Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
15/12/2010
 

Il était une fois en Amérique de Sergio Leone par Jean-Marie Samocki

Il était une fois en Amérique

Après une longue séquence de western, Sergio Leone va poursuivre son rêve de jeunesse sur l'Amérique en réalisant Il était une fois en Amérique, qui sera son dernier film. Non pas un film testamentaire, précise Jean-Marie Samocki, (les lecteurs de Trafic reconnaîtront la signature de l'auteur) mais bien, au contraire, un nouveau départ vers une période créative - Les 900 jours de Leningrad, film resté inachevé - qui était donc plus qu'un projet, mais qui fut interrompu par une mort inattendue et brutale.

Avant Leningrad, on parlait beaucoup dans son pays, l’Italie, de Il était une fois l'Italie, un film à partir de la vie de Garibaldi. Mais Leone répondait, en souriant, que l'Italie n'existait toujours pas et que cela devrait s'intituler : « Il sera une fois l'Italie ». La partie italienne de son cinéma sera donc cette Amérique imaginaire, avec Il était une fois en Amérique, le film « le plus américain des films italiens » (in Conversation avec Noël Simsolo).

Revenons au film qui s'inspire d'une histoire vraie, celle de David « Noodles » Aaronson et de son meilleur ami, Christopher « Max » Bailey qu'il croyait mort après un contrat lancé pour répondre à une trahison et qu'il redécouvre trente ans après. De cette histoire, Leone en a tiré « un ratage individuel assez dérisoire (l'aveuglement d'un homme qui se rend compte à la fin de sa vie à quel point il s'est trompé) […] Derrière le jeu de dupes auquel Max a condamné Noodles, Leone rejoue Abel et Caïn (la mort du frère envié au principe d'une vie) ainsi qu'Ulysse (voyager pour revenir et pouvoir regarder d'où on est parti) ».

Un rêve d'Amérique, donc, en intégrant la légende de celle-ci et de ceux qui l'ont fondée dans un récit d'initiation et de découverte. «Leone enterre notre vanité de nous croire plus grands, plus victorieux, plus incorruptibles que les personnages de fiction […] de donner l'illusion de maîtriser le pouvoir. Défaite du bien contre le mal, de l'innocence contre la corruption ? […] les désirs inadmissibles de chaque individu (conquérir jusqu'à la démesure, posséder jusqu'à faire mal, désirer disparaître. »

L'un des chapitres intéressants, parmi bien d'autres, consiste à répertorier l'héritage cinématographique de ce superbe film. Avec quels films se prolonge-t-il dans notre imaginaire ? Samocki nous présente : « Sur la route de Madison (1955) de Clint Eastwood, Underground (1995) d'Emir Kusturica, Miller's Crossing (1990) de Joel et Ethan Coen. Mais aussi, A history of violence de David Cronenberg, l'Etrange histoire de Benjamin Button de David Fincher. Le plus curieux est celui de Polanski, qui détestait le film, dans Lunes de fiel (Roman Polanski avait choisi comme chef opérateur celui de Leone). »

Il était une fois en Amérique de Sergio Leone par Jean-Marie Samocki, aux éditions Yellow Now : numéro 18 de la collection Côté films.

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