Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/2004
Mots-clés : tournage,
 

Je ne peux pas t'aider

Séquence

Dans le cadre du concours de scénario organisé par le Festival du court Métrage de Bruxelles, le ou la lauréate est invitée à réaliser son film. Rachel Lecomte, lauréate du 6ème concours tourne à Bruxelles en ce lundi de décembre, froid et pluvieux. Dans la grande artère d'un quartier agréable à deux pas du Parc Dudden, on pénètre dans un appartement bourgeois auquel on accède en se glissant dans un ascenseur aux portes grillagées, comme on en trouve souvent à Paris, et date l'immeuble de l'immédiate après-guerre 1940-45. L'événement du jour est le tournage de Je ne peux pas t'aider.
Après avoir assisté à l'enregistrement d'une scène se déroulant dans la cuisine où Valérie, une fillette de 7 ans, essayait d'éponger un bol de soupe devant sa mère (Isabelle Defosse) sur le point de mettre au monde son quatrième enfant, nous changeons de décor. Dans le hall de l'appartement nous retrouvons Marie, la mère, en fin de grossesse, une valise à la main, décidée à accoucher à l'hôpital, Valérie est à ses côtés tandis que Guillaume et Philippe arrivent en trombe avec des pistolets et se tirent dessus comme si de rien n'était. Valérie s'adresse à Jules, son grand-père (Jean-Louis Sbille), un homme de soixante ans, d'aspect négligé, genre baba cool sur le retour, le mégot au coin des lèvres, appuyé contre la porte qui regarde béatement Marie exténuée et transpirante : «  Grand'pa, maman est trop grosse pour parler ! Jules qui plane : « Mais non. Elle est forte ta maman, hein chérie, ça va hein ? Tu vois c'est presque fini ! » Valérie se tournant vers Marie, essaye l'impair par un plus gros impair. «t'es grosse maman... ». Les deux garçons éclatent de rire. Marie déborde tellement de colère qu'on est tenté d'en contrôler le flux. Trop tard ! Devenue hystérique elle pique sa crise : «Vos gueules ! Faites chier ! » Et elle arrache les pistolets en plastique à Guillaume et Philippe stupéfaits. La caméra, une Arriflex Super 16, portée à l'épaule par Philippe Terasse met au point le cadre pour enregistrer la séquence sous l'oeil attentif de la réalisatrice qui regarde le déroulement de la scène sur un écran vidéo ajuste le cadre et le jeu du groupe en mouvement. Rachel Lecomte a plusieurs cordes à son arc, outre le prix d'écriture de scénario du Festival, elle est comédienne (cf :cinéacteurs.be), et auteur compositeur d'un groupe d'éléctro-blues. Elle est scotchée au moniteur vidéo pendant les prises du film mais, avant que ne retentisse le fatidique couple : « moteur-action » pendant les répétitions, elle parle beaucoup à ses comédiens pour mettre au point la séquence qu'elle désire voir sur l'écran.
A côté d'elle la scripte surveille l'image afin que les cinq personnages soient placés dans l'axe souhaité. On essaie de contrôler le reflet que renvoie un miroir et que le perchiste doit éviter. D'ailleurs la prise se fera-t-elle en son témoin ou en son direct ? Après discussion avec l'ingénieur du son la réalisatrice décide que la prise sera sonore. Tout le monde enlève ses chaussures.

Producteur

« L'un des critères du concours qu'organise le Festival du Court métrage, est de demander aux candidats d'écrire une histoire qui ne dure pas plus de huit à neuf minutes, nous confie Pascal Hologne, l'un des organisateur du Festival. Et aussi d'inventer une histoire qui demande des moyens qu'on puisse mettre en oeuvre sans que le coût de la production ne devienne exhorbitant. Sinon, hormis le fait qu'il s'agisse d'un court métrage de fiction et non pas d'animation les autres critères dépendent du jury. Nous présélectionnons une dizaine de personnes et ensuite celles-ci sont soumises à un jury indépendant du Festival. Ceci dit, ne peuvent s'inscrire au concours que des gens qui n'ont jamais réalisé un film produit dans des conditions professionnelles. Notre but est d'ouvrir les portes à de nouveaux talents pour les introduire dans le circuit des films pour, éventuellement, qu'ils puissent poursuivre une carrière de cinéaste ou de scénariste.
Le fait de tourner en pellicule argentique est un choix parce que d'un point de vue esthétique, je pense que la pellicule est encore supérieure au numérique et il serait faux de croire que cela reviendrait moins cher de tourner en vidéo (frais de kinescopage.) Par ailleurs, on a des partenaires, rencontrés grâce au festival, qui nous prêtent du matériel et nous passent de la pellicule.
On offre aux candidats une structure propre, telle qu'une maison de production professionnelle peut le fournir. L'équipe est jeune mais professionnelle. La personne qui subit le baptême du feu, qui fait sa première expérience au poste qu'elle occupe, c'est Rachel Lecomte, en fait. L'année dernière tout s'est très bien passé avec C'est vrai (en plus) de Dominique Laroche. Le principe du concours n'est pas de réaliser un chef d'oeuvre. Il s'agit de fournir une première expérience à quelqu'un. Si, le film marche en télé et en festival c'est un plus. On fait tout pour y arriver mais on sait que ce ne sera pas le cas à chaque fois. Il y aura parfois des bémols. Heureusement cette année c'est de nouveau bien parti.

Jean-Louis Sbille

« J'ai toujours mené de front le métier d'homme de radio, nous précise Jean-Louis Sbille et celui de comédien. Le cinéma est venu un peu par hasard. On m'a proposé des petits rôles au départ parce que j'étais un personnage public à l'époque où j'animais Cargo de nuit (1985, sur la RTB). Je ne suis pas une vedette, je suis un acteur de complément. Mais c'est un métier que j'aime bien et que je fais par plaisir, avec bonheur. Ce que je trouve dommage, en Belgique, est le fait qu'on te range vite dans un tiroir. Si tu joues dans des téléfilms (ce qui est plutôt mon cas) on considère que tu n'es pas un acteur de cinéma. Pourquoi ? Peut-être parce que pour les téléfilms français les producteurs cherchent davantage des gueules. Par contre les gens de cinéma vont plutôt voir du côté du théâtre et choisissent plutôt ceux qui sont passés par le conservatoire. Ce que je n'ai pas fait. J'ai rencontré Josée Dayan, un peu par hasard, avec laquelle j'ai vécu une belle expérience. C'est la première fois que quelqu'un qui ne me connaissait pas depuis cinq minutes m'a confié un rôle dans un téléfilm où j'ai comme partenaire Roger Hanin. Ensuite elle m'a redemandé pour jouer dans une série qu'elle réalisait en France.
Depuis l'an passé j'accepte à nouveau d'interpréter des rôles dans les courts métrages, ce que je ne faisais plus depuis très longtemps. Parce qu'on y fait des rencontres et qu'il y a une énergie de toute une équipe de gens généralement très jeunes qui veulent prouver quelque chose.

 

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