Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
10/11/2006
 

Jan Svankmajer : Courts-métrages Volume 1

Jan Svankmajer  Courts-métrages Volume 1 

Jaquette de Jan Svankmajer  : Courts-métrages Volume 1« Si Dieu existe, c’est obligatoirement un auteur surréaliste qui broie du noir. Et son fils, Jan Svankmajer, se doit de nous informer de l’horreur du monde dans lequel nous sommes enfermés » (René Laloux in Ces images qui bougent : 100 ans de cinéma d‘animation, Dreamland 1996).  

Le cinéma d’animation a toujours été une catégorie à part dans la production cinématographique. Pour l’immense majorité du public, il est synonyme de petits Mickeys à destination des (grands) enfants, de productions familiales tous publics, voire de productions à la chaîne pour émissions télévisées du dimanche matin. Mais c’est aussi le terrain de prédilection de nombreux artistes plasticiens hors normes, des créateurs, des expérimentateurs forcenés, pour lesquels l’animation constitue un vecteur privilégié de création artistique.  Norman Mc Laren, les frères Quay ou, plus près de nous, Gérald Frydman ou Raoul Servais ont su faire rimer avec succès le cinéma d’animation avec une ambition artistique de haut niveau. Et parmi eux, Jan Svankmajer occupe une place importante et particulière.

Né en 1934, membre du groupe surréaliste de Prague depuis 1970, ce fleuron de l’animation tchèque ne se définit pourtant pas comme un cinéaste. Peinture, dessin, sculpture, cinéma : seul l’acte créatif l’intéresse. Et pourtant, en 40 ans de carrière, il a réalisé pas moins de 30 courts métrages et 3 longs métrages, avec des équipes réduites dont il contrôle très étroitement le travail. En Belgique, son travail a été découvert assez tard, conséquence malheureuse du manque de communication entre les pays du bloc de l’Est et l’Europe occidentale. De plus,  Svankmajer  n’a jamais vraiment figuré parmi les artistes adulés par le régime communiste. Pourtant, ces dernières années, le travail d’exploration remarquable de Folioscope, et la programmation alternative du Nova ont permis au cinéphile belge de voir quelques-uns de ses films.

 

Nous sommes pourtant encore loin d’avoir découvert toute l’œuvre cinématographique de cet auteur de premier plan aux multiples talents qui, en utilisant des moulages, de la pâte à modeler, des marionnettes, des personnages réels, des animaux vivants ou empaillés nous restitue, toujours selon René Laloux «un monde fait de murs lépreux, de choses qui se flétrissent, de décrépitude savamment calculée autour d’objets qui s’animent d’une vie paradoxale ».  Et « Comme il est praguois, et donc cousin de Kafka, il ajoute personnellement à cette vision déjà pessimiste un zeste de sinistrose, une poignée de morbidité et, pour faire bon poids, quelques cuillerées de paranoïa galopante ». Pour notre part, nous ajouterons que ce portrait sombrissime ne peut à l’évidence tenir debout que si l’on tient compte aussi de son sens solidement affirmé de l’absurde et du dérisoire, qui nimbe ses créations d’un humour noir, mais totalement jubilatoire. 

Pour tout cela, nous nous ruons sur l’intégrale des courts métrages de Jan Svankmajer qu’a entrepris de publier, avec l’aide du Centre national (français) de la Cinématographie, la petite maison d’édition française du Chalet Pointu. Le volume 1contient les 6 courts métrages d’animation les plus primés du cinéaste, dont le fameux Possibilités du Dialogue, Ours d’or au festival de Berlin en 1983, et sacré en 1990 Grand Prix du meilleur film des 30 ans du festival d’Annecy. Egalement Obscurité, lumière obscurité (Mention honorable à Berlin en 1990), et 4 courts plus anciens : L’appartement (Prix d’excellence à Bruxelles en 1968), Et Caetera (Prix de l’animation, Oberhausen 1967), Jeux virils (en course pour la Palme d’or en 1989), et Historia Naturae.

Remastérisés et restaurés digitalement, les films sont impeccables du point de vue de l’image et du son, compte tenu, bien sûr, de la qualité d’origine. Il n’y a toutefois pas de dialogues. Certains films sont muets, d’autres comportent uniquement une bande d’ambiance, certains encore présentent des sous-titres (cartons) en français. Le DVD est accompagné d’un livret extrêmement fouillé et complet à propos de l’artiste (les films sont présentés très sommairement) et emballé dans un digipack cartonné très attrayant. On attend les autres volumes avec impatience.

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