Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
08/06/2010
Mots-clés : festival
 

Ivan Corbisier, programmateur du Brussels Film Festival

Transats, chips et films à gogo : le Brussels Film Festival fait peau neuve
Depuis sept ans, le Festival du Film Européen de Bruxelles mue et remue. D’abord dirigé par Dominique Jeanne (producteur de K2), et Jan Decleir (à la tête du distributeur BFD), le voilà qui fait peau neuve cette année avec Ivan Corbisier. Journaliste, programmateur au Festival du film policier de Liège ces trois dernières années, chargé de la programmation cinématographique du Wolubilis, directeur des Brussels Movies Days, l’homme a de l’expérience et plus d’une corde à son arc. Grand amoureux de cinéma, de films de genre, et de petits plaisirs cinéphiliques, Ivan Corbisier prend la tête du Festival avec le désir d’en faire le grand festival populaire qui manque encore à Bruxelles.
Cinergie : Comment te retrouves-tu à la tête du Festival ? 
Ivan Corbisier : Dominique Jeanne m’a téléphoné et me l’a proposé. J’avais travaillé pour le Festival en 2005 et 2006. J’étais parti parce que je voulais développer des choses, et lui ne l’entendait pas comme ça. Il en était le directeur, et c’était bien son droit. Nous sommes restés en bons termes. En partant, je lui ai dit que cela m’intéresserait de le reprendre, non plus comme coordinateur, mais en tant que directeur. Il m’a appelé, et m’a demandé si j’avais toujours cette envie. Lui n’avait plus le temps de s’en occuper, de s’impliquer vraiment, il préférait arrêter. Tout ça s’est décidé assez vite, et j’ai racheté le festival.
C. : « Racheter un festival », qu’est-ce que cela signifie ? 
I.C. : Brussels Films Festival est un nom, un festival qui a sa réputation, son organisation, ses subsides. J’ai racheté un nom et les subsides potentiels qui vont avec. Quand j’ai créé les Brussels Movies Days, je suis allé voir des instances, j’ai cherché des subventions, j’ai tout créé moi-même. Là, avant de signer, j’ai passé quelques coups de fil pour m’assurer que je serais soutenu, et j’ai eu confirmation. Cela se fait beaucoup en France et ailleurs, mais assez peu en Belgique où les festivals sont en général très institutionnels, quand ils ne sont pas des affaires de famille comme le Festival du Film Fantastique. Forcément, qui dit institutionnel, dit conseil d’administration décisionnaire. À l’époque, Henri Ingberg avait appelé Dominique Jeanne en lui disant « Il n’y a plus de Festival de Bruxelles. Nous souhaitons qu’il y en ait un de nouveau, et la Communauté Française est prête à mettre autant d’argent ». Dominique lui avait dit oui, mais à la condition de pouvoir faire ce qu’il voulait. Il avait été très marqué par Sundance, où il était allé avec Benoît Mariage, et il voulait faire quelque chose de cet ordre-là au niveau du cinéma européen : un lieu de découverte de talents européens. Du même coup, il a été très libre, il a fait ce qu’il voulait. Aujourd'hui, j’ai la même liberté.
C. : La compétition « l’Âge d’or » disparaît du festival. Pourquoi ? 
I.C. : Lorsque cette collaboration s’est mise en place, la Cinémathèque était en travaux, ils n’avaient plus de salle pour montrer cette compétition. Dominique, de son côté, voulait montrer un plus grand nombre de films. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Je veux élargir la programmation, et j’ai donc besoin de la salle que Flagey utilisait pour l'Âge d'or. Enfin, la programmation de l’Âge d’or est celle d’un cinéma d’art et d’essai ultra pointu. Elle est très bien, mais elle ne colle pas avec l’image que je souhaite donner au festival.
