Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/1998
 

Interdit de vieillir

Interdit de vieillir

Séquence Interdit de vieillir
Nous sommes dans les locaux des Editions de la Toison d'Or. Louis, un quinquagénaire aux tempes grisonnantes, fête la réussite de son best seller : Le soleil se lève à l'Ouest d'Abigaël Dougnac, Grand Prix du roman d'été. Une trentaine de figurants se déplacent dans un endroit relativement exigu, une pièce oblongue, en buvant des verres de champagne. Les hommes sont en complet veston, les femmes en robes décolletées. Un larbin circule discrètement entre eux, une bouteille de champ. dans chaque main. Ça pétille. Des piles d'exemplaires du roman lauréat s'étalent sur une table. Certains invités s'en emparent tandis qu'une secrétaire les distribue à tout va. L'éclair d'un flash électrise l'ambiance. Derrière un micro, l'adjoint au maire (Marcel Dossogne) remercie l'éditeur (Gérard Rinaldi) pour un succès dont le mérite rejaillit sur la petite ville qui abrite la maison d'édition. Louis, l'éditeur, d'allure discrète, ni jeune ni vieux, place nonchalamment une plaisanterie qui embarrasse son interlocuteur et amuse l'assistance. Avec son sourire doucereux, les paupières paresseuses laissant filtrer un regard bleu acier, il a l'air du Cardinal de Richelieu se jouant d'Anne d'Autriche. La lauréate, Abigail Dougnac (Marion Cotilard), une jeune femme enjouée d'une trentaine d'années, les yeux brillants, rejoint les deux hommes. Un photographe immortalise le trio souriant.
"Merci à vous tous et à vous toutes d'être venus aussi nombreux pour célébrer le sacre de notre jeune prodige Abigail Dougnac." Applaudissements. "En obtenant le Grand Prix du roman d'été, notre maison d'édition a atteint son objectif. Que cette fête soit celle d'Abigail grâce à qui le soleil se lève aussi sur la Toison d'Or". Applaudissements nourris suivi d'un brouhaha. "Reprenons les places de départ, dit le réalisateur, s'il vous plaît, on se remet au départ, vous pouvez vous reculer un petit peu monsieur, s'il vous plaît ? Plus vers la colonne, merci !"

Dominique Tabuteau, réalisateurInterdit de Vieillir
"On essaie de tourner avec les deux caméras en même temps, me confie le réalisateur, l'une qui est fixe cadre large et l'autre qui est mobile cadre plus serré. Travailler à la steadycam a l'avantage de ne pas bloquer les comédiens dans des marques très précises. Le cadre vient chercher les acteurs alors qu'avec une caméra fixe c'est le comédien qui doit rentrer dans le cadre! C'est ça l'intérêt, une souplesse d'utilisation. Si l'on faisait le plan caméra à l'épaule ça bougerait et si on utilisait une Dolly avec des rails ça prendrait plus de temps. C'est l'idéal pour faire de petits recadrages et pour donner du mouvement à des scènes statiques. Dans la séquence que vous venez de voir, les comédiens se faufilent à travers les figurants et la caméra les suit en se faufilant elle aussi. Le chef op a mis tout l'éclairage en l'air, l'endroit a une taille vraie, c'est une maison d'édition, ce n'est pas un château ! On est dans un endroit où l'on a assez de place pour tourner".

Gérard Rinaldi interprète LouisInterdit de Vieillir
"Le film raconte l'histoire de quelqu'un qui ne supporte pas de vieillir et qui grâce à la science peut, tout à coup, espérer vivre plus longtemps. L'histoire fait partie d'une collection fondée sur ce principe : comment la science influe sur la vie quotidienne des gens au point de la bouleverser. Ici, il s'agit d'une molécule, testée par le Docteur Belvaux, qui est censée ralentir le vieillissement. Etant jeune on produit naturellement des anticorps, un produit immunitaire, plus on vieillit moins cette glande en secrète, et lorsqu'elle n'en fabrique plus les maladies apparaissent, donc les maladies attaquent. Cette molécule n'arrête pas le vieillissement mais empêche de tomber malade ! Il y a une étude et une expérimentation qui est menée en ce moment sur une base scientifique réelle et des médicaments sont testés. Ce qui nous ramène à Louis, notre héros.
Ayant franchi la cinquantaine, enchaîne Gérard Rinaldi, il a peur de vieillir d'un seul coup, et il va tomber sur un produit soi-disant miracle, une pilule anti-vieillissement. En fait, on lui administre un placebo et il comprendra, à travers cette expérience, que vieillir normalement, à côté d'une femme qu'on aime et qui vous aime et d'enfants qui vous aiment aussi, ce n'est pas si mal. Dominique, sa femme, assume tout ça avec sérénité, elle est le point d'ancrage de cet homme qui est un peu largué dans la vie. C'est un grand adolescent qui a gardé en lui des illusions, des idées qu'il ne met pas trop en application, des désirs qu'il aurait dû assouvir depuis longtemps professionnellement et qu'il retarde parce qu'il rêve un peu. "Nobody is perfect !

Florence Daury et Jean-Michel Vlaeminckx
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