Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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avril 2007

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05/04/2007
 

Irina Palm de Sam Garbarski

Les valses de Maggie

 

Dans ce second long métrage, après Le Tango des Rashevski, Sam Garbarski abandonne les hommes, leurs tribus et leurs questionnements identitaires. Il s'en va suivre pas à pas, dans ses errances et ses déambulations, une femme, seule, plus vraiment jeune, ni tout à fait belle, qui se redécouvre femme par la grâce d'un regard masculin, dans un lieu pour le moins improbable ! Avec beaucoup de pudeur, d'humour et de tendresse, dans le sillage de ce corps plein, marqué par la vie, généreux – celui que lui prête Marianne Faithfull - c'est toute la musique sourde et profonde d'une vie intérieure qu'il capte, tandis qu'elle affleure, trouvant enfin l'espace où résonner.

Extrait de

Allées venues
D'abord, il y a les allées et venues de Maggie, entre sa maison et un hôpital, où elle retrouve son fils et sa belle-fille, où gît son petit-fils immobilisé. Elle vit dans cette banlieue londonienne, ouvrière, aux pavillons de briques rouges et au ciel brumeux, que tout le cinéma britannique, parfois drôle, souvent dur, les comédies anglaises ou la longue tradition du cinéma réaliste d'un Ken Loach, nous ont rendu familières. Maggie, c'est un peu notre voisine de palier, la grand-mère parfaite, tendre, discrète. Un peu en retrait. Qui joue aux cartes de temps en temps avec quelques amies un peu vachardes. Et là aussi, elle est silencieuse. À l'image de sa vie qu'elle raconte soudain à une autre amie, d'un tout autre genre, dans un soudain épanchement : elle s'est mariée jeune, sans amour, par erreur. Elle a élevé son enfant. Son mari est mort, elle est seule. Elle tue le temps qui reste à tuer. Et puis, parce qu'il faut trouver de l'argent pour sauver cet enfant malade, Maggie est prise d'une inspiration étonnante. On la suivait dans Londres, ni trop près ni trop loin, caméra près de son épaule – et qui ne la quittera jamais. Et voilà que soudain, elle traverse une porte, et passe de l'autre côté. Et avant même qu'elle ait compris où elle est – et nous avec - la voilà embaucher dans un peep-show de Soho où l'on cherche des "hôtesses". Le mot est menteur. Il faut appeler un chat un chat, une pute une pute (quand c'est le cas), Maggie Irina Palm. Miki, le patron de cette boîte le dit et l'embauche. C'est lui encore qui va lui donner ce nom. Miki a un fort accent, il est, lui aussi, un peu étranger. Tout commence là, quand ces deux solitudes se rencontrent. Lui, va faire d'elle cette Irina, prénom d'un premier amour. Elle, elle va peu à peu l'affronter, lui demandant d'être autre chose qu'un simple patron de bordel. Elle fait appel à l'homme. Il devine la femme.

 Battement de cœurs

Irina Palm commençait avec des accents de cinéma social. Mais, rapidement, le film se noue autour de ces deux regards, de cette rencontre improbable. La caméra marche dans les pas de Maggie, elle suit sa volonté qui, peu à peu, s'affirme. Parce que Maggie, dans ce peep-show, ne regarde pas vraiment ce qui se passe autour d'elle, le film évite aussi les pièges du voyeurisme. Il faut du culot pour raconter une histoire d'amour dans un bordel. Pas mal de culot aussi pour regarder une femme devenir femme, par la grâce d'un regard masculin, dans un endroit où le corps féminin est une marchandise. Mais justement, Maggie n'est pas vraiment à sa place. Et une fois devenue Irina Palm, elle ne l'est plus non plus dans son petit village. De ce décalage, le film cultive des accents légers de comédie. Simple et clair, comme son personnage, il procède par répétitions, de scènes en scènes, faisant avancer la narration par d'infimes variations, des détails tantôt légers (un brin de maquillage) et tantôt drôles (ce tablier fleuri, plutôt incongru, dans un peep-show de Soho). Et l'histoire s'accumule par vague, en boucle, dans le sillage de Marianne Faithfull, magnifique dans son corps de femme épanoui et déclinant, dans sa droiture et sa dignité. Au gré d'une musique languissante, au gré d'autres récits mineurs, comme ses rivalités avec d'autres femmes ou son rapport à son fils qui viennent scander les étapes de son évolution, on se coule dans la valse de Maggie, entre cet ici et son là-bas, jusqu'à son affirmation. Entre ce visage public et familial de mère, et celui de la fiction, invisible et fantasmagorique d'Irina Palm, offert par ce premier regard d'homme, peu à peu, Maggie émerge. Dans cet entre-deux, dans cette intime qui affleure, que seul Miki peut comprendre, peut renaître l'amour.

 

 

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