Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/11/2002
Mots-clés : rencontre, édition, distribution,
 

Isabelle Molhant et Coralie Ullens de Schooten - Boomerang Pictures

Les mystères du film en DVD sont-ils de même nature que les mystères de l'Ouest ? Un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout. Edition anarchique des titres, développement qui ressemble à la ruée vers l'Or ? Presque mais pas tout à fait. D'abord le gain de qualité par rapport à la bande VHS est indéniable : remasterisation du film, qualité de l'image et du son, chapitrage, respect du format, suppléments (là, c'est un peu la boîte à Pandore).
Pour y voir plus clair nous avons demandé à Isabelle Molhant et Coralie Ullens de Schooten qui éditent pas mal de films belges sous le label Boomerang Pictures (le plus souvent venant de Cinéart mais pas seulement) d'éclairer notre lanterne.

Isabelle a eu la chance, dans son enfance d'avoir le père de sa meilleure amie, exploitant une salle de cinéma et lui permettant de passer les mercredis, samedis et dimanche à se faire des toiles. Les films qu'elle verra, plus tard, par choix, étant toujours des films belges. « Je me rappelle bien de Mascara de Patrick Conrad, de L'Oeuvre au noir d'André Delvaux et d'Il Maestro de Marion Hänsel ». Ce qui convient, en somme, après quelques détours dans la pub, pour travailler dans le cinéma belge.
Si Coralie a été marquée par Annie de John Huston dans l'enfance, elle l'a été davantage par les bandes de Laurel et Hardy que son grand-père projetait le soir de la Noël. " A l'adolescence, Fatale de Louis Malle, m'a marquée. J'avoue être attirée par ces films ou la psychologie des personnages domine."
Isabelle et Coralie se rejoignent toutes deux pour In The mood for love, le chef-d'oeuvre de Wong-Kar-Wai.
Isabelle après avoir fait des études de communication, décide de travailler dans un milieu culturel et « trouve que le cinéma est l'art qui est le plus contemporain tout en ayant, contrairement à d'autres moyens d'expression, un large public de spectateurs ».
Coralie fait l'Ihecs dans le désir de travailler dans la publicité. Ce qu'elle a fait, en agence, pendant plusieurs années. Par hasard et grâce à Isabelle, elle débarque chez Boomerang Pictures. «  J'avais espéré travailler davantage en amont de la chaîne cinématographique et, en fin de compte, je fais partie de la dernière étape du processus. Et finalement j'en suis très heureuse depuis que nous sommes passés des K7 en VHS au DVD. Le numérique est l'avenir du cinéma et par ailleurs avec le DVD il y a un vrai travail d'édition. On peut notamment développer plus le cinéma d'auteur, d'art et essais en DVD qu'en VHS. Quatre-vingt pour cent de notre catalogue provient des contrats que Cinéart a passés au niveau de la distribution des films. Boomerang Pictures est chargé de leur distribution en DVD. C'est ce qui explique qu'on récupère, en distribution cette fois, des titres édités par MK2 ou Arte en France ».
« MK2, a les droits en France, Cinéart, les droits en Belgique et si on ne les édite pas nous-mêmes on achète le produit fini chez MK2, précise Isabelle, surtout lorsqu'il s'agit d'un film français qui s'avère (la sortie en salles servant d'indicateur) avoir un faible potentiel de spectateurs en Flandre, complète Coralie. Dans le cas contraire on l'édite nous-mêmes.
Quel est le travail d'édition d'un DVD par rapport au film en salles. Coralie nous répond que si le film a suffisamment de spectateurs dans le Benelux, « on édite le film. Par ailleurs, je sens venir ta question, oui, on apporte un soin particulier aux films belges qui sont sortis en salles. Thomas est amoureux, est un film sur lequel on a mis énormément d'énergie, de temps et d'argent pour en faire un DVD » up to date ». D'ailleurs la France nous a racheté la DLT (l'élément qui sert à presser les disques). D'où le soin particulier que nous apportons aux films belges. Leur audience peut et doit dépasser nos frontières.
Ce travail doit être de qualité, poursuit Isabelle, puisqu'il offre la possibilité d'être racheté par de plus grands pays ayant des audiences qui ne sont pas comparables au nôtre. C'est le cas pour Rosetta/La Promesse des frères Dardenne qui a été vendu en Italie et en Angleterre. On est plus proche du réalisateur et du producteur donc le travail est différent que celui consistant à ajouter quelques bonus sur la DLT du film. Pierre-Paul Renders a beaucoup collaboré au niveau des bonus.