C. : C’est-à-dire ? Quelles étaient tes envies pour le festival ? 
I.C. : Il y a deux pans : un versant public, et l’autre professionnel. Du point de vue du public, je voulais ouvrir le festival à un public plus large. Le cœur du festival reste Européen, bien sûr, mais il s’élargit. Il ne s’agit donc plus d’un festival de premiers ou seconds films, mais la programmation s’ouvre à tout le cinéma européen avec même une incartade vers le cinéma américain indépendant. Attention, plus grand public ne veut pas dire qu’on va passer des choses super populaires, de gros navets français… Il y a une ligne à tenir, mais je voulais couper avec cette image d’un festival un peu pesant, très cinéphile, fait de films très durs et pas franchement divertissants, genre... tragédies hongroises (rires). Je n’ai pas envie de mettre des barrières. L’idée, c’est de faire un festival plus diversifié, où l’on peut voir un très bon film italien, très dur, sur la guerre, le meilleur de l’année à mon sens, mais aussi des comédies, des polars... On a ainsi créé une section films de genre avec un film qui se passe au Moyen Age, un thriller français assez trash, une comédie policière grecque très rafraîchissante… J’ai envie de faire revenir les gens dans les salles. Ce qui marchait très bien au Festival, c’était les séances en plein air. Mais on ne peut pas faire un festival de cinéma basé sur des séances en plein air gratuites !
C. : C’était ton idée, les séances en plein air, n’est-ce pas ? 
I.C. : Oui, et j’avais dû me battre, parce que Dominique n’était pas pour. Mais Jan, qui faisait ça à Bruges où ça marchait très bien, m’avait soutenu. Cette année, on passera des films plus grand public, plus récents, en donnant plus de place aux films belges, comme Les Barons, La Mertitude des choses, Panique au Village… Mais il y a aussi OSS 117 Rio ne répond plus, qui me semble l’une des comédies françaises les plus réussies de ces dernières années. Je ne mets pas de barrière là non plus, en me disant « Oh la la, Jean Dujardin, c’est beaucoup trop populaire ! ». Mais non ! Je fais un festival pour des gens, toutes sortes de gens, ceux qui veulent s’amuser et ceux, plus cinéphiles, qui veulent voir des choses plus pointues et découvrir de nouveaux talents.
Il y a cinq premiers longs métrages en compétition. Il y a donc des choses à picorer pour tout le monde. J’ai aussi introduit une compétition de courts métrages belges. Je trouvais intéressant de montrer d’autres formats, pour leur donner un peu plus de visibilité, et pour que les réalisateurs puissent faire des rencontres professionnelles. Au début, je voulais juste organiser une petite vitrine, et puis, peu à peu, les choses se sont emballées, beaucoup de gens ont trouvé l’idée intéressante, et nous avons donc mis sur pied un jury de sept personnes avec un petit prix... qui n’est pas si petit : 2100 euros !
C. : Et pour ce qui est des professionnels du cinéma ? 
I.C. : Il n’y a pas vraiment de lieu à Bruxelles où les professionnels peuvent se rencontrer, mettre en place des projets, discuter. Il y a une vraie demande de leurs parts. L’idée était donc aussi de créer un lieu de rencontre à Bruxelles, de faire un festival pour les professionnels belges dans un premier temps, et, dans un second temps, pour les professionnels européens. On organise donc un workshop de deux jours sur les films low budget, principalement pour les jeunes réalisateurs. Il y a un concours de concept de scénarios, une formule qui existait déjà et qu’on perpétue et un marché de tax shelter, qui permettra aux producteurs de rencontrer des investisseurs potentiels. Nous organisons aussi une journée consacrée à l’Europe autour du Prix Lux. Le Prix Lux est décerné par les parlementaires européens et consiste à un sous-titrage en dans les 23 langues européennes. Toutes les associations professionnelles sont partenaires, chaque fois d’une manière différente. Certaines remettent des prix, d’autres s’impliquent dans la programmation des événements comme l’Association des réalisateurs qui organise la leçon de cinéma de Jaco Van Dormael, ouverte à tout le monde et gratuite, et qui peut toucher le grand public comme les professionnels. Je suis très content que Jaco vienne au Festival donner cette leçon.
C. : Y aura-t-il d’autres films belges ? 
I.C : Beaucoup ! On projettera la version longue de Mr Nobody la veille de la leçon de cinéma. Hitler à Hollywood de Frédéric Sojcher est programmé dans le cadre de la soirée de la Communauté Française. Il y a aussi C’est déjà l’été, un film hollandais tourné à Seraing avec des comédiens belges, Miss Mouche de Bernard Hallut dans le cadre des films low budget, les séances en plein air, la compétition des courts métrages… Je n’ai jamais vu autant de films belges au Festival de Bruxelles. Mais ça tombe bien, j’en avais envie !
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