Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
novembre 2007
14/11/2007
Mots-clés : tax shelter, rencontre,
 

Isabelle Molhant pour Casa Kafka

Créée par la RTBF et sa régie publicitaire la RMB, la société intermédiaire Casa Kafka Pictures occupe une place unique sur le marché du tax shelter belge. 
Ce nom, donné avec humour il y a quelques années à la RTBF, a été repris par cette filiale... impertinence rime ici avec finance.

Cinergie : Isabelle Molhant, vous travaillez chez Casa Kafka. Pouvez-vous nous expliquer ce que fait exactement cette société ?
Isabelle Molhant : Casa Kafka est une société d’intermédiation en tax shelter, cela signifie qu’elle crée les passerelles entre les producteurs d’une part et les investisseurs d’autre part. On est une filiale de la RTBF et sa régie publicitaire RMB (Régie Media Belge) et on travaille en collaboration avec les deux parties. Le fait d’être lié à une entité qui offre une image, une stabilité, une connaissance de l’audiovisuel, est très bénéfique pour Casa Kafka.
Toutes les œuvres qui entrent dans le catalogue de Casa Kafka sont soit coproduites, soit en collaboration avec la RTBF, ce qui ne veut pas dire que toutes les œuvres coproduites ou avec lesquelles la RTBF entre en collaboration sont dans le catalogue de Casa Kafka. La plate-forme de coproduction de la RTBF est plus large que la nôtre.

C. : Qu’est ce qui détermine le choix ?
I. M. :
C’est un choix cornélien ! Je dirais qu’il est surtout lié à l’instant. Pour nous, le plus important est d’avoir un catalogue diversifié, d’avoir des films différents, tant dans leur contenu que dans leur structure de financement. Les choix se font aussi à partir de l’état du catalogue au moment où les films entrent. Le choix est également lié aux possibilités, on n'a pas d’“enveloppe” illimité et on ne veut pas donner de fausses promesses aux producteurs. On doit être certain de pouvoir lever des fonds tax shelter avant de prendre un film. 

C. : Quelles sont les entreprises qui investissent ?
I. M. :
C’est comme le catalogue, c’est excessivement diversifié. Ça va de la grosse société internationale à la petite société familiale. De même, les raisons pour lesquelles les sociétés investissent sont tout aussi diversifiées. Certains choisissent le tax shelter pour des raisons purement fiscales, d’autres sont plus dans le mécénat et ont envie d’aider un certain type d’œuvres, d’autres encore cherchent un équilibre entre les deux. 

C : Quelle est la spécificité de Casa Kafka par rapport aux autres sociétés d’intermédiation ?
I. M. :
Ce qui nous différencie, c’est qu’on est lié à la production audiovisuelle en Communauté française avec la RTBF. Nous recherchons le bon équilibre entre l’intérêt de l’investisseur et l’intérêt du producteur. On ne fait pas de surenchère au niveau du rendement par rapport à l’investisseur. Bien entendu, il faut offrir un rendement intéressant pour l’investisseur, mais on essaie de le faire sans que ce soit au détriment du producteur. L’autre élément important qui nous différencie est que nous nous limitons à un rôle d’intermédiaire en tax shelter, c’est-à-dire qu’on ne produit pas les œuvres, qu'on ne prend pas de droits sur l’œuvre. On garde un rôle neutre et il est hors de question qu’on change cette politique-là pour un souci du respect du travail du producteur et pour aider au maximum la croissance des maisons de production en Communauté française.

C. : Est ce que la RTBF est toujours le producteur majoritaire des œuvres que vous prenez ?
I. M. :
Non, il n’y a pas de règles. La RTBF est présente d’une façon ou d’une autre, c’est tout. La RTBF en tant que chaîne de télévision ne peut pas investir dans le tax shelter. Le rôle de Casa est d’offrir une manne financière aux coproductions et aux œuvres produites en collaboration avec la RTBF.

