Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
14/11/2007
 

Ici de Bram van Paesschen

Le Panorama biennal du Cinéma documentaire belge qui aura lieu du 1 au 12 décembre au Palais des Bozar et au Musée du Cinéma présente, dans sa sélection, un documentaire bien surprenant : Ici (Une lettre à Chantal Akerman) du réalisateur Bram van Paesschen. Quand un Flamand interroge le monde depuis sa fenêtre donnant sur le boulevard Léopold II, c’est…surréaliste !

Ici. Là-bas. Enfin, je ne sais pas …
Difficile de parler d’Ici de Bram van Paesschen, sans parler de Là-bas de Chantal Akerman. Un petit rappel bien nécessaire s’impose.
En 2006, Xavier Carniaux, le producteur de Chantal Akerman lui propose de faire un film sur Israël. Chantal ne veut pas, se dit que c’est trop évident, ne veut pas parler directement de ce pays à la fois étranger et berceau de ses racines. Alors Chantal fait ce qu’elle sait faire, du Akerman. Elle dépose sa caméra devant sa fenêtre, les volets mi-clos, et filme, en plans fixes, l’immeuble d’en face. Les coups de téléphone qu’elle reçoit nous renseignent sur son état moral et physique. Elle ne sort pas de sa chambre, parle de sa famille, de choses infimes, elle s’interroge, elle doute… « Enfin, je ne sais pas », répète-t-elle inlassablement. Pour certains, le détour qu'elle choisit pour ne pas prendre position est d’un mortel ennui (on vous épargne les vertes diatribes de certains journalistes). Pour d’autres, il montre encore une fois la position radicale de cette réalisatrice qui ne fait rien comme les autres, et révèle sa manière personnelle d’interroger le monde.
Bram van Paesschen, comme beaucoup d’entre nous, se rend dans une salle pour voir son film. Bram van Paesschen, contrairement à beaucoup d’entre nous, décide immédiatement d’y répondre avec un film. La réponse à Là-bas devient Ici.
Noël. Bruxelles. Un salon. À gauche, un sapin. Image fixe sur l’appartement, puis sur l’immeuble d’en face. Autre plan fixe, d’une autre fenêtre, etc. Huit minutes et dix-neuf secondes plus tard… Le téléphone sonne. Un homme, répond en flamand : « Oui, ça va. Non, t’inquiète pas, je m’en sortirai ! Ça va. Il fait trop sombre. Comme d’habitude pendant l’hiver à Bruxelles quoi ! Selon Internet, j’ai un light deficiency truc. Je ne sais pas vraiment l’expliquer, c’est compliqué. Dehors ? Non, je vais pas dehors. Je travaille là. Ce n’est pas évident, c’est compliqué même. Un métier très dur oui. Il faut beaucoup de patience et de la persévérance, surtout ça. Non, je ne bois pas trop, parfois une Chimay bleue. (…) Non, en fait, je m’en fiche comment tu vas. Oui, salut ! » Le ton est donné, inutile de faire un dessin ! Le cinéaste avait déjà fait des siennes avec Pas de feu sans fumée en 2003, un faux documentaire magistral sur l’incendie de l’innovation, dans lequel il impliquait les politiciens locaux, la CIA et même le Mossad… Visiblement, Bram van Paesschen n’a peur de rien et n’est pas à une impertinence près. Impertinent et jusqu’au-boutiste, le réalisateur ne lésine pas sur la longueur et répond à La-bas par la même durée, 79 minutes, pour se conformer parfaitement au modèle de référence. Trop long pour une parodie ? Non. Les plans fixes d’une longueur interminable agrémentés des histoires sur l’oncle Rudy et les questions métaphysiques sur les poissons et les poivrons rouges (et jaunes) sont véritablement jubilatoires. Truffé de références, intelligemment mené, le dispositif est parfait et la réécriture parodique propose souvent un décalage poétique qui réjouira évidemment les détracteurs d’Akerman mais également ses admirateurs.
Un film qu’on aura peut-être plus de plaisir à voir si l’on connaît l’original mais qui reste excessivement drôle par lui-même.
On chuchote que le réalisateur l’aurait envoyé à Chantal. Pas de réponse à sa lettre. Qu’elle s’en réjouisse, une parodie est un hommage, d’ailleurs on ne parodie que les grands !

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