Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
mai 2008

Vidéo

Entrevue

Critique

Sortie DVD

Arrêt sur image

Dossier

Evénements

Film dessiné

Hommage

Publication

01/05/2008
 

Io sono Anna Magnani de Chris Vermorcken

«  Je suis loyale et je ne crois pas avoir un mauvais caractère. Mais qui je suis…alors ça !!!!! Qui je suis, moi ? » 

Prenez une excellente réalisatrice, une comédienne admirable, mettez-y beaucoup de larmes et d’éclats de rire, saupoudrez de néoréalisme et laissez reposer près des étoiles, voici Io sono Anna Magnani, documentaire réalisé en 1980 par Chris Vermorcken.

Le 7 mars 2008, Anna aurait eu 100 ans. Une bonne occasion pour Cinéart de nous faire découvrir (ou redécouvrir avec le même plaisir), celle qui incarna la mère, la sœur, la tante, l’amie pour tout le peuple italien et qui reste le symbole de toute une époque.


Magnanime Anna
magnani_io_sono_anna_magnani_En hébreu, Anna signifie la grâce. Il suffit de la voir déambuler sur les pavés irréguliers de Trastevere à travers l’œil de Fellini, foncer fière et droite sur les forces de l’ordre sous la direction de Zampa ou courir poussée par le désespoir vers l’homme qu’on lui arrache sous le regard de Rossellini.Oui, Anna signifie la grâce. Mais qui est-elle au juste ?… Lorsqu’on lui pose la question, elle-même ne sait que répondre.
Surnommée Nannarella, Anna est une ritournelle espiègle, un éclat de rire spontané et exubérant. Surnommée La Magnani, avec l’article défini que l’on donne à la « diva assoluta », Anna incarne aussitôt la force, un tempérament fougueux et une éloquence éruptive. Lorsqu’elle est Anna, dans la simplicité et sans fards, elle devient une enfant fragile, une Pénélope au tragique destin.
Le documentaire explore toutes les facettes de cette artiste fascinante qui, des années ‘40 à la fin des années ‘60 tourna plus de 50 films et symbolisa la femme du peuple noble et courageuse de toute la vague néoréaliste.
Quelques chefs-d’œuvre ressortent d’une impressionnante filmographie. Le premier, Roma, città aperta (Rome ville ouverte) de Roberto Rossellini, obtient la Palme d’Or en 1946. Considéré comme le film fondateur du mouvement néoréaliste, il s’affranchit du style propagandiste et donne à La Magnani un rôle inoubliable. En 1948, Rossellini, qui restera malgré leur séparation le grand amour de sa vie, tourne avec elle La Voce umana (La Voix humaine), un court métrage adapté d’une pièce de Jean Cocteau, comme un écho prémonitoire de leur future rupture. En 1951, elle explose dans ce qui sera le personnage récurrent de toute sa filmographie, la véritable « mamma romana » dans Bellissima de Luchino Visconti. Puis, c’est Jean Renoir qui, en 1952, en fait sa Camilla, actrice d’une troupe de la commedia dell’arte tiraillée entre théâtre et réalité dans Le Carrosse d’or. Devenue une véritable légende, elle part à Hollywood pour tourner, aux côtés de Burt Lancaster, The Rose Tattoo (La rose tatouée) de Daniel Mann pour lequel elle reçoit l’Oscar de la meilleure actrice en 1955. Mais Rome, sa ville, lui manque autant qu’un amour abandonné auprès duquel elle décide de retourner peu de temps après. En 1962, Pier Paolo Pasolini lui offre un personnage à sa mesure, mère et putain, exclusive et bienveillante dans Mamma Roma.
Chris Vermorcken explore, avec sensibilité, le chemin de la femme et de l’artiste à travers les extraits de films, les images d’archives mais aussi les interviews de ceux qui l’ont connue et aimée. Trois moments  particuliers parmi d’autres :
Le 12 avril 1961, à bord de la fusée Vostok 1, Youri Gagarine accomplit une révolution complète autour de la Terre. Il lance ce message : « Je salue la fraternité des hommes, le monde des arts et Anna Magnani. »
1973. Par une belle matinée de septembre, un cercueil sombre sort de l’église. Dehors, l’attendent les fidèles, les amis, son public. Des milliers de personnes rassemblées la saluent une dernière fois, lui témoignant plus que de l’admiration, une véritable amitié.
Enfin, un hommage ultime, celui de Fellini qui, à la 113ème minute de Fellini Roma lui consacre un moment tendre et touchant :
« Cette femme qui rentre chez elle en longeant l’antique hôtel patricien est une actrice romaine, Anna Magnani, qui pourrait être le symbole de la ville.
- Qui je suis, moi ?
- Rome. Louve et vestale. Aristocrate et souillon, sombre et bouffonne... Je pourrais continuer jusqu’à demain matin…
-Federico ! Va dormir, va ! »
Anna claque la porte sur un sourire. C’est sa dernière apparition sur grand écran. On regrette un peu que le documentaire de Chris Vermorcken ne s’achève pas sur cette image suprême et lui préfère un téléfilm mineur qu’elle tournera à la fin de sa vie, l’Automobile d’Alfredo Giannetti. Un choix un peu étrange peut-être, mais qui a l’avantage d’explorer toutes les facettes de la destinée hors du commun, de celle qui est et reste Anna Magnani.

Bonus
Entretien avec l’équipe artistique et la production
Chris Vermorcken, Jacqueline Pierreux, Louise Rocco et Agnès Rombaut nous racontent, face caméra, le tournage de ce documentaire. Une histoire de femmes, visiblement ! Entre anecdotes, problèmes de droits et hommages rendus à tous ceux qui les ont aidés (notamment Luca, le fils d’Anna) transparaît la fascination d’une réalisatrice pour une actrice.
Io sono Anna Magnani - 1980 - Italie/Belgique - Documentaire - 1h45
Réalisation : Chris Vermorcken
Avec : Liliane Becker (la commentatrice), Claude Autant-Lara, Marco Bellocchio, Laura Betti, Roberto Rossellini, Federico Fellini, Marcello Mastroiani, Vittorio de Sica, Luchino Visconti, Giulietta Masina, Suzo Cecchi D'Amico…
commentaires propulsé par Disqus