C. : Que pensez-vous des problèmes que peut poser le tax shelter, comme on le constate en Hollande par exemple ?
I. M. : 
Il y a deux aspects. La problématique liée au tax shelter est la déperdition d’argent entre ce qui est investi par l’investisseur et ce qui arrive dans la production. Il y a eu un problème en Hollande et au Canada aussi : un problème lié à l’installation de maisons de production qui arrivent sur le marché uniquement pour profiter de cette manne d’argent et qui repartent aussi vite, qui n’œuvrent pas au bénéfice des auteurs, des réalisateurs, du pays dans lequel le tax shelter est mis en place.
L’autre problème est la déperdition de l’argent qui va à ce moment-là dans des bureaux d’avocats, des juristes, des sociétés intermédiaires. Ce problème est connu et on en a des exemples. Nous, on ne travaille pas du tout comme ça. On a des commissions qui sont en ligne avec le marché, qui sont transparentes et qui sont donc les mêmes pour tous les producteurs. On travaille par rapport à un plafond qui comprend le montant de rachat de droits et la commission de Casa Kafka. Cela signifie que le producteur peut, au départ, faire son calcul et savoir exactement ce qui va arriver net dans la production. On est ferme là-dessus.
Toute forme de levée de fonds, quelle que soit la façon dont elle se fait techniquement (via une banque, un producteur etc.), est positive dès le moment où elle est mise en place et développée en faveur de la production audiovisuelle et qu'elle travaille en faveur de la diminution de la déperdition du frottement de l’argent, comme on appelle ça. Donc, je pense que l’initiative d’ING ou d’autres banques éventuelles, est à accueillir de façon tout à fait positive parce que ça va structurer le marché. Le fait qu’une grande banque s’investit dans le tax shelter peut montrer à des investisseurs parfois frileux que le système est régulier et qu’on travaille dans un cadre législatif défini et sécurisant. Tout ça démontre une certaine maturité du marché qui, à ses débuts, se cherchait et qui est de plus en plus délimité.

C. : Quel est le rendement offert aux investisseurs ?
I. M. :
Il y a une partie qui est liée au film donc, si le film obtient des recettes intéressantes, le rachat de droit n’est pas automatique puisque l’investisseur peut bénéficier de rendement lié aux recettes. En cas de rendement garanti, nous offrons la même chose à tous les investisseurs, ce sont des taux et des pourcentages qui sont définis puisqu’ils sont régulés par le ruling. Nous avons obtenu deux “ruling”, donc nous nous situons dans le cadre légal et dans la moyenne du marché.

C. : Quels sont les critères de choix d’un investisseur ?
I. M. :
Il y a plusieurs façons de faire son choix. Le choix peut se faire sur le type d’œuvre qu’on souhaite soutenir et également il se fait par rapport à la philosophie des intervenants qui n’est pas la même et ça se joue souvent au niveau des relations commerciales ou de relations de travail. C’est clair que Casa Kafka ne se consacre pas exclusivement aux grosses productions avec un casting étincelant, on offre un choix diversifié et cette philosophie intéresse certains investisseurs.

C. : Vous ne travaillez qu’avec les francophones ?
I. M. :
C’est une loi fédérale donc théoriquement il n’y a aucune frontière. Par contre, étant une filiale de la RTBF, il est évident que notre terrain d’action se situe plutôt sur le marché francophone. Même si on ne va pas chercher les investisseurs parlant uniquement français, on arrive assez naturellement vers des sociétés qui sont liées au monde économique francophone. Ce n’est pas une priorité pour nous d’attaquer le marché néerlandophone, et je pense que ce ne serait pas juste au niveau d’une rentabilité économique, parce qu’il n’y a pas une assez bonne connaissance du cinéma de l’autre côté de la frontière linguistique malheureusement. Les deux cinématographies sont très différentes. Tout le monde rêverait de mélanger les deux, mais c’est un peu utopique. Si chacune des deux communautés pouvait connaître le cinéma de l'autre partie du pays, je trouverais ça merveilleux. C'est la bilingue qui vous parle là ! Grâce au tax shelter, la plate-forme de ces deux cinématographies peut s'élargir et c'est ça qui est passionnant. J'espère de tout cœur qu'un film comme Ben X puisse trouver des spectateurs en Communauté française et que Formidable puisse trouver un public en Communauté flamande. Je reste optimiste. 

Dimitra Bouras et Jean-Michel Vlaeminckx
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