Nous demandons à Isabelle de faire le point sur la collection de DVD exploitant les grands films de notre patrimoine cinématographique. Quid ? C'est en train de se faire. « Le premier film sera une oeuvre de Delvaux qui en sera la locomotive et, en fonction, du budget et des possibilités offertes par les différents partenaires : la Communauté française, la Cinémathèque, la RTBF et toute les autres personnes qui interviennent dans le projet. Il m'est difficile -tant que la situation reste bloquée notamment, mais pas seulement vis-à-vis des droits, de l'état des copies disponibles, de l'éventuelle restauration d'un film, de parler dans d'autres termes que d'envies. Et j'espère que petit à petit cela se précisera quant aux titres.»
Playstation 2, en proposant les vidéogames pour les enfants et en même temps un lecteur DVD pour les parents a-t-il eu un impact sur l'explosion des ventes DVD ? Coralie est circonspecte. « Les ventes DVD sont en progression constante au point que la FNAC a décidé de ne plus vendre de VHS. Ce qui est une décision lourde de conséquences. D'ici l'année prochaine la VHS ne sera plus destinée qu'à la location ». Isabelle tempère : « le marché VHS a encore du potentiel parce que beaucoup de gens sont encore équipés en lecteurs VHS. Par ailleurs, on remarque que le DVD pour enfants démarre - ce sont les derniers à s'être intéressés au support parce que le support est plus fragile que le VHS. D'ailleurs le DVD en location est une catastrophe pour les vidéothèques parce qu'ils sont rapidement défectueux alors que le VHS se manipule avec moins de soins ».
Coralie ajoute qu'on peut lire les DVD sur ordinateur. Aïe ! Certes, mais il nous semble que c'est plus de l'ordre de la consultation d'une séquence que de la vision du film. Isabelle nous explique que les bonus sur ordinateur sont une pratique plus courante. « Et, puis, les jeunes ont un autre regard. Les adolescents ont une telle habitude de l'ordinateur, d'autant que c'est plus personnel, alors que la télé reste un support familial. Utiliser l'ordinateur à leur convenance, au moment où ils en ressentent l'envie est plus importante que pour un cinéphile qui s'inquiète du format du film regardé. Nous avons du nous adapter, passer de la salle à la télé, eux passent de la télé à l'ordinateur.
Lorsque le regard est celui d'une famille on passera nécessairement par l'écran télé 16X9 ou autre. Si c'est plus personnel le film peut se visionner sur ordinateur. Surtout si l'on recherche un extrait bien précis. On peut même utiliser un portable. Cette utilisation-là du DVD ne nécessite pas l'usage d'une télé ».
Autre élément de l'édition DVD : les films qui ne sortent pas en salles mais uniquement sur support vidéo. Pratique courante aux Etats-Unis et qui commence à s'installer en Europe. «  En effet, confirme Coralie, cette pratique démarre chez nous. Lorsqu'un distributeur constate que le film, dont il a acquis les droits d'exploitation, se plante en France il a tendance à lui préférer une sortie en DVD qu'une sortie en salles. Comme on manque d'écrans disponibles, chez nous ça arrive une fois par trimestre. Certaines productions comme les films de Jean-Claude Van Damme et des Kung Fu, ne sortent plus en salles mais se diffusent via la vidéo ».
Encore que, précise Isabelle, dans le cinéma commercial, une parution en VHS et DVD n'empêche pas la sortie en en salles. Les grosses productions visent un public qui peut être complémentaire ». Coralie ajoute qu'il n'y a pas de corrélation automatique entre la fréquentation d'un film en salles et sa vente en vidéo.
Bonus or not bonus. Pour Coralie il y a un marché pour les deux formules proposées : soit le film avec suppléments soit uniquement le film. D'autant que certaines opérations de marketing visant à produire deux ou trois CD supplémentaires - les « collector » --ne sont pas à la portée de toutes les bourses. On peut ne pas être intéressé par les bonus. D'ailleurs lorsqu'ils sont en location, six mois avant d'être en vente, ils n'en ont pas.
Le plus important pour la fin. Les prochaines sorties de films belges en DVD. « Début décembre, Petites misères de Philippe Boon et Laurent Brandenbourger, lors du premier trimestre 2003, il y aura Une liaison pornographique couplée, probablement, avec Max et Bobo, de Frédéric Fonteyne, et avec des bonus venant de chez Artémis, les producteurs du film, style scène coupée, court métrage. « On essaye de ne pas faire du remplissage avec les suppléments mais d'offrir un plus au spectateur ».
« Et puis il y a aussi, ajoute Isabelle, outre notre travail d'édition avec les distributeurs, un travail qui se situe à deux niveaux : 1. la diffusion du patrimoine cinématographique belge, on a parlé du projet qui va aboutir dans quelques semaines. 2. on va éditer une sélection des Jaadtoly de Stéfan Liberski et Frédéric Janin en DVD qui devrait sortir en fin d'année. C'est une collection qui va démarrer.» 

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