. "Je n’ai aucun secret. J’ai juste un vécu qui n’a pas forcément été simple quand j’étais plus petit. Je suis sensible à ce que notre société est en train de devenir, et j’en écris des scénarios, que je propose à différentes personnes.

J’ai la chance d’avoir autour de moi des adultes qui veillent de près à ce que je fais, me corrigent, me critiquent. Tout cela m’aide à évoluer. Mais pour envisager un long métrage, je sais que je devrai faire mes preuves. Si ça marche tant mieux, si ça casse, tant pis. Mais au moins j’aurais essayé."

En attendant le montage de Huit de Trèfle, des images de Tremens déambulent çà et là dans les festivals, comme cela a été le cas à Marrakech, il y a quelques semaines, et comme cela sera notamment le cas à Cannes. Par ailleurs comédien – il a fait ses débuts au théâtre il y a deux ans, Adrien interprétera par ailleurs le premier rôle de Léonore, première fiction d’Alan Deprez. Passionné, intelligent et bien entouré sans doute, boulimique et dispersé peut-être, cet Adrien est un peu l’énigme du moment dans notre cinéma. Mais son parcours mérite une attention. C’est sûr. Car qui sait si ce garçon n’est pas en train d’insuffler une sorte de Nouvelle Vague dans le septième art belge ? La première, peut-être, à être composée de jeunes cinéastes nés à l’ère Internet, la seule finalement, capable de jouir au maximum de toutes les facilités apportées par le tout numérique. Si cela se vérifie, alors Adrien François risque bien d’être suivi par d’autres talents précoces. L’avenir nous le dira. 

Ndlr : Willy Keller et Khalid Zahar se font connaître comme les auteurs du scénario auquel le réalisateur, Adrien François et son comédien, Mounir Ait Hamou, ont participé.

 